La politesse linguistique en latin

Bilan d’une étude en cours

Luis Unceta Gómez

Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet de recherche Semántica latino-románica (FFI 2012-34826) et a bénéficié du programme de mobilité international « José de Castillejo », du Ministère Espagnol de l’ducation de la Culture et du Sport.



1. Introduction

La « politesse linguistique » est un domaine de recherche relativement récent, qui met l’accent sur le niveau social de la communication, puisque le langage constitue une forme de relation interpersonnelle, conditionnée par tout un ensemble de facteurs – l’âge, le sexe, la hiérarchie ou la position sociale, le degré de familiarité entre les interlocuteurs, etc. –, qui trouvent des manifestations linguistiques concrètes. Dans ce cadre, la politesse, loin des conceptions classiques sur l’étiquette ou les bonnes manières, est maintenant considérée comme le résultat de la nécessité pour l’être humain de maintenir l’équilibre dans ses relations interpersonnelles. Ses reflets dans l’usage du langage se trouvent dans les stratégies communicatives dont se sert le locuteur pour éviter ou réduire le conflit avec son interlocuteur, lorsque les intérêts des deux parties ne coïncident pas. De cette façon, la politesse a été conçue comme un « contrat conversationnel » (B. Fraser 1990, 232), dans lequel les interlocuteurs jouissent de quelques droits, mais sont aussi tenus d’accomplir certaines obligations, subordonnées à des règles linguistiques cependant autonomes et indépendantes de la communication verbale,qui pourrait exister sans elles.

La politesse se manifeste aussi bien dans des formules ritualisées, socialement sanctionnées et fortement conventionnelles (cf. infra, § 4), que dans des manifestations individuelles, résultat des capacités créatrices du locuteur (cf. § 5), dimension dans laquelle les nouvelles théories sur la politesse mettent l’accent.

Bien que ces dernières années l’étude de ces phénomènes ait suscité un vif intérêt dans la description de nombreuses langues et que des progrès remarquables 1) aient été faits jusqu’à maintenant, ce point n’a pas été suffisamment pris en considération dans l’étude des langues classiques.

2. La théorie standard de la politesse

On signale d’habitude que l’analyse de la politesse linguistique commence avec le travail de R. Lakoff (1973), qui revendique l’importance du contexte social dans lequel un énoncé quelconque est émis, ainsi que les présupposés partagés, de manière implicite, par les participants à l’acte communicatif. En suivant le « principe de coopération » de H. P. Grice et ses maximes conversationnelles, R. Lakoff propose de nouvelles règles pragmatiques en relation étroite avec ce type de conditions interactionnelles.

G. N. Leech (1983) offre sa propre interprétation des phénomènes liés à la politesse, tout en considérant aussi les idées de H. P. Grice, notamment le « principe de collaboration », qui lui sert de modèle pour son « principe de politesse ». Avec celui-ci, G. N. Leech essayera de rendre compte des problèmes dérivés du décalage entre sens et force illocutoire dans certains messages, c’est-à-dire, les actes de langage indirects. Ainsi, il classe les valeurs illocutoires, en fonction de leur dimension sociale, en quatre catégories :

  • A) Compétitif : Le but illocutoire est en concurrence avec le but social : ‘ordonner’, ‘demander’, etc.
  • B) Convivial : Le but illocutoire est en accord avec le but social : ‘offrir’, ‘inviter’, ‘saluer’, ‘remercier’, ‘féliciter’, etc.
  • C) Collaboratif : Le but illocutoire est indifférent du but social : ‘informer’, ‘annoncer’, ‘instruire’, etc.
  • D) Conflictuel : Le but illocutoire entre en conflit avec le but social : ‘menacer’, ‘accuser’, ‘maudire’, etc. (G. N. Leech, 1983: 174).

La politesse concerne seulement les deux premières catégories, à l’intérieur de chacune desquelles elle aura une polarité opposée : négative dans la dimension compétitive, puisqu’on recherche l’équilibre entre les intérêts du locuteur et les bonnes relations sociales, tout en minimisant la potentielle déconsidération pour le récepteur que l’acte pourrait entraîner ; positive dans la dimension conviviale, puisque le but du message est, par définition, déférent envers l’allocutaire. Le « principe de politesse » est donc conçu comme un élément régulateur des relations sociales 2) – dans lesquelles il faut prendre en compte des facteurs comme l’autorité relative entre les interlocuteurs et la distance sociale – et il inclut plusieurs sous-maximes selon la polarité de la politesse en jeu :

Par conséquent, une caractéristique fondamentale de la politesse est son caractère asymétrique, vu que ce qui est poli pour le locuteur peut être considéré impoli pour l’allocutaire et vice versa. Voilà pourquoi G. N. Leech explique les comportements interactionnels avec une échelle de coûts et de bénéfices, qui devient inversement proportionnelle en fonction du point de vue, c’est-à-dire, plus le bénéfice sera en faveur du récepteur, moins impoli sera l’acte en question.

De son coté, le modèle proposé par P. Brown et S. C. Levinson (1987) est la première théorie complète sur les phénomènes résultants du principe de politesse. Le cadre général développé par ces auteurs combine la théorie des actes de langage (cf. J. Searle 1969) avec les implicatures conversationnelles de H. P. Grice, et se base sur toute une série de propriétés de l’usage du langage, qui sont considérées par eux systématiques et universelles.

Son approche s’organise autour du concept de « face », emprunté à E. Goffman (1967). Cette notion abstraite est conçue comme la projection publique que revendique pour soi chaque membre d’une communauté et elle inclut deux composantes complémentaires qui déclenchent le conflit sans cesse : le sentiment d’indépendance et le désir de développer ses propres actions sans obstacles (face négative) et le désir d’obtenir reconnaissance sociale et respect 3) (face positive). La face des locuteurs, cependant, n’est pas immuable et doit être négociée au cours de chaque interaction linguistique ; c’est la raison pour laquelle, dans chaque acte linguistique, la production langagière doit s’adapter aux objectifs poursuivis par le locuteur. La définition que ces auteurs donnent au concept de « face » est la suivante :

  • Face is something that is emotionally invested, and that can be lost, maintained, or enhanced, and must be constantly attended to in interaction. In general, people cooperate (and assume other’s cooperation) in maintaining face in interaction, such cooperation being based on the mutual vulnerability of face (P. Brown & C. S. Levinson 1987, 61).

Étant donné le grand nombre d’actes linguistiques intrinsèquement menaçants pour la face, soit de l’émetteur soit du récepteur, on conçoit la politesse comme les comportements compensatoires visant à éviter ou à mitiger les FTA (de l’anglais « face-threatening acts »), qui sont classifiés de la façon suivante :

  • a) Les actes menaçants pour la face négative du récepteur :
    • i) Actes qui expriment des activités futures de l’interlocuteur et qui l’obligent en quelque façon à les accomplir : ordres et demandes, conseils, avertissements ou menaces.
    • ii) Actes qui expriment une conduite future du locuteur envers l’interlocuteur et qui engagent le premier à réaliser cette action dont il a pris la responsabilité : offres, promesses, etc.
    • iii) Actes qui expriment un désir du locuteur envers l’interlocuteur ou envers ses biens : félicitations, expressions de jalousie ou d’admiration, etc.
  • b) Les actes menaçants pour la face positive et qui dénotent de façon concomitante que le locuteur ne remarque pas les sentiments ou les désirs de son interlocuteur :
    • i) Actes qui expriment une évaluation négative de la face positive du récepteur : expressions de désaccord ou de désapprobation, critiques, plaintes, accusations, insultes, etc.
    • ii) Actes qui dénoncent que le locuteur ne s’inquiète pas de l’image de son destinataire : expressions d’émotions incontrôlées, tabous, etc.
  • c) Actes menaçants pour la face négative du locuteur : expressions de remerciement, acceptation de remerciements ou d’excuses, acceptation d’offres, promesses ou offres non sincères, etc.
  • d) Actes menaçants pour la face positive du locuteur : autocritiques, excuses, acceptation de compliments, contradictions, etc.

Le locuteur peut se servir de différents mécanismes linguistiques pour accomplir ces actes, synthétisés dans le diagramme suivant :

Si on choisit de faire le FTA et on le fait d’une façon qui rend évidents les buts de l’acte communicatif pour les participants (« on record »), le locuteur peut émettre son message sans adoucissement (« baldly, without redress ») 4) ou faire recours à des stratégies de politesse (« with redressive action »). Dans ce cas-là, le locuteur dispose de deux types de stratégies :

  • Positive politeness is redress directed to the addressee’s positive face, his perennial desire that his wants (or the actions / acquisitions / values resulting from them) should be thought as desirable (P. Brown & S. C. Levinson 1987, 101).
  • Negative politeness 5) is redressive action addressed to the addressee’s negative face : his want to have his freedom of action unhindered and his attention unimpeded (ibid., 129).

La sélection de ces stratégies prend en considération trois facteurs, qui rendent compte du degré de menace que comporte un acte communicatif et qui permettent de choisir le niveau adéquat de politesse :

  • i) La distance sociale entre locuteur et allocutaire, relation de type symétrique qui comprend des facteurs comme la familiarité ou la fréquence d’interaction.
  • ii) Le pouvoir relatif entre eux, relation de nature asymétrique.
  • iii) Le degré d’imposition que chaque culture accorde à un acte de parole précis (cf. P. Brown & S. C. Levinson 1987, 74-83) 6).



