Grammaire générative



4. La syntaxe

4.1. La syntaxe des cas

Le modèle de Government and Binding (GB) semblait proposer une alternative aux divers systèmes d’obédience structuraliste qui s’étaient développés dans les décennies précédentes (Kurylovicz, Happ, de Groot) et qui avaient été largement critiqués. Or, la finalité du module casuel (Case-theory) n’était pas de rendre compte de l’emploi des cas dans les langues flexionnelles particulières, mais de produire des règles générales d’assignation. Ainsi sont distingués des cas structuraux, des cas lexicaux et des cas inhérents.

- un cas structural est assigné à un SN dans des positions structurales, comme celles de sujet (Nominatif), de complément d’objet (Objectif) ou de complément du Nom (Génitif);

- un cas lexical est assigné à un SN sur la base de propriétés lexicales de l’élément recteur, par exemple le cas demandé par chaque préposition particulière;

- un cas inhérent est assigné à un SN en fonction du rôle sémantique qu’il joue dans la phrase, par exemple pour un « But » ou un « Instrument ».

Les langues flexionnelles n’ont pas connu un engouement particulier. Peu de travaux ont porté sur le latin, à l’exception de Bortolussi (1987) consacré aux emplois de l’accusatif. La logique développée est la suivante. Le paradigme des cas est une donnée morphologique qui a connu une évolution à travers les périodes. Chaque cas peut être utilisé pour des formes d’assignation différentes; ainsi l’accusatif est utilisé pour

- une assignation structurale: le complément des verbes transitifs, indépendamment du rôle sémantique attribué au SN régi, voir en l’absence de rôle sémantique (objet interne en autres, cf. Bortolussi 1988);

- des assignations lexicales: certaines prépositions sélectionnent la forme d’accusatif pour leur complément (ad, per etc.) et certains verbes sélectionnent l’accusatif pour leur second argument (rogo, traduco etc.);

- des assignations inhérentes: les compléments de temps exprimant la durée.

Dans Bortolussi (1998) on trouve une solution de ce type au contraste bien connu entre esse + génitif et esse + datif. Les deux cas sont assignés par des procédures différentes, parce que les deux structures syntaxiques sont en réalité différentes. La différence interprétative n’est pas la cause, mais la conséquence de cette différence structurale.

4.2. Les catégories vides

Une question liée à la précédente est celle des catégories vides. Par catégorie vide on entend une catégorie dépourvue de réalisation phonologique, mais portant des traits morphologiques, comme le cas, le genre et le nombre. On distingue depuis le modèle GB, trois types de catégories vides : les traces, les pronoms nuls « libres » et les pronoms nuls « liés ».

a- t, trace occupant la position d’origine d’un SN déplacé Le SN déplacé conserve certaines propriétés qu’il avait dans sa position d’origine. La relation entre les deux positions est exprimée par la coindiciation. Ce type de catégorie vide a été utilisé dans la description du latin pour rendre compte de la phrase passive et particulièrement de la construction dite NcI (Nominativus cum Infinitivo) :

  • Marcusi dicitur [S ti bonus esse]. (Maraldi 1980: 66)
    [NPi INFL V [S ti VP]] Marcus dicitur bonus esse (Calboli 1980: 193 et 1983: 151)
    « litt. Marcus est dit être bon »
    « on dit que Marcus est bon »

Les mouvements sont eux-mêmes soumis à des contraintes syntaxiques particulières, en particulier un SN ne peut pas « remonter » d’un domaine en franchissant des barrières. Dans la construction présente, le sujet de la proposition enchâssée peut remonter en position de sujet du verbe principal si la position syntaxique n’est pas occupée.

b- pro (« petit pro ») est un pronom nul concurrençant un pronom explicite en position de sujet dans certaines langues, dites langues « pro-drop », par exemple en italien (egli ha mangiato / ha mangiato). Le latin présente cette possibilité, y compris parfois pour le complément d’objet :

  • Si proi in ius proj uocat, proj ito. Ni proj it, proi antestamino. Igitur proi eumj capito (Lex XII Tab. 1,1 in Oniga (2007 : 193))
    « Si on cite quelqu’un en justice, qu’il y aille. S’il n’y va pas, que l’on appelle des témoins. Seulement ensuite, qu’on le capture.»

La solution du modèle GB, purement technique, consistait à dire que l’adjonction de la tête INFL comme affixe verbal peut s’opérer à deux niveaux différents:

- si elle s’opère au niveau syntaxique, le SN sujet n’a plus de gouverneur pour lui assigner le Cas nominatif,

- si elle opère postérieurement au niveau syntaxique, l’assignation casuelle s’est déjà faite et donc un SN au nominatif est possible.

Les langues pro-drop comme l’italien ou le latin disposeraient des 2 options.

c- PRO (« grand PRO ») est un pronom nul apparaissant dans les constructions dites « à contrôle », dans lesquelles la coréférence entre le pronom et son antécédent est définie par la structure syntaxique. En latin certains verbes imposent que le sujet nul de la proposition infinitive qu’ils introduisent soit coréférentiel de l’objet du verbe introducteur:

Ces constructions doivent être distinguées de la proposition infinitive à sujet plein.

4.3. La proposition infinitive

La combinaison du module casuel et du module traitant des catégories vides est apparue comme prometteuse pour traiter du sujet peut-être le plus controversé de la syntaxe latine: la proposition infinitive avec son sujet à l’accusatif. Or ce que prédisent les deux modules précédents, c’est la répartition suivante :

- Les verbes à un mode personnel peuvent avoir un sujet plein ou un sujet pro auxquels est assigné le cas nominatif ;

- Avec les verbes à l’infinitif, la configuration syntaxique ne permet pas d’assigner de cas ; en conséquence on ne peut avoir de sujet que nul, et plus précisément PRO, lequel hérite les traits de son antécédent.

Pour rendre compte de la construction AcI (Accusativus cum Infinitivo), plusieurs solutions ont été successivement proposées dans le cadre de la grammaire générative :

- Subject-to-Object Raising (Montée du sujet en position d’objet): cette règle est la plus ancienne (Pepicello 1977): le sujet de la proposition infinitive monterait en position de complément d’objet du verbe principal. Etant donné que l’assignation de l’accusatif est structurale, peu importe que le SN déplacé ne soit pas un argument du verbe principal (cf. une situation identique pour le sujet dans la construction NcI). En revanche cette solution se heurte à deux difficultés: la règle de mouvement n’est encadrée par aucune contrainte et, par conséquent, n’explique pas pourquoi tous les verbes régissant l’infinitif ne connaissent pas la construction AcI; elle n’explique pas comment l’accusatif est assigné quand la proposition infinitive est sujet.

- Exceptional Case Marking (Marquage casuel exceptionnel) : cette règle introduite dans Chomsky (1981) a été reprise par Maraldi (1980). Le verbe de la proposition principale serait dans certains cas capable d’assigner le cas accusatif à travers les frontières de la proposition infinitive, lorsque la subordonnée ne présente pas de subordonnant plein. Cette explication se heurte à la même objection que précédemment (comment l’accusatif serait-il assigné quand l’infinitive est sujet ?) et en outre, contrairement aux langues pour lesquelles ce marquage a été inventé, la construction n’est en rien exceptionnelle en latin.

- L’accusatif cas par défaut : l’idée est que dans le système morphologique un cas joue le rôle de cas par défaut, utilisé pour tous les cas où aucune assignation n’est disponible. Il s’agit donc d’une alternative à l’emploi de PRO. Cette solution a été proposée initialement par Goggin (1983) et reprise par Calboli (1996). Le fait que ce soit l’accusatif qui joue le rôle de cas par défaut en latin et en grec est rien moins qu’évident ; le nominatif semble un candidat plus adéquat dans la mesure où il a un certain nombre d’emplois non régis, à commencer par le nominativus pendens.

- L’assignation par COMP (angl. complementizer). L’idée généralement admise suivant laquelle la position COMP de la proposition infinitive ne contient aucune forme de subordonnant a été remise en cause par Cecchetto & Oniga (2002) et par Ferraresi & Golbach (2003). Ces auteurs observent que, contrairement aux langues romanes, la flexion des infinitifs latins est riche, capable d’exprimer temps et modalité. La proposition infinitive présenterait donc en COMP, suivant Cechetto & Oniga, un subordonnant abstrait comparable à for de l’anglais, c’est-à-dire un ensemble de traits légitimant l’assignation du cas accusatif dans cette position structurale. Cette approche a été reprise dans des termes voisins par Melazzo (2005).

4.4. Les anaphores

La théorie du Liage règle la distribution des anaphores, en ce sens qu’elle détermine les conditions structurales dans lesquelles une anaphore est mise en relation avec un antécédent.

Les premières études sur le latin sont dues à Milner (1978) et à Bertocchi & Casadio (1980) ; la distribution entre pronom et anaphore liée est illustrée par le contraste suivant :

(a) anaphore liée : Ioannes sororem suam uidit

(b) pronom libre : Ioannes sororem eius uidit (Bertocchi & Casadio 1980, 26)

Les pronoms et adjectifs réfléchis du latin (se et suus) présentent les caractéristiques des anaphores liées, à savoir qu’ils sont c-commandés par leur antécédent. La relation de c-commande se définit de manière géométrique: le nœud dominant immédiatement l’antécédent domine également le nœud contenant la catégorie où figure l’anaphore. Dans l’exemple (a), l’antécédent est dominé par le nœud IP, qui lui-même domine le nœud SV qui contient le SN où figure l’anaphore.

Dans les autres cas on a affaire à un pronom.

Si on combine fonctionnement des catégories vides et des anaphores, on peut rendre compte de la construction suivante :

  • (Caesar) Heluetiosi [ PROi in fines suosi reuerti] iussit (Caes. Gall. 1,28,3)
    « César ordonna aux Helvètes de retourner dans leur territoire »

La catégorie PRO, contrôlée par Heluetios, occupe la position sujet de l’infinitive et c-commande donc le complément adjoint contenant le réfléchi.

Deux types de phénomènes font difficulté et ont donné lieu à de nombreuses études :

- la possession emphatique :

  • Pompeio sua domus patebit (Cic. Phil. 13,5,10) (Bertocchi & Casadio 1980, 27)
    « Pour Pompée, c’est sa propre demeure qui s’ouvrira »

- le réfléchi indirect : Ioannesi dicit sei sororem eiusj/*i uidisse
« Jeani dit qu’ili a vu saj/*i sœur »

Ioannesi dicit illumj sororem suami/j uidisse
« Jeani dit qu’ilj a vu sai/j sœur »

Dans le premier cas, le réfléchi n’est pas c-commandé; dans le second, est violée la contrainte qui impose que le liage de l’anaphore s’effectue à l’intérieur de son domaine (la proposition à un mode fini).

D’une manière ou d’une autre il s’agit de dire que Pompeio joue le rôle de lieur. Dans un exemple comme celui-ci, la théorie de la Périphérie Gauche offre une structure adéquate pour une relation de c-commande entre la position Top (topique) et la position de sujet sous le nœud Inflexion.

Dans le second type de construction, les solutions sont recherchées du côté de l’énonciation. A la suite des travaux de Zribi-Hertz (1996) sur le français, la notion de « logophoricité » a été utilisée pour les langues anciennes (F. Nicol sur le grec). Calboli (1997) a repris cette approche dans laquelle l’énonciateur fonctionne comme un lieur pour l’anaphore.

4.5. L’accusatif proleptique

Il peut paraître surprenant qu’une construction aussi marginale ait autant retenu l’attention: de Miller (1974) à Faure (2010) et Bortolussi (2011), au moins 8 études ont été consacrées à ce phénomène, soit en latin soit en grec. Il est illustré par l’exemple suivant :

  • metuo fratrem ne intus sit (Ter. Eun. 610-611)

Les angles d’attaque ont varié suivant les époques :

- Miller (1974) et Lecarme (1978) y ont vu une « montée » du sujet de la proposition subordonnée dans la proposition principale ;

- Milner (1980), Maraldi (1986) et Bortolussi (1987) ont critiqué la solution précédente, en observant que cette solution violait la « contrainte sur les îles » (impossibilité d’extraire un constituant d’une proposition à un mode fini) et que se rencontraient occasionnellement des pronoms anaphoriques dans la subordonnée ; la solution proposée est d’y voir un pseudo-argument accessible à l’assignation de l’accusatif par le verbe principal ;

- Le caractère topical de l’accusatif proleptique a été pris en considération initialement dans les approches fonctionnalistes (Bolkestein 1981), avant d’être intégré dans les modèles récents, en particulier pour le grec (Fraser 2002 et Faure 2010). Bortolussi (2011) propose d’identifier plusieurs positions syntaxiques dans lesquelles apparaîtrait l’accusatif proleptique : Périphérie Gauche de la proposition subordonnée, Périphérie Gauche de la proposition enchâssante, voire Périphérie Droite de la proposition subordonnée.

4.6. Les propositions relatives

Les propositions subordonnées autres que l’AcI ont été peu étudiées, si ce n’est dans le travail inaugural de Lakoff (1968). Seule la proposition relative a donné lieu à une série de travaux.

Fauconnier (1974: 177 sqq) fut le premier à adapter au latin une règle d’effacement générant les adjectifs épithètes à partir d’une relative:

  • Homo amat feminam quae est pulchraHomo amat feminam pulchram
    « Un homme aime une femme qui est belle → un homme aime une belle femme »

a- Deux règles de formation ont été proposées concurremment dans les modèles successifs :

- « Matching » (Chomsky 1965)

  • the man [I saw WH- man] → the man [WH- man I saw]

La tête du SN est à l’extérieur de la relative et le constituant relatif in situ est déplacé vers la tête de la proposition.

- « Raising » (Vergnaud 1974)

  • ___ [WH- I saw the man] → the mani [WH- I saw ti]

La tête du SN est à l’intérieur de la relative et remonte à l’extérieur.

Les données du latin ont été utilisées dans le cadre de ce débat. La réduplication du N à l’intérieur et à l’extérieur de la relative n’est pas compatible avec l’analyse par Raising :

  • Habet bonorum exemplum, quo exemplo sibi / licere id facere quod ille fecerunt putat (Ter. Haut. 20-21)
    « Il a l’exemple de bons poètes, exemple qui lui laisse penser qu’il est permis de faire ce qu’ils ont fait eux »

Une autre construction idiomatique a été étudiée par Maurel (1989) et Bortolussi (2005), les ‘Relative Verschränkungen’ (Hofmann-Szantyr 1965, 568 sq., Kühner-Stegmann 1955, 309 sq.) :

  • (aedes) quas quotienscumque conspicio fleo (Plaut. Capt. 97)
    *(une maison) que chaque fois que je (la) vois je pleure

L’hypothèse est que le relatif remonte dans la Périphérie Gauche de la proposition d’où il est « extrait », à gauche du subordonnant, et qu’ensuite tout l’ensemble remonte dans le Complémenteur de la proposition supérieure. Ce mouvement qui entraîne tout un bloc indissociable (pied-piping) montre que le latin présente des règles qualifiant le latin comme configurationnel.

4.7. La structure des SN

Un nombre considérable d’études ont été consacrées à la structure du SN. L’hypothèse centrale et première est que le SN présente la même structure que la Phrase elle-même, à savoir: une tête lexicale précédée d’un Spécifieur et suivie des compléments. La symétrie entre les deux structures rend compte du génitif saxon:

Elle a été reprise en latin par Bertocchi & Maraldi (1990) qui ont montré que pour les noms d’action l’agent est exprimé sous la forme d’un déterminant possessif tandis que le second argument apparaît comme un complément au génitif:

  • Nostra … defensio dignitatis tuae (Cic. fam. 1,7) (= nos defendimus dignitatem tuam)
    « Notre défense de ton honneur »
  • laudis nostrae gratulatio tua (Cic. Att.1,17,6) (= tu gratulatus es laudi nostrae)
    « tes félicitations pour notre éloge »

Suivant une logique comparable, mais dans le cadre de Principes et Paramètres, Giusti & Oniga (2007) montrent que, lorsque la tête nominale est accompagnée d’un génitif subjectif et d’un génitif objectif, l’ordre non marqué est GénSubj – N – GénObj:

  • pro ueteribus __Heluetiorum__ iniuriis __populi Romani__ (Caes. Gall .1,30,2)
    « en raison des anciens affronts commis par les Helvètes à l’encontre du peuple romain »
  • __omnium__ exspectatio __uisendi Alcibiadis__(Nep. Alc. 7,6,1)
    « le fait que tout le monde attendait de voir Alcibiade »

Les exceptions à cet ordre canonique posent problème. Giusti & Oniga proposent d’y voir la conséquence de déplacements, lesquels déplacements se font toujours de gauche à droite avec remontée dans l’arborescence :

a- Déplacement du SNgénitif:

schéma

Cette dérivation rappelle une passivation; et à l’appui de cette analyse on note l’existence de constructions avec un complément d’agent explicite:

  • Ad haec Alexander gratiarum actionem ab hoste superuacaneam esse respondit (Iustin. Epit. 11, 12,11)
    «À cela Alexandre répondit que des actions de grâce de la part de l’ennemi étaient inutiles»

Devine & Stephens (2006, 383) proposent une analyse assez comparable, proposant cependant de voir dans la position pré-nominale, une position Focus :

schéma

b- Déplacement de la tête nominale :

schéma

Le déplacement à gauche de la tête nominale peut signaler une focalisation.

c- Dislocation du SN

Le placement à gauche de la tête nominale par rapport au reste du SN a été analysé par Giusti & Oniga et Devine & Stephens (2006) comme un placement dans la Périphérie Gauche du SN (cf. infra concernant la Périphérie Gauche), soit sous un nœud Top. (Topique), soit sous un nœud Foc. (Focus) :

  • [Nuerbum] [NPaliquod ardens ti]
    «Quelque parole un peu vive»

De même l’antéposition d’un adjectif qualificatif relèverait de la focalisation:

  • magnai [NPaliqua tiac nobilis uirtus]
    «Quelque vertu importante et noble»

L’enrichissement de la structure des catégories dans les derniers modèles conduit à une multiplication des nœuds intermédiaires qui rendent compte de la variété des placements observés pour les adjectifs ou les différents génitifs. La structure proposée par Longobardi (2000) a été exploitée notamment par Gianollo (2007) et Devine & Stephens (2006, 380):

schéma

L’absence d’article en latin, contrairement au grec, laisse ouvert le débat sur la nature exacte du SN.

Suivant la généralisation de Longobardi (1994, 628):

« A ‘nominal expression’ is an argument only if it is introduced by a category D. DP can be argument, NP cannot. »

Dans les langues admettant les SN sans article, l’absence d’article serait spécifique de certains types de noms (par exemple noms massifs, génériques ou pluriels indéfinis en anglais). Or ce genre de distinction n’apparaît pas en latin, langue qui ne distingue pas défini et indéfini, ni au singulier, ni au pluriel. Suivant le rôle que l’on fait jouer aux démonstratifs, il est possible de considérer que le déterminant peut remplir le rôle de tête d’un SDéterminatif (pour des éléments cf. Iovino 2011, Giusti, Iovino et Oniga 2011).

4.8. La structure de la phrase

L’intégration de la dimension pragmatique à la syntaxe a modifié la structure arborescente de la phrase, qui est désormais divisée entre trois zones: la Périphérie Gauche qui est le développement de l’ancien COMP(lémenteur), IP qui contient les catégories fonctionnelles comme le temps ou l’aspect et la zone dans laquelle figurent toutes les catégories à noyau lexical (SN, SV etc.). La question générale de l’ordre des mots s’est ainsi trouvée revisitée, notamment à partir de la thèse d’Ostafin (1986). Les ouvrages de Devine & Stephens sur le grec (2000) et le latin (2006) constituent les synthèses les plus complètes et les plus détaillées sur cette question. L’organisation SOV est formulée dans Oniga (2007) suivant la structure générale proposée dans le dernier modèle.

Le changement précédent a également inspiré des travaux sur la Périphérie Gauche, avec une relecture des travaux fonctionnalistes sur la structure informationnelle de la phrase. Le latin présente en effet des constructions spécifiques (nominativus pendens, accusativus pendens, de + abl., quantum ad + acc.) et des antépositions diverses qui correspondent à diverses formes de topicalisation ou de focalisation. De ce point de vue, le latin est généralement reconnu comme « discourse configurational » et on peut identifier des dislocations, même en l’absence d’information prosodique :

Topicalisation :

  • In cellam oleariam haec opus sunt.(13,2) / Pars autem fructuaria diuiditur in cellam oleariam, torculariam … (Col. rus. 1,6)
    « Dans le cellier à olives il y a besoin des choses suivantes » / « Les bâtiments à provisions se répartissent en cellier à olives, pressoir.. »

Dislocation (Hanging Topic) :

  • Mercator Siculus , quoi erant gemini filii, / ei … mors optigit (Plaut. Men. arg. 1-2)
    « Un marchand sicilien, qui avait deux fils jumeaux, la mort l’a frappé »

Les études de Dankaert (2011) et Bortolussi (2011) proposent une géométrie de la Périphérie Gauche qui peut être largement comparée à celle qui s’observe dans les langues à ordre fixe.



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