Renchérissement

F. Fleck




Dans le cadre de la linguistique pragmatique, le terme de renchérissement peut être employé pour désigner un certain type de relation existant entre deux unités discursives. Ces unités discursives peuvent être d’étendue variable : mots, syntagmes, propositions, phrases ou même paragraphes. Deux unités discursives (que l’on désignera ici conventionnellement par A et B, A précédant B dans l’ordre linéaire) sont unies par une relation de renchérissement si elles appartiennent à une même classe argumentative, c’est-à-dire sont orientées vers une même conclusion, et si B possède plus de force argumentative que A, c’est-à-dire est un argument plus décisif que A en faveur de cette conclusion.

L’emploi de différents connecteurs pour exprimer un renchérissement a été mis en lumière dans le cadre de travaux sur les connecteurs pragmatiques du latin. A. Orlandini (1995 : 266-268) a décrit dans cette perspective l’emploi de immo, qui permet de rectifier un propos en l’amplifiant :

  • Plaut. Asin. 922 : DE. Nullus sum. ART. Immo es, ne nega, omnium hominum pol nequissimum.
    « Déménète : Je suis un être inexistant. Artémone : Toi ! tu es, ne dis pas non, de tous les hommes, ma foi, le plus méprisable ! » (trad. CUF)

L’emploi de quin pour exprimer un renchérissement et l’origine de cet emploi ont été étudiés par F. Fleck (2008 : 142-152) :

  • Cic. Fin. V, 55-56Videmus igitur, ut conquiescere ne infantes quidem possint (…). Quin etiam inertissimos homines nescio qua singulari segnitia praeditos uidemus tamen et corpore et animo moueri semper.
    « Nous voyons donc à quel point même les tout petits enfants sont incapables de se tenir en repos. […] Les gens même les plus nonchalants, qui sont doués de je ne sais quelle extraordinaire incapacité de rien faire, ne laissent pas d’avoir sans cesse l’esprit et le corps en mouvement. »

F. Fleck (à paraître) propose de distinguer nettement la relation de renchérissement qui existe entre deux unités discursives et le type de connexion employé pour articuler ces unités. Une séquence exprimant un renchérissement peut de fait être articulée aussi bien par un connecteur additif comme quin que par des connecteurs adversatifs (immo, mais aussi sed quand A se trouve dans la portée d’une négation syntaxique) ou disjonctifs (uel) :

  • Cic. Arch. 8 : Se non opinari, sed scire, non audisse, sed uidisse, non interfuisse, sed egisse dicit.
    « Il déclare non pas qu’il conjecture, mais qu’il sait, non pas qu’il a ouï dire, mais qu’il a vu, non pas qu’il a été spectateur, mais qu’il a été acteur. »
  • Cic. Tusc. 2,46 : Volo autem dicere illud homini longe optumum esse, quod ipsum sit optandum per se, a uirtute profectum uel in ipsa uirtute situm.
    « Ce que je veux dire, c’est ceci : le bien le meilleur pour l’homme de beaucoup est celui qui est souhaitable en soi et pour soi, qui procède de la vertu ou consiste dans la vertu même. »

On pourra se reporter aussi à l’étude qu’A. Orlandini (2001 : 218-232) consacre aux adverbes d’énonciation quoque, etiam et ne… quidem qui focalisent le second terme d’un renchérissement (bien qu’elle n’emploie pas le terme de « renchérissement » pour définir ce type d’enchaînement).

Bibliographie spécifique

FLECK, Frédérique, 2008, Interrogation, coordination et subordination : le latin quin, Paris Presses de l’Université Paris-Sorbonne.

FLECK, Frédérique, à paraître, « Renchérissement et stratégie argumentative : une mise en perspective des connecteurs latins quin, sed, immo et uel ».

ORLANDINI, Anna, 1995, « De la connexion : une analyse pragmatique des connecteurs latins atqui et immo », Lalies 15, 259-269.

ORLANDINI, Anna, 2001, Négation et argumentation en latin, Louvain - Paris, Peeters.