3. La révision de la théorie traditionnelle

Cette considération des expressions indirectes comme des actes communicatifs intrinsèquement polis, propre aux théories traditionnelles et relevant de leur adhésion au paradigme de H. P. Grice, suscite, comme nous venons de le voir, une quantification de la politesse de manière directement proportionnelle au caractère indirect de son énoncé. Cependant, ce point a fait l’objet de nombreuses critiques dans les recherches ultérieures.

Dans le cas du modèle de P. Brown & S. C. Levinson, en outre, la prééminence accordée à la face négative et à la politesse négative au détriment de ses contreparties positives, renforce cette connexion et est à l’origine de ce qui a été censé comme une vision « névrotique » des relations sociales, car chaque acte linguistique reste potentiellement menaçant (cf. G. Kasper 1990, 15). Il est évident, cependant, qu’à côté de ces actes, il y en a d’autres qui sont polis par nature, comme féliciter, faire l’éloge ou remercier. Pour C. Kerbrat-Orecchioni (1992 II, 65), par exemple, la théorie de P. Brown & S. C. Levinson est « paranoïde », « dans la mesure où tous les actes de langage ne sont envisagés que sous leur aspect menaçant, alors que, de toute évidence, certains d’entre eux sont au contraire plutôt propres à avoir sur les faces un effet valorisant, les compliments par exemple », ce qu’elle appelle FFA (« face flattering acts »).

En plus, nous ne pouvons pas oublier le fait que l’interprétation correcte d’un énoncé exige une décodification exacte des facteurs contextuels dans lesquels l’interaction communicative se développe, car ces facteurs permettent de comprendre adéquatement les vrais objectifs du message. Ainsi, une manifestation excessive de politesse contribue à créer l’effet contraire de ce qu’on attendrait, puisqu’elle provoque une sensation de supériorité visant à souligner la distance sociale et à accentuer l’inégalité hiérarchique. Bien au contraire, l’impolitesse peut devenir le symptôme d’une relation sociale étroite et d’un certain degré d’intimité et, de cette façon, ne pas être perçue négativement dans certains contextes.

L’universalité accordée aux phénomènes liés à la politesse a été aussi remise en question par les études comparatives 7), qui ont mis en évidence que chaque langue codifie ces stratégies différemment, c’est-à-dire, que les principes qui déterminent l’usage et l’interprétation des expressions indirectes ne sont pas universels, mais dictés pour les routines de chaque culture. Il se révèle indispensable, donc, d’être muni du savoir partagé de cette culture, y compris l’apprentissage de quelques formules conventionnelles.

Certaines de ces critiques ont donné lieu à d’autres explications de ces phénomènes, qui explorent ce qui a été appelé « politesse de premier ordre » (« politeness 1 ») et qui essayent de représenter la compréhension réelle des participants dans une interaction linguistique, par rapport aux approches traditionnelles, appelées maintenant « politeness 2 », qui apportent le point de vue de l’analyste externe. Cette approche, développée par des travaux comme ceux de R. J. Watts (2003) et de M. A. Locher & R. J. Watts (2005), relève de la philosophie postmoderne, dans le sens que la politesse des messages ne devrait pas pouvoir être prédite par l’analyste externe 8).

La notion de Watts de « comportement politique », définie comme le mécanisme qui établit ou qui maintient l’équilibre dans les relations personnelles, correspond à ce que P. Brown & S. C. Levinson avaient conçu comme « politesse », tandis que le « comportement poli » est pour Watts le comportement marqué, qui va au-delà de ce comportement politique.

Par rapport à l’analyse centrée sur les actes de langage comme unité communicative de base, propre aux théories classiques, on insiste maintenant sur la dimension collaborative de la politesse et on analyse les procédés discursifs à travers lesquels on y parvient, tout en considérant plusieurs tours de parole. De cette façon, on élargit la recherche, au-delà des énoncés du locuteur, à la manière dont le récepteur perçoit et interprète la politesse, qui est ainsi définie comme un concept dynamique, construit dans l’interaction conversationnelle (« emergent networks »; cf. Watts 2003) 9).

L’identité sociale du locuteur, ainsi que les concepts de « face », de « pouvoir » et de « distance sociale », cessent d’être statiques et deviennent des dimensions dynamiques, en permanente négociation 10). Evidemment, le caractère instable et subjectif que ces théories accordent à la politesse empêche de faire des généralisations et des prédictions de tout genre, ce qui rend difficile l’application aux langues anciennes, sur lesquelles nous n’avons pas de compétence pragmatique, de façon plus notoire par rapport aux autres niveaux d’analyse linguistique (cf. infra § 4). Par ailleurs, et malgré les nombreuses critiques, le modèle de P. Brown & S. C. Levinson est encore le cadre théorique le plus influent jusqu’à présent, et fournit des outils suffisamment explicatifs et – c’est là le point le plus important pour les langues anciennes – permettant de faire des prédictions vérifiables à partir des données.

Un dernier aspect traité par la bibliographie récente et sur lequel il est possible de faire des recherches exhaustives pour la langue latine est le fonctionnement des mécanismes qui suscitent le phénomène inverse, c’est-à-dire l’impolitesse 11), qui peut créer, de même que la politesse, des effets communicatifs collaboratifs 12) ou compétitifs 13).

Comme dans le cas de la politesse, nous disposons de quelques rares exemples qui offrent des jugements sur le caractère inadéquat, voire impoli, de certaines façons de s’exprimer. Ce le cas de la citation ci-dessous de la Rhétorique à Herennius 14) :

  • Rhet. Her., 4, 10, 14 : In adtenuato figurae genere, id est quod ad infimum et cottidianum sermonem demissum est, hoc erit exemplum : « Nam ut forte hic in balineas uenit, coepit, postquam perfusus est, defricari ; deinde, ubi uisum est, ut in alueum descenderet, ecce tibi iste de trauerso : ‘Heus’, inquit, ‘adolescens, pueri tui modo me pulsarunt ; satis facias oportet.’ Hic qui id aetatis ab ignoto praeter consuetudinem appellatus esset erubuit. Iste clarius eadem et alia dicere coepit. Hic uix : ‘Tamen’, inquit, ‘sine me considerare.’ Tum uero iste clamare uoce ista quae uel facile cuiuis rubores eicere potest : ‘Ita petulans es atque acer, ut ne ad solarium quidem, ut mihi uidetur, sed pone scaenam et in eiusmodi locis exercitatus sis.’ Conturbatus est adolescens ; nec mirum, cui etiam nunc pedagogi lites ad oriculas uersarentur inperito huiusmodi conuiciorum. Vbi enim iste uidisset scurram exhausto rubore, qui se putaret nihil habere quod de existimatione perderet, ut omnia sine famae detrimento facere posset? »
    « Pour le style de type simple, c’est-à-dire celui qui s’abaisse jusqu’au langage le plus ordinaire et le plus courant, voici un exemple : « En effet il vint un jour aux bains et, après s’être fait asperger, il commença à se faire frictionner ; puis, à peine eut-il décidé de descendre dans la baignoire, que l’autre se mit en travers et lui lança : ‘Dis-donc, jeune homme, tes esclaves viennent de me frapper ; tu dois t’excuser.’ Celui-ci n’ayant pas, vu son âge, l’habitude d’être interpellé par un inconnu, rougit. L’autre se mit à redire plus fort les mêmes mots et ajouta d’autres choses. Notre garçon eut peine à répliquer : ‘Mais, permettez-moi d’examiner la question.’ Alors, l’autre cria d’une voix qui aurait fait rougir – et même facilement – n’importe qui : ‘Tu es insolent et grossier ; tu as dû t’exercer non pas près du cadran, mais plutôt, à mon avis, derrière la scène d’un théâtre et dans des lieux pareils.’ Le jeune homme fut sidéré : rien d’étonnant chez quelqu’un qui avait encore à l’oreille les observations de son précepteur et qui n’était pas habitué à ces insultes. Où aurait-il pu voir un bouffon dépourvu de toute pudeur qui pensait n’avoir plus rien à perdre pour son crédit et pouvoir tout se permettre sans risquer pour sa réputation ? » » (traduction G. Achard, CUF).

4. Les études sur la politesse et la langue latine

Bien qu’il n’existe pas de correspondance exacte en langue latine pour le français politesse, l’anglais politeness ou l’espagnol cortesía, quelques lexèmes de cette langue-là ont des sens qui peuvent être considérés analogues : humanitas englobe cette idée, même si son spectre référentiel est beaucoup plus vaste, et d’autres, comme urbanitas, obseruantia ou honorificus, permettent de repérer le contenu de ces phénomènes et nous apprennent leur place dans la mentalité romaine moyennant plusieurs indices. Le concept de face, central dans la théorie de P. Brown & S. C. Levinson a été comparé à l’idée, très romaine, de dignitas 15), trait distinctif des classes supérieures, puisque, comme la face, elle n’est pas une réalité stable, mais elle doit être forcément et continuellement renouvelée dans chaque interaction entre aristocrates. De façon semblable, la notion de uerecundia désigne – selon la définition de R. Kaster 16)– la connaissance du rôle que quelqu’un joue dans chaque interaction sociale et l’adéquation du comportement que l’on attend de lui. Cette adéquation implique, bien sûr, la sélection du langage approprié ou le decorum linguistique, atteint à travers certaines stratégies conventionnelles. Toutes ces idées illustrent la pertinence de l’analyse de ce domaine dans la langue latine. En effet, ce que soutient R. J. Watts, la réception des auteurs classiques, notamment celle de Cicéron, eut une influence considérable sur la formation des idées sur la politesse au début de l’époque moderne 17).

Or, les éléments qui interviennent dans l’élaboration de la politesse linguistique – les désirs du locuteur et son intention de protéger sa face, la face de l’allocutaire, le contexte socioculturel, le contexte extralinguistique, etc. – sont, comme nous venons de le dire, nombreux et délimitent tant la sélection des stratégies communicatives, que l’actualisation des valeurs contextuelles qui peuvent être différentes du signifié propre d’une forme linguistique quelconque. C’est pour cela que l’application de ces théories-là aux langues anciennes pose des problèmes, puisqu’il n’est pas toujours facile sur ce point de reconnaître et d’individualiser nettement tous ces facteurs.

En plus, il convient de tenir en compte certaines contraintes supplémentaires. En premier lieu les limitations du corpus à notre disposition. Contrairement à l’attention accordée dans les études d’analyse du discours aux données orales, nous sommes obligés de nous limiter aux textes écrits – et en plus littéraires, c’est-à-dire, non spontanés pour la plupart –, pâle reflet de l’oralité, ce qui place hors de l’analyse les traits prosodiques ou gestuels et mimiques qui contribuent à la création de politesse et a l’éclaircissement des intentions communicatives d’un énoncé 18). Il est vrai, cependant, que l’on peut accéder à quelques détails – dans la comédie par exemple – à travers les indications des personnages sur les interventions des autres, qui fonctionnent presque comme des indications scéniques, mais les données demeurent insuffisantes :

  • TR. Quid tibi, malum, hic ante aedis clamitatiost ?
    An ruri censes te esse ? (Pl., Most. 5-6) 19).
    « Eh, mordieu ! Qu’est-ce que tu as à pousser de tels cris devant notre porte ? Est-ce que tu te crois dans les champs » (traduction A. Ernout, CUF).

En plus, puisque la politesse se manifeste dans l’interaction, il faut privilégier les textes de nature dialogique, soit in praesentia (comédie et tragédie, dialogues du roman ou de l’épopée, discours oratoires…) ou in absentia (lettres, inscriptions…), ce qui réduit encore plus les sources d’information. En outre, le manque de compétence pragmatique sur ce qu’un locuteur natif considérerait manifestement un acte poli pose aussi des difficultés et empêche l’application des théories nouvelles, comme celle de R. J. Watts (2003) 20).

Nous avons, cependant, quelques témoignages dispersés avec des appréciations sur la politesse inhérente à un message, qui nous aident dans l’interprétation des données. Quelques uns, comme celui cité ci-dessous, peuvent être considérés comme de véritables jugements d’acceptabilité :

  • Plaut., Mil. 738-756 [PE.] Nunc uolo opsonare ut, hospes, tua te ex uirtute et mea
    meae domi accipiam benigne, lepide et lepidis uictibus.

    PL. Nil me paenitet iam quanto sumptui fuerim tibia.
    […]
    PE. […] Nunc, quod occepi, opsonatum pergam. PL. Si certumst tibi,
    commodulum obsona, ne magno sumptu : mihi quiduis sat est.

    PE. Quin tu istanc orationem hinc ue‹te›rem atque antiquam amoues ?
    Proletario sermone nunc quidem, hospes, utere.
    Nam i solent, quando accubuere, ubi cena adpositast, dicere :
    ‘Quid opus fuit hoc sumptu tanto nostra gratia ?
    Insaniuisti hercle ; nam idem hoc hominibus sat erat decem’.
    Quod eorum caussa opsonatu‹m›st culpant et comedunt tamen.

    « [PE.] Je vais aller aux provisions, mon cher hôte, pour te faire une réception digne de toi et de moi : bon accueil, bon visage, et bonne chère. […] PL. Tu n’as déjà fait que trop de dépenses pour moi. PE. […] Je vais donc faire mon marché comme je me le proposais. PL. Puisque tu le veux absolument, au moins sois raisonnable, ne fais pas de frais : il y en aura toujours assez pour moi. PE. Laisse donc là ces formules antiques et surannées. Tu pare comme les gens du commun, mon cher hôte. Ils ne manquent pas de vous dire, une fois qu’ils sont à la table, et que le dîner est servi : « Est-ce qu’il fallait faire tant de dépense en notre honneur ? Tu as fait des folies, par Hercule ! Il y en a là pour bien dix personnes. » Et pendant qu’ils vous reprochent ce que vous avez acheté pour eux, ils vous nettoient tous les plats ».

Mais la plupart d’entre eux proviennent des grammairiens et, bien qu’ils soient tout aussi précieux, ils s´agit de jugements d’époques ultérieures :

  • Don., Ter. Eun. 341, 2 : ROGO NVMQUID VELIT hoc est : significo me abire ; nam abituri, ne id dure facerent, « numquid uis » dicebant his quibuscum contitissent.
    « ROGO NVMQUID VELIT c’est-à-dire : je lui fais comprendre que je m’en vais ; de fait, au moment de s’en aller, pour ne pas le faire trop brutalement, on disait « veux-tu autre chose ? » à ceux avec qui on s’était arrêté à parler » 21).
  • Don., Ter. Eun. 342, 1-2 : RECTE INQVIT pro eo quod est « nihil ». Et moraliter ἀστεϊσμῷ 22).
    « RECTE INQVIT équivaut à « rien », et conformément à son caractère, « avec urbanité » ».
  • Don., Ter. Andr. 598, 1 : QVIESCAS pro « quiesce » imperatiui modi, ne iniuriosum uideretur.
    « QUIESCAS pour l’impératif quiesce, pour ne pas paraître impoli ».
  • Pomp., Gramm. (K) 5, 311, 12 : Charientismos est quotiens e contrario dicimus. Habemus etiam apud auctores hoc : ecce habemus in Afranio, interrogat seruum adulescens « Numquis me quaesiuit ? » et ille seruus respondet « Bona fortuna », id est nullus; quasi rem duram dictu mitius dixit 23).

Pour des raisons analogues, le critère quantitatif de certaines expressions, bien que plus informatif que les impressions qualitatives, doit aussi être pris avec précaution, notamment si on tient compte des hasards de la conservation des œuvres anciennes 24). Comme le fait remarquer R. Ferri, au moins dans une première étape, nous devons nous contenter d’individualiser des tendances expressives, dans lesquelles on peut reconnaître une intention d’exprimer de la politesse 25).

Malgré toutes ces difficultés, nous avons déjà un bon nombre d’études 26) qui démontrent la viabilité de ce type d’analyses 27), dont les avantages sont indéniables (cf. § 7).

Dans la société romaine, où chaque élément distinctif entre ses membres – sexe, statut juridique, âge, classe sociale, aptitudes, formation, etc. – reste un critère de différentiation, la multiplicité de relations de dépendance existants dénonce la profonde stratification et hiérarchisation dans laquelle celle-ci était structurée et, au même temps, une institutionnalisation de ces structures du plus haut dégrée, destinée à perpétuer ses traits fondamentaux (patriarcale, esclavagiste et conservatrice). Apulée fournit un bon exemple de ces inégalités, mais on pourrait citer beaucoup d’autres :

  • Apul., Met. 9, 35, 1-5 : Adhoc omnibus expectatione taeterrimae formidinis torpidis accurrit quidam seruulus magnas et postremas domino illi fundorum clades adnuntians. Namque is adultis iam tribus liberis doctrina instructis et uerecundia praeditis uiuebat gloriosus. His adulescentibus erat cum quodam paupere modicae casulae domino uetus familiaritas. At enim casulae paruulae conterminos magnos et beatos agros possidebat uicinus potens et diues et iuuenis et ‹splendidae› prosapiae ‹sed› maiorum gloria male utens pollensque factionibus et cuncta facile faciens in ciuitate ; ‹hic› hostili modo uicini tenuis incursabat pauperiem pecua trucidando, boues abigendo, fruges adhuc immaturas obterendo. Iamque tota frugalitate spoliatum ipsis etiam glebulis exterminare gestiebat finiumque inani commota quaestione terram totam sibi uindicabat. Tunc agrestis, uerecundus alioquin, auaritia diuitis iam spoliatus, ut suo saltem sepulchro paternum retineret solum, amicos plurimos ad demonstrationem finium trepidans eximie corrogarat.
    « Ils étaient tous encore figés dans l’attente et dans l’appréhension de quelque catastrophe, quand, accourant, un petit esclave vint annoncer à son maître des désastres dont rien n’approche, survenus sur son domaine. Cet homme, en effet, avait trois fils déjà grands, instruits, de bonne conduite et qui faisaient l’orgueil de sa vie. Ces jeunes gens étaient liés d’ancienne amitié avec un pauvre homme, possesseur d’une modeste cabane. Or la maisonnette était limitrophe de terres vastes et opulentes, propriété d’un voisin puissant, riche, encore jeune, de brillante naissance, mais qui abusait de la gloire de ses ancêtres, avait le génie de l’intrigue et, dans la cité, menait tout à sa guise. Comme eût fait un ennemi de guerre, il envahissait l’indigence de son humble voisin, massacrait les troupeaux, emmenait les bœufs, piétinait les récoltes mal mûres. Et, non content de l’avoir dépouillé de tous les produits de ses cultures, il prétendait encore le chasser de ses pauvres champs et, soulevant une vaine contestation de limites, revendiquait pour lui tout le domaine. Alors le paysan qui, dépouillé déjà para la cupidité du riche, demandait dans sa modestie à garder au moins pour sa propre sépulture le son hérité de ses pères, convoqua, dans une inquiétude extrême, un grand nombre d’amis pour établir quelles étaient les limites » (traduction P. Valette, CUF).

Opposée à l’égalitarisme de plus en plus prononcé dans les sociétés occidentales, la société romaine soulignait fortement les différences de status, et accordait une grande importance au critère de hiérarchie, qui devait se refléter aussi au plan linguistique 28), par une démonstration asymétrique des critères de politesse. Tous ces facteurs justifient la classification de la culture romaine comme une société de politesse négative 29) :

  • […] ‘warm’, positive-politeness cultures have a subjective ideal of small values for D, R and relative P which give them their egalitarian, fraternal ethos, while the ‘standoffish’ negative-politeness cultures subscribe to a subjective ideal of large values for D, R and relative P which give them their hierarchical, paternal ethos (P. Brown & S. C. Levinson 1987, 246-247).

Cependant, dans la légitimation du pouvoir de l’élite, les relations de type horizontal développées en son propre sein acquièrent aussi une importance particulière. Pour ces relations il existait des règles de politesse cérémoniale spécifiques, qui permettaient de trouver l’équilibre entre indépendance de l’individu et nécessité de solidarité du groupe. Ces circonstances ont mené J. Hall (2009) à transformer le binarisme du modèle de P. Brown & S. C. Levinson, en organisation ternaire de manifestations de politesse. Cet auteur, dans son analyse de la correspondance de Cicéron, propose l’existence des types suivants :

  • Politesse de « respect » (« politeness of respect »), qui entraîne la distance sociale et que J. Hall met en relation avec la définition que donne Kaster (2005) du concept de uerecundia (cf. supra, n. 16);
  • Politesse d’« affiliation » (« afiliative politeness »), qui a pour conséquence l’effet contraire et que l’on peut identifier à certains égards à la politesse positive de P. Brown & S. C. Levinson ;
  • Politesse de « réparation » ou de « satisfaction » (« redressive politeness » 30)), qui prend en compte les risques qu’entraîne l’intrusion dans les décisions de l’interlocuteur, compromises au cours de quelques transactions sociales menaçantes pour sa face.

Cette dernière catégorie est semblable à la politesse négative de P. Brown & S. C. Levinson et, tout comme le fait remarquer G. Weaire (2010-2011, 49), que l’on peut difficilement distinguer de la définition de « politeness of respect » 31).

Les aspects exposés jusqu’ici font penser donc que le cadre théorique classique de P. Brown & S. C. Levinson – malgré toutes les critiques dont il a fait l’objet et avec toutes les exceptions qu’il faille faire – est le plus apte pour l’application aux langues anciennes. Des facteurs comme le pouvoir ou la distance sociale, ainsi que leurs reflets linguistiques, restent parfaitement reconnaissables dans certains énoncés de la langue latine 32) et, s’ils ne sont pas universels, au moins les concepts de politesse positive et négative sont suffisamment explicatifs de certains phénomènes de cette langue-ci 33).

Dans ce contexte, la suite de ce travail 34) présente un aperçu général des phénomènes de politesse linguistique en langue latine, et essaye de résumer le travail déjà fait jusqu’à présent et de relever certaines lacunes dans nos connaissances actuelles. Dans cette optique, les manifestations de la politesse sont divisées en deux sections : la politesse rituelle (§ 5) et la politesse stratégique (§ 6).

5. La politesse rituelle

La politesse rituelle comprend un ensemble de règles fixes, culturellement motivées et socialement sanctionnées 35). Dans les rituels conversationnels, comme le sont les salutations, les remerciements, les félicitations ou les compliments, la politesse est obligée pour la norme sociale et, par conséquent, ne peut pas être nécessairement considérée comme une manifestation des buts argumentatifs, c’est-à-dire qu’elle ne cherche pas d’objectifs concrets, au-delà du maintien et du bon fonctionnement des relations sociales – compte tenu du fait que ces actes de parole peuvent assumer des fonctions contextuelles additionnelles –. Les routines énonciatives ou routines linguistiques conventionnelles à la disposition des locuteurs dans chaque langue sont des outils fréquemment employés pour manier des relations sociales (cf. F. Coulmas 1979) et éviter le conflit résultant de leur transgression.

Au nombre de ces manifestations linguistiques orientées vers des fonctions sociales on peut reconnaître :

5.1. Salutations, adieux, présentations

Comme le signale P. Poccetti (2010, 100), les salutations et les adieux sont des actes linguistiques « that belong to ritual performance governed by social conventions, meaning that speakers have a relatively limited freedom of linguistic choice »36). Leur degré d’élaboration dépend de la connaissance mutuelle des interlocuteurs et doit être en consonance avec les circonstances de l’acte communicatif. Les données recueillies par cet auteur nous offrent une idée très précise des possibilités expressives à la disposition du locuteur latin :

  • Pl., Ps. 457 : Salue. Quid agitur ? […]
    « Bonjour. Comment va-t-on ? »
  • Pl., Bac. 775 : Bone serue, salue. Quid fit ? […]
    « Bonjour, honnête serviteur ! Quoi de neuf ? ».
  • Ter., Ad. 883 : […] O Syre noster, salue ! Quid fit ? Quid agitur ?
    « Oh ce cher Syrus ! Bonjour ! Que devient-on ? Comment va-t-on ? (traduction J. Marouzeau, CUF).
  • Pl., Per. 204 : Paegnium, deliciae pueri, salue. Quid agis ? Vt uales ?
    « Bonjour Pégnion, mignon d’enfant ! Quelles nouvelles ? Comment vas-tu ? ».

L’étendue chronologique du corpus permet à Poccetti de constater certaines tendances évolutives : depuis le Ier siècle avant Jésus Christ, (h)aue devient fréquent comme salutation et se polarise par rapport à uale, spécialisée, à côté de la variante cura ut ualeas, comme formule d’adieu (ibid., 111-113) :

  • Petr., 74, 7 : Subiit igitur alia classis, et illi quidem exclamauere « Vale Gai », hi autem « Aue, Gai ».
    « Une nouvelle brigade leur succéda ; les partants criaient : ‘Au revoir Gaïus’, les entrants : ‘Bonjour Gaïus !’ » (traduction A. Ernout, CUF).

Dans cette catégorie, on peut inclure aussi les rituels de table, les formules de bienvenue ([h]aue, cf. P. Poccetti 2010, 113) ou les entêtes des lettres (salutem [plurimam] dat ; si uales, bene est), tous fortement figés 37).

5.2. Compliments, éloges

Puisque les compliments et les éloges répondent aux attentes de la face sociale de l’interlocuteur, leur emploi demeure poli dans la plupart des cas, où l’élément émotionnel est limpide et permet de les analyser comme des épreuves de tendresse, de respect, d’admiration. E. Dickey (2002, 129-162) en établit un inventaire complet, étudiant le fonctionnement des appellatifs de ce type, dont l’échange est commun entre les amoureux, et dont le passage suivant crée une inversion burlesque :

  • Pl., Cas. 134-138 : […] « mi animule, mi Olympio,
    mea uita, mea mellilla, mea festiuitas,
    sine tuos ocellos deosculer, uoluptas mea,
    sine amabo te‹d› amari, meus festus dies,
    meus pullus passer, mea columba, mi lepus »
    .
    « Mon petit cœur, mon cher Olympion, ma vie, mon doux miel, mon jour de fête ; laisse-moi baiser tes jolis yeux, mon amour ; laisse-moi t’aimer, je t’en prie, ô joie de mes jours, mon petit poulet, ma colombe, mon lapin ».

Il s’agit d’une catégorie fréquemment employée de façon stratégique pour essayer d’obtenir la faveur de l’interlocuteur et pour cette raison apparaissant généralement en compagnie d’autres actes, par exemple les directifs (cf. S. Roesch 2010, 48-52, et infra § 6.1), comme on peut le voir dans les vers suivants :

  • Pl., As. 664-668 : PH. Da, meus ocellus, mea rosa, mi anime, mea uoluptas,
    Leonida, argentum mihi ; ne nos diiunge amantis.

    LE. Dic †igitur me tuum† passerculum, gallinam, coturnicem,
    agnellum, haedillum me tuum dic esse, uel uitellum :
    prehende auriculis, compara labella cum labellis

    « PH. Donne, mon cher œil, ma rose, mon cœur, ma joie, mon petit Léonide, donne-moi l’argent : ne sépare pas deux amants. LE. Appelle-moi donc ton petit moineau, ta poule, ta caille ; dis-moi que je suis ton petit agneau, ton petit chevreau, ton petit veau. Prends-moi par les oreilles ; colle tes lèvres mignonnes sur mes lèvres mignonnes ».

5.3. La gestion des relations sociales

Il y a aussi de nombreux actes linguistiques qui sont déférents envers l’interlocuteur et collaborent au maintien ou au renforcement des relations sociales. Parmi eux, on peut signaler les manifestations d’empathie ou d’intérêt envers l’interlocuteur, et aussi l’expression de condoléances et de vœux, comme ce qui suit :

  • Pl., Mil. 1038 : PY. […] Di tibi dent quaecumque optes.
    « Que les dieux exaucent tous tes souhaits ! ».

Une manifestation de la politesse positive est aussi l’expression de la louange ou de l’approbation, ce dernier pouvant être exprimé à travers des expressions de joie, telles les interjections euge!, eugepae!, nuancées par d’autres lexèmes spécialisés (cf. L. Unceta Gómez 2012, 377-378) :

  • Pl., Mil. 240-241 : […] apud ‹te› eos hic deuortier
    dicam hospitio.
    PER. Euge, euge, lepide ! Laudo commentum tuom !
    « […] et que les deux voyageurs sont descendus chez toi, qu’ils sont tes hôtes. PÉ. Très bien, très bien ; parfait ! Excellente idée ! ».
  • Pl., Most. 260 : PHILOL. Lepide dictum de atramento atque ebore. Eugae ! Plaudo Scaphae.
    « L’ivoire avec de l’encré ? Le mot est joli ; très bien, bravo, Scapha ! ».
  • Pl., Pseud. 743 : PSEUD. Eugepae ! Lepide, Charine, meo me ludo lamberas.
    « Bravissimo ! Excellent, Charinus ; tu me bats à mon propre jeu ».

De même, montrer de la joie dans les salutations, expression fortement conventionnelle, est aussi une preuve de ce type de politesse 38) :

  • Pl., Cist. 14-15 : Quod ille dixit, qui secundo uento uectus est tranquillo mari,
    uentum gaudeo ecastor a te
    […].
    « Comme disait l’autre qui naviguait par bonne brise sur une mer calme, c’est un bon vent qui nous conduit chez toi ».

La joie sert en outre pour montrer de l’empathie et de l’intérêt envers l’interlocuteur. Dans les deux cas, ce sont les lexèmes de la famille de gaudere qui sont chargés d’exprimer « la joie qu’éprouve le sujet quand survient un événement heureux dont il est le témoin, mais qui ne le concerne pas directement » (J.-F. Thomas 1998, 151) 39) :

  • Pl., Poen. 1078 : Pol istam rem uobis bene euenisse gaudeo.
    « Par Pollux, je me réjouis pour vous de cet heureux événement ».

Signalons enfin les félicitations, qui, comme bien vu par S. Roesch (2004, 149-150), sont fréquemment transmis par le verbe gratulor dans les lettres de Cicéron :

  • Cic., Fam. 3, 12 (= 272), 1 : Gratulabor tibi prius : ita enim rerum ordo postulat ; deinde ad me conuertar. Ego uero uehementer gratulor de iudicio ambitus, neque id, quod memini dubium fuit, absolutum esse te.
    « Je te féliciterai d’abord – c’est dans l’ordre ; et puis j’en viendrai à moi. De tout cœur, certes, je te félicite pour ce procès de brigue ; et non point de ton acquittement, qui ne faisait doute pour personne » (traduction L.-A. Constans & J. Bayet, CUF)

Le remerciement a aussi une incidence sur le maintien des relations sociales, car il permet de restaurer l’équilibre, une fois que le locuteur a reçu une faveur de la part de l’allocutaire, ce qui invite à le considérer comme une compensation symbolique. L. Unceta Gómez (2010) analyse cet acte de parole dans le corpus des comédies anciennes, et reconnait deux types de stratégies : celles qui mettent l’accent sur la dette contractée par le locuteur – et qui menacent donc sa face négative –, et celles qui sont plus clairement adressées à l’allocutaire, tournant à l’avantage de ce dernier – et minimisant ainsi la menace pour la face négative du locuteur –. Dans la première catégorie, on peut souligner les expressions à formules performatives :

  • Pl., Rud. 1397 : LA. Gratiam habeo et de talento nulla caussa est quin feras.
    « Je te suis obligé, et quant au talent […], nulle difficulté, tu l’auras ».

L’expression merito te amo :

  • Ter., Haut. 358-360 : […] CLIN. scilicet
    facturum me esse ; in eum iam res rediit locum
    ut sit necessus.
    CLIT. merito te amo, Clinia.
    « CLIN. Bien sûr que je vais le faire ; les choses sont désormais venues au point que c’est inévitable. CLIT. J’ai bien lieu de t’aimer, Clinia ».

Ou l’accomplissement d’un acte commissif:

  • Pl., Capt. 409-413: [TY.] Et mea opera, si hinc rebito, faciam ut faciat facilius.
    Nam tua opera et comitate et uirtute et sapientia
    fecisti ut redire liceat ad parentis denuo,
    cum apud hunc confessus es et genus et diuitias meas :
    quo pacto exemisti e uinclis tuum erum tua sapientia.

    « Moi-même du reste, si je retourne là-bas, je m’emploierai à l’y faire consentir. Car c’est à tes soins, à ta complaisance, à ton courage, à ta sagesse que je devrai de revoir mes parents. C’est toi en effet qui en révélant à cet homme que voici ma naissance et ma fortune, as fait, par cet aveu, tomber les chaînes de ton maître. Cela, c’est à ta sagesse que je le dois ».

De son coté, au nombre des stratégies focalisant la faveur faite par le récepteur, on peut signaler, la bénédiction :

  • Pl., Poen. 207-209: AG. Quid istuc tumultist, Milphio ? MI. Em amores tuos,
    si uis spectare.
    AG. O multa tibi di dent bona,
    quom hoc mi optulisti tam lepidum spectaculum.

    « AG. Qu’est-ce que tout ce tapage, Milphion ? MI. Tiens, voici tes amours, si tu veux les regarder. AG. Oh ! Que les dieux te comblent de biens, pour m’avoir offert un si joli spectacle ! ».

L’éloge :

  • Pl., Bacch. 92-93: [PI.] […] Mulier, tibi me emancupo ;
    tuus sum, tibi dedo operam.
    BA. Lepidu’s. Nunc ego te facere hoc uolo.
    « [PI.] Ma belle, je suis à toi, je suis ton esclave : dispose de moi à ton gré. BA. Que tu es gentil ! Maintenant, voici ce que je voudrais que tu fasses ».

Ou l’explicitation du service prêté, entre autres :

  • Pl., Poen. 805-806: […] AG. Factum a uobis comiter.
    bonam dedistis, aduocati, operam mihi.

    « Merci bien de votre obligeance. Vous m’avez apporté une aide précieuse, mes chers témoins ».

Appartenant aussi à la catégorie d’actes de parole expressifs, comme les a définis J. Searle, les excuses sont également des actes déférents envers l’allocutaire, et pour cela intrinsèquement polis. L. Unceta Gómez (2014) analyse les expressions, dans le latin des comédies, de cet acte de parole qui, comme le précédent, permet de récupérer l’équilibre social, cette fois à la suite de la commission d’une faute ou d’un délit de la part de celui qui énonce le message 40). Le moyen le plus évident est son explicitation lexicale :

  • Pl., Amph. 923-924 : IV. Per dexteram tuam te, Alcumena, oro opsecro,
    da mihi hanc ueniam, ignosce, irata ne sies.

    « Par cette main si chère, Alcmène, je t’en prie, je t’en supplie, grâce ! Pardonne, ne sois plus fâchée ».

Mais il y aussi d’autres procédés implicites, comme la déclaration de responsabilité :

  • Pl., Truc. 826-829, 831, 834-835 : […] DI. Adsum, Callicles. Per tua opsecro
    genua, ut tu istuc insipienter factum sapienter feras,
    mihique ignoscas quod animi inpos uini uitio fecerim.

    CA. Non placet: […]
    Non uinum ‹uiris› moderari, sed ui‹ri› uino solent, […]
    DI. Scio equidem quae nolo multa mihi audienda ob noxiam.
    Ego tibi me obnoxium esse fateor culpae compotem.

    « DI. Me voici, Calliclès. Je t’en conjure, par tes genoux que j’embrasse, juge en homme sage cet acte d’un jeune fou, et pardonne-moi ce que j’ai fait : c’est la faute du vin, je n’étais plus maître de moi… CA. Je n’aime pas cela […]. Ce n’est pas le vin, d’ordinaire, qui commande aux hommes, mais les hommes qui commandent au vin […]. DI. Je sais bien que ma faute m’obligera à entendre bien des choses désagréables ; je me livre à ton ressentiment ; je suis coupable, je l’avoue ».

L’offre de réparation :

  • Pl., Cist. 453-456 : AL. Opsecro te… ME. Valeas. AL. Vt sinas… ME. Nil moror. AL. Expur‹i›gare me.
    ME. ‹Odiosu’s›. AL. Sine dicam… ‹ME.› Satis sapit mihi tuis periuri‹is›.
    Ver * s ita sunt, at nunc non potest. AL. Supplicium † polliceri uolo
    SEL. At mi aps te accipere non lubet […].
    « AL. Je t’en supplie… ME. Adieu ! AL. Laisse-moi… ME. Je m’en moque. AL. Me justifier. ME. Tu m’assommes. AL. Laisse-moi te dire… ‹ME.› Tes parjures lui en ont appris assez, à mon gré. Impossible de nous en faire croire maintenant. AL. Je veux vous faire réparation. SÉ. Il ne me plaît pas de l’accepter.

Ou l’explication des causes :

  • Pl., Poen. 140-144 : ‹AG.› Amans per amorem si quid feci, Milphio,
    ignoscere id te mi aequom est.
    MI. Hau uidi magis.
    Et nunc ego amore pereo ; sine te uerberem,
    item ut tu mihi fecisti, ob nullam noxiam ;
    postid locorum tu mihi amanti ignoscito.

    « AG. J’aime ; si l’amour m’a rendu coupable, il est juste de me le pardonner, Milphion. MI. Rien de plus juste, en effet. Tiens, moi aussi je meurs d’amour, supposons. Laisse-moi te battre, comme tu m’as battu, sans aucune raison ; et puis après, par égard pour mon amour, tu n’auras qu’à me pardonner ».

Il faut faire des recherches approfondies sur le phénomène, mais, au moins intuitivement, on peut reconnaître comme polies les réponses qui minimisent la portée de ces actes de parole. Les tirades suivantes sont des réponses préférées pour un remerciement et une excuse respectivement :

  • Pl., Mil. 669-674 : PA. Quid ad illas artis opt‹ass›is, si optio eueniat tibi ?
    PL. Huic pro meritis ut referri pariter possit gratia,
    tibique, quibus nunc me esse experior summae sollicitudini
    at tibi tanto sumptui esse mihi molestumst
    41). ‹PE.› Morus es.
    Nam in mala uxore atque inimico si quid sumas, sumptus est ;
    in bono hospite atque amico quaestus est quod sumitur.

    « PA. Avec toutes ces qualités, que souhaiterais-tu de plus, si l’on te donnait à choisir ? PL. De pouvoir dignement témoigner ma reconnaissance, à lui d’abord, et aussi à toi, qui me donnez tant de preuves de votre dévouement. Mais je suis désolé de te causer une si grande dépense. PÉ. Que tu es sot ! Dépenser quoi que ce soit pour une méchante femme ou pour un ennemi, voilà une dépense ; mais pour un bon hôte ou un ami, dépense, c’est gagner ».
  • Pl., Bacch. 629-630 : [MN.] […] Immerito tibi iratu’ fui.
    PI. Heia ! Bonum habe animum […].
    « MN. Que j’ai eu tort de me fâcher contre toi. PI. Allons, du courage ».

Tous ces actes communicatifs ont, évidemment, leurs pendants impolis : exprimer le mécontentement ou le refus, montrer de l’indifférence, exiger des excuses ou ne pas le minimiser, exprimer du désaveu, etc., dont les fonctions compétitives ou collaboratives requièrent aussi des analyses exhaustives.

5.4 Les formes d'adresse et les titres

Les langues romaines ont développé un système de formes d’adresse pronominale respectueuse, au moyen duquel on peut indiquer la distance sociale (manque de familiarité, âge, hiérarchie) et le degré de formalité de la situation communicative à travers la différence des pronoms de deuxième personne : tu et vous en français ; et usted en espagnol ; tu et lei en italien. R. Brown & A. Gilman (1960, 254) ont fait remonter l’origine du procédé jusqu’au bas latin, opinion qui a trouvé et trouve encore quelque crédit.

Selon ces auteurs, l’usage du pronom uos, employé pour une seule personne, pour exprimer de la politesse, commence, appliqué à l’Empereur, au cours du IVème siècle, moment où la réforme dioclétienne avait provoqué la coexistence de deux empereurs au centre d’un seul système administratif. L’usage de uos serait, conformément à R. Brown & A. Gilman, une réponse à cette pluralité implicite42). Une fois fixé dans le milieu administratif, le procédé se serait rapidement répandu dans d’autres domaines et aurait étendu son champ d’action aux relations de type horizontal et égalitaire, pour indiquer tout simplement le manque de familiarité.

Récemment, G. Marrón (2011) a toutefois remis en question que cet usage fût déjà stable au IVème siècle et même qu’il impliquât nécessairement une intention polie envers l’interlocuteur ; le choix, dans tous les cas analysés de l’œuvre de Symaque43), est motivé par l’existence d’un destinataire singulier ou pluriel, et non pas par la déférence intrinsèque du pronom. Quoi qu’il en soit, il ne fait aucun doute que nous pouvons reconnaître des formes d’adresse déférentes, parmi lesquelles s’impose domine44), qui remplace le plus archaïque ere, propre à la comédie et qui, dans l’exemple suivant, accompagne une demande de permission :

  • Ter., Haut. 973 : SY. Ere, licetne… ? CH. Loquere. SY. At tuto. CH. Loquere. […]
    « SY. Maître, est-ce que je peux… ? CH. Parle. SY. Mais impunément ? CH. Parle ».

L’emploi des appellatifs de ce type trouve un ample développement pendant l’époque impériale, où on assiste aussi à l’émergence d’un phénomène avec des conséquences postérieures : l’usage de titres qui expriment la conscience du locuteur de la supériorité hiérarchique de l’allocutaire et l’exaltent45), et qui peuvent être accompagnés d’expressions d’auto-dévalorisation46). Le succès des titres à ce moment-là dénonce un durcissement de la distance sociale et une stratification plus accentuée, qui laissera des traces durables dans les langues modernes :

  • magister –> esp. maese, fr. maître, angl. Mr. ;
  • senior –> esp. señor, fr. (mon)sieur, angl. Sir ;
  • domine –> esp. don.

6. La politesse stratégique

Sous la dénomination de « politesse stratégique » on inclut divers procédés communicatifs qui contribuent à atteindre des objectifs argumentatifs et visent à obtenir la collaboration de l’allocutaire. Certains actes de parole sont sentis comme des intrusions dans la capacité de décision de l’interlocuteur et doivent, pour cela, être dépourvus de leur caractère menaçant à partir de certains mécanismes compensatoires, qui permettent d’assurer le maintien des relations sociales, en même temps que la réussite des objectifs prévus.

6.1. Les actes directifs

La catégorie des directifs inclut des actes de parole différents mais qui – selon la définition de J. Searle –, ont le même objet illocutoire : le fait d’être des tentatives pour obtenir une réaction de la part du récepteur, ce qui implique son engagement, et c’est pourquoi ils restent des actes menaçants pour la face négative du premier, et doivent être adoucis. Cette définition est applicable à plusieurs sous-classes d’actes de langage, qui se différencient entre eux en fonction de plusieurs critères : le bénéficiaire de l’action suscitée, la possibilité pour le récepteur de refuser et le degré de contrainte (cf. L. Unceta Gómez 2009a, 31-38).

Le critère du bénéficiaire de l’action qu’on essaye de susciter à l’interlocuteur permet de diviser en deux sous-classes les énoncés directifs : les actes non-impositifs, dont l’accomplissement est profitable au récepteur – avertissements, conseils, recommandations47) – et les actes impositifs, avec lesquels le locuteur cherche à imposer sa volonté à son propre avantage – ordres, demandes, prières –. Entre ces deux catégories on peut inclure des actes comme inviter, puisqu’en définitive, il est difficile de déterminer le bénéficiaire exact de l’action prétendue, d’où on peut conclure que les limites entre elles ne sont pas nettes48).

Par ailleurs, les actes impositifs se différencient par le critère de l’optionalité, c’est-à-dire, la non-obligation pour le sujet exécutant de répondre à ce qu’on lui demande de faire. Les ordres et les exigences impliquent cette obligation49), tandis que dans les demandes, les prières ou les suppliques, ce contenu disparaît50). Cette différence se fonde sur la relation hiérarchique des interlocuteurs et sur le pouvoir relatif entre eux51). Si le locuteur est investi d’une autorité, son message sera interprété comme un ordre ; si, à l’inverse, il se trouve au bas de l’échelle hiérarchique ou, tout simplement, s’il n’existe pas de relation de pouvoir entre les interlocuteurs, l’acte directif sera interprété comme une demande. Il faut signaler néanmoins que les expressions de ces deux intentions communicatives se recouvrent en grande partie52).

À l’intérieur de la dernière catégorie, celle des actes accomplis par un agent sans autorité, il faut distinguer enfin les prières, actes réalisés depuis un rang inférieur – fréquemment lexicalisées – et qui, éventuellement, peuvent acquérir une tonalité intensive et donc devenir des suppliques, et les demandes neutres, indifférentes au critère de contrainte, lorsque la relation sociale des interlocuteurs demeure égalitaire.

Etant donné que, à la différence de ce qui se passe dans un bon nombre de langues modernes, l’emploi de la prière dans un contexte de relation hiérarchique descendante reste peu productif comme stratégie de politesse – puisque la forte stratification de la société romaine justifie une nette expression linguistique des relations hiérarchiques53) – ce sera justement dans ces dernières catégories (la prière, la supplique) que l’on pourra trouver le plus grand nombre de stratégies de politesse visant à adoucir la menace inhérente à ce type d’actes.

L’acte de langage directif est l’un des plus étudiés dans les langues modernes, puisqu’il produit d’habitude un vaste inventaire de stratégies de politesse, et le latin ne fait pas exception54). On trouve dans cette langue-ci plusieurs procédés comme les marqueurs atténuants (sodes, amabo, obsecro, quaeso, etc.55) ) :

  • Plaut., Poen. 250 : ADE. Soror, parce, amabo : sat est istuc […].
    « Grâce, ma sœur, je te prie : c’est assez ».
  • Pl., Asin. 431 : […] LI. Hospes, te obsecro, defende ! […]
    « Etranger, je t’en supplie, défends-moi ».

Le recours aux verbes performatifs, qui spécifient la fonction illocutoire du message :

  • Pl., Capt. 1021 : Sed ‹tu› dic, oro, pater meus tun es ? […]
    « Mais dis-moi, par pitié ; c’est bien vrai ? Tu es mon père ? ».

Les verbes modaux ou d’autres mécanismes pour déréaliser l’énoncé :

  • Cic., Fam. 14, 10 (= 452 bis), 1 : de ea re et de ceteris rebus quam primum uelim nobis litteras mittas56).
  • Pl., Asin. 392 : [LI.] Sed quid uenis ? Quid quaeritas ? ME. Demaenetum uolebam.
    « LI. Mais pourquoi viens-tu ? Que cherches-tu ? MA. Je voulais voir Déménète ».

Par ailleurs, les sollicitudes peuvent être précédées de stratégies préparatoires, qui compliquent leur réalisation, comme le rappel des faveurs faites préalablement, témoignage de la bienveillance de l’allocutaire (cf. J. Hall 2005, 195-198) :

  • Cic., Fam. 11, 27 (= 814), 2 : Quod enim uehementer mihi utile esse putabas nec inutile ipsi Caesari perfecisti, ut ille me diligeret, coleret, haberet in suis.
    « Estimant que cela était fort utile pour moi et non sans utilité pour César, tu l’as amené à s’attacher à moi, à me traiter avec égard, à me compter au nombre des siens » (traduction J. Beaujeu, CUF).

Ou bien être accompagnées d’expressions de flatterie et de proximité comme le sont les possessifs ou les diminutifs (deux traits typiquement féminins en latin) :

  • Pl., Cas. 738-739: […] LY. obsecro te,
    Olympisce mi, mi pater, mi patrone.
    […]
    « Je t’en supplie, mon petit Olympion, mon père, mon patron… ».

Indépendamment de sa considération comme acte autonome ou comme sous-classe de l’acte directif, poser une question, c’est-à-dire, demander une information, reste aussi un acte de langage menaçant pour la face négative de l’allocutaire, et, s’il n’existe pas de relation étroite entre locuteur et allocutaire, cet acte requiert la présence de quelques atténuateurs : dans les langues modernes il est fréquent de commencer une question avec des marques comme « s’il vous plaît », « excusez moi », « j’aimerais bien… », éléments qu’on peut trouver aussi en latin :

  • Pl., Poen. 263 : […] ADE. Eho, amabo, quid illo nunc properas ? […].
    « Hé-là ! Je te prie ; qui te presse d’aller là-bas à cette heure ».
  • Pl., Men. 498 : ME. Responde, adulescens, quaeso, quid nomen tibist ?
    « MEN. II. Réponds-moi, l’ami, quel est ton nom ? ».
  • Cic., Fam. 1, 9 (= 159), 24 : Tu me de tuis rebus omnibus et de Lentuli tui nostrique studiis et exercitationibus uelim quam familiarissime certiorem et quam sapissime facias57) […].
    « Informe-moi, je te prie, en tout amitié et le plus souvent possible, de tout ce qui te touche, des études et des travaux de ton cher Lentulus, qui m’est bien cher aussi » (traduction L.-A. Constans, CUF).

En ce qui concerne les éventuelles réponses à la demande de dire, l’acceptation est l’option la plus polie et on trouve quelques formules stéréotypées pour cette fonction, comme curabo, formulation d’habitude dite par des personnages de rang inférieur pour accepter une mission58) :

  • Pl., Amph. 946-949 : IVP. Iube uero uasa pura adornari mihi,
    ut quae apud legionem uota uoui, si domum
    redissem saluus, ea ego exsoluam omnia.

    ALC. Ego istuc curabo. […]
    « JUP. Fais-moi préparer les vases sacrés. Là-bas, à l’armée, j’ai fait des vœux, au cas où je rentrerais sain et sauf, et je veux les accomplir tous. ALC. Je vais m’en occuper ».

La réponse négative, en revanche, est essentiellement impolie et devra être mitigée avec une excuse ou une justification, qui peut être – comme on le voit dans les exemples suivants (empruntés à R. Ferri 2012, 134) – soulignée par des interjections ou par des adverbes assévératifs qui intensifient l’engagement du locuteur avec la vérité de ce qu’il exprime :

  • Sen., Ben. 5, 22 : ignosce ; non mehercules sciui hoc te desiderare, alioqui ultro obtulissem ; rogo, ne me ingratum existimes ; memini, quid mihi praestiteris.
  • Pl., Pseud. 549 : CA. Quin rus ut irem iam heri constitueram.
    « C’est que je m’étais arrangé déjà pour aller à la campagne ».
  • Pl., Trin. 761 : mihi quidem hercle non est quod dem mutuom.
    « Je te jure, par Hercule, que je n’ai pas un sou à prêter ».

À l’intérieur de cette catégorie, il faudrait faire des recherches plus approfondies sur le conseil59) ou sur l’invitation, actes de parole avec des effets bénéfiques pour la personne à qui on l’adresse, et dont le refus doit être nuancé. Ainsi, par exemple, le refus d’une invitation est, dans l’exemple suivant, mitigé à travers le remerciement, acte, qui comme nous l’avons déjà vu, bénéficie à la face positive de l’interlocuteur60) :

  • Pl., Most. 1128-1131 : [CA.] Iubeo te saluere et saluos quom aduenis, Theopropides,
    peregre gaudeo. Hic apud nos hodie cenes ; sic face.

    TH. Callidamates, di te ament. De cena facio gratiam.
    CA. Quin uenis ? […].
    « CA. Je te salue bien, Théopropide, je suis charmé de te voir revenu sain et sauf de ton voyage. Veux-tu bien souper chez nous aujourd’hui ? Accepte. TH. Que les dieux te protègent, Callidamate ! Quant au souper, non, merci. CA. Pourquoi refuses-tu ? ».

6.2. L’assertion, l’expression de l’opinion, l’évaluation

L’expression explicite du désaccord est une nouvelle menace pour la face négative de l’interlocuteur et pour la face positive du locuteur, ce qui rend nécessaire, encore une fois, la mise en place de stratégies de sauvegarde de la face. Ces procédés sont confrontés par P. H. Schrijvers (1993, 77-78) aux concepts d’ethos61) et captatio beneuolentia de la rhétorique ancienne : si l’opinion de l’orateur était opposée (paradoxus) a celle de son audience, il était recommandable de se servir de la technique de l’insinuatio :

  • Cic., De inu. 1, 15, 20 : Insinuatio est oratio quadam dissimulatione et circumitione obscure subiens auditoris animum.
    « L’exorde indirect s’insinue dans l’esprit de l’auditeur, sans qu’il s’en rende compte, d’une façon un peu secrète et détournée » (traduction G. Achard, CUF).

Définition que P. H. Schrijvers lui même identifie à la maxime de tact proposée par G. N. Leech62).

Face à l’expression catégorique de l’opinion, qui peut susciter une impression d’impolitesse voire même offensive63), on assiste en latin au développement d’un certain nombre de marques atténuantes, qui expriment la modestie ou le doute, parmi lesquelles on peut signaler les emplois parenthétiques des verbes d’‘opinion’ ou de ‘pensée’ ([ut] opinor, credo, puto), ou de certains adverbes de modalisation épistémique (fortasse, utique), stratégie appelée par P. Brown & S. C. Levinson (1987, 145-172) « addition of hedges ».

Comme le souligne T. Reinhardt (2010, 224), ces verbes parenthétiques sont très fréquents dans la comédie64) et dans le genre oratoire, mais ils sont pratiquement absents de la poésie65). R. Müller (1997, 177-186) avait déjà signalé l’emploi d’(ut) opinor par les locuteurs de rang inférieur dans leurs interactions avec leurs supérieurs, tandis que le sens inverse est rare. Credo est semblable, bien que plus énergique, selon l’avis de T. Reinhardt (2010, 224), et il exprime un désir véhément d’approbation, tandis qu’arbitror, probablement vieilli déjà chez Térence, reste caractéristique du style des senes66) :

  • Ter., Hec. 256-257 : […] te mi iniuriam facere arbitror, Phidippe,
    si metuis satis ut meae domi curetur diligenter.

    « J’estime, Phidippe, que tu me fais injure en redoutant qu’elle ne soit pas assez bien soignée chez moi ».

On mentionnera, en dernier lieu, les plaintes, elles aussi menaçantes pour l’image du destinataire et qui, de ce fait, requièrent des mitigations stratégiques, comme on le voit dans l’exemple suivant, expliqué par S. Roesch (2004, 148-149) en termes d’une mitigation de la critique sous l’apparence d’une crainte :

  • Cic., Fam. 2, 10 (= 225), 1 : Tu uide quam ad me litterae non perferantur ; non enim possum adduci ut abs te, postea quam aedilis es factus, nullas putem datas […] ; ex quo uereor ne idem eueniat in meas litteras.
    « Vois combien j’ai raison de dire que les lettres ne me parviennent pas ; car je ne puis me résoudre à penser que tu ne m’aies pas écrit après avoir été nommé édile […] ; et cela me fait craindre que mes lettres n’aient le même sort » (traduction L.-A. Constans & J. Bayet, CUF).

6.3. Le fonctionnement des tours de parole

Du principe de coopération dans le développement du discours découlent quelques stratégies pour la prise de parole et pour le déroulement de la conversation, protocole dans lequel l’élite devait être versée67), comme le souligne Cicéron :

  • Cic., Off. 1, 37, 134 : Nec uero, tamquam in possessionem suam uenerit, excludat alios, sed cum reliquis in rebus, tum in sermone communi uicissitudinem non iniquam putet.
    « En vérité, qu’elle n’exclue pas les autres, comme si elle arrivait dans sa propriété, mais qu’elle estime tout à fait juste que chacun ait son tour dans la conversation commune, comme dans tous les autres domaines » (traduction M. Testard, CUF).

De cette façon, étant donné que l’engagement d’une conversation peut compromettre la liberté d’action de l’interlocuteur, cette action doit inclure un certain mécanisme adoucissant de son potentiel caractère menaçant68) :

  • Pl., Ep. 460-461 : […] MI. Volo te uerbis pauculis,
    si tibi molestum non est.
    […]
    « Je voudrais te dire deux mots, si cela ne te contrarie pas ».

M. E. Hoffmann (1983) a appliqué les théories de l’analyse conversationnelle aux comédies de Plaute et elle a fait remarquer certaines tendances dans l’ouverture des dialogues de ces œuvres, où on trouve nécessairement l’adresse à l’allocutaire, ce qui permet son identification, et facultativement la salutation rituelle (cf. supra, § 5.1).

Les exemples suivants illustrent le contraste entre l’appel à un esclave et la salutation élaborée des membres de l’élite :

  • Pl., Rud. 97-100 : PL. Prope me hic nescioquis loquitur. DAE. Heus, Sceparnio.
    SC. Qui nominat me ? DAE. Qui pro te argentum dedit.
    SC. Quasi me tuum esse seruum dicas, Daemones.
    DAE. Luto usust multo, multam terram confode.
    « PL. J’entends quelqu’un parler près d’ici. DÉ. Holà ! Scéparnion. SC. qui m’appelle ? DÉ. Celui qui a donné de l’argent pour toi. SC. Tu veux sans doute dire que je suis ton esclave, Démonès ? DÉ. Il faut beaucoup de mortier ; tire beaucoup de terre ».
  • Pl., Amph. 676-683 : AM. Amphitruo uxorem salutat laetus speratam suam,
    quam omnium Thebis uir unam esse optimam diiudicat,
    quamque adeo ciues Thebani uero rumiferant probam.
    Valuistin usque ? Expectatun aduenio ?
    SO. Haud uidi magis.
    Expectatum eum salutat magis haud quisquam quam canem.

    AM. Et quom [te] grauidam et quom te pulchre plenam aspicio, gaudeo.
    AL. Obsecro ecastor, quid tu me deridiculi gratia
    sic salutas atque appellas, quasi dudum non uideris.

    « AM. Amphitryon salue avec joie sa femme tant désirée, celle qu’il regarde comme la meilleure d’entre toutes les Thébaines, et dont les Thébains eux-mêmes s’accordent à proclamer la vertu. T’es-tu bien portée ? Désirais-tu mon retour ? SO. Je n’ai jamais vu retour plus attendu. Ce mari si désiré, on ne le salue pas plus qu’un chien. AM. Et que j’ai de joie à te voir porter si heureusement la grossesse ! AL. Sur mon âme, dis-moi, je t’en supplie : pourquoi te moquer ainsi de moi ? Pourquoi me saluer et m’aborder, comme si tu ne m’avais pas vue tout à l’heure ? ».

M. E. Hoffmann a souligné en plus le fait que le couple appel–réponse est souvent précédé par l’explicitation de l’intention de faire l’appel (spécialement à travers la formule adibo ad hominem).

De la même façon, la clôture du dialogue est toujours une affaire délicate, car elle remet en question la face négative de l’interlocuteur, et doit être convenablement gérée. Comme l’exprime S. Roesch (2002, 330), « comme pour nous, le moment de la fin de l’échange est délicat pour les latins. Il faut la coopération des deux parties afin d’éviter que l’une d’entre elles ne se sente lésée et la réciprocité est nécessaire à une clôture satisfaisante pour les deux locuteurs ».

Encore une fois, les hiérarchies relatives des participants dans l’interaction communicative laissent des traces linguistiques, de sorte que, depuis une position supérieure il ne faut pas avoir recours à des éléments mitigeurs :

  • Pl., Cas. 791-792 : […] LY. Abi.
    Tu hic cunctas ; intus alii festinant.
    PA. Eo.
    « LY. Va-t-en. Tu lambines ici, et les autres se dépêchent là-bas. PA. J’y vais ».

Mais, entre pairs ou dans une interaction de sens descendant dans l’axe vertical de la hiérarchie, les adieux doivent recevoir une manifestation plus élaborée et comprendre des formules préparatoires stéréotypées, comme nisi quid uis, numquid aliud uis ? et leurs variantes69), justifications, bénédictions ou formules symétriques (uale). Le passage suivant nous montre une scène de clôture entre pairs avec une hypercaractérisation de ces éléments (S. Roesch 2002, 328) :

  • Pl., Merc. 324-327 : […] LY. Perdis me.
    Hic modo ex amore insanit. Numquid uis ?
    DE. Vale.
    LY. Ad portum propero ; nam ibi mihi negotium est.
    DE. Bene ambulato. LY. Bene uale. DE. Bene sit tibi.
    « LY. Tu m’assommes. (A part) L’amour lui a tourné la tête. Tu n’as plus besoin de moi ? DÉ. Non ; adieu ! LY. Je me dépêche d’aller au port ; j’y ai une affaire. DÉ. Bon voyage ! LY. Bonne santé ! DÉ. Toi aussi ! ».

7. Conclusion

Les constatations précédentes sont des exemples prouvant des nombreuses possibilités qu’offre l’application des théories modernes sur la politesse à la langue latine. Comme on peut le constater dans la bibliographie de ce travail, au cours des dernières années des progrès importants ont été accomplis, sur notre connaissance de ces stratégies ; pourtant, il reste fort à faire pour que le cadre soit complet.

Les avantages de ces analyses sont nombreux et, parmi eux, on peut souligner des aspects comme la clarification du sens de certains passages, la bonne compréhension de la caractérisation des personnages dans des textes dramatiques et narratifs, ou la reconnaissance des variations de registres, associées au contexte, tant social – hiérarchies relatives –, que pragmatique – l’urgence d’une requête, le degré d’intimité, l’implication émotionnelle, le bénéficiaire du message, etc. (cf. R. Ferri 2012, 106) –.

Tout cela contribue en outre à la fidélité des traductions et, nous permet une nécessaire perspective diachronique sur l’expression de la politesse dans les langues romanes70).

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Rédaction : Luis Unceta Gómez

Révision : Michèle Fruyt, Janyce Desiderio

Mise en ligne : Octobre 2014

1) Voir la vaste bibliographie établie par M. DuFon et al. (1994) ou les données disponibles sur le site web du Politeness Research Group .
2) Récemment, G. N. Leech (2007) a réélaboré le principe de politesse en le dénommant « Grand strategy of politeness », avec lequel il essaye de surmonter les critiques d’« occidentalocentrisme » du modèle. Brookins (2010) l’applique au latin.
3) Le « narcissisme » dont parle C. Kerbrat-Orecchioni (1992 II, 167).
4) Il y a plusieurs circonstances qui expliquent ce choix : l’urgence du message qui suspend l’importance de la face ; si la menace pour la face de l’interlocuteur est minime ou si ce sont des actes communicatifs bénéfiques pour la face de l’interlocuteur (offres, conseils…) ; si le locuteur occupe une position hiérarchique supérieure, etc.
5) Dans notre culture occidentale, c’est l’expression de politesse la plus élaborée et conventionnelle (cf. P. Brown & C. S. Levinson, 1987, 68) et, pour cela, la plus conservatrice et archaïsante (cf. M. Sfianou 2013, 96).
6) Conformément à ce que fait Watts (2003), pour compenser le rationalisme extrême de ce modèle, M. Kienpointner (2008) plaide en faveur de l’inclusion de la relation émotionnelle des interlocuteurs, comme facteur décisif de la sélection.
7) Les critiques ont été soulevées principalement par les chercheurs asiatiques, qui ont montré que le modèle est difficilement applicable aux sociétés collectivistes ; voir, par exemple, Y. Matsumoto (1989).
8) Cf. E. Ogiermann (2009: 18) : « The postmodern approach to politeness, with its focus on the heterogeneous nature of culture and dynamic aspects of social identity, emphasizes individual variability in the production and perception of politeness ».
9) Les travaux de G. Eelen (2001) ou S. Mills (2003) s’écartent aussi avec des principes conversationnels de H. P. Grice.
10) D’autres recherches récentes explorent ces concepts. R. B. Arundale (2006), dans le cadre de la communication personnelle, défend que la face est construite en collaboration avec l’interaction. L’« être social » existe uniquement en relation avec d’autres êtres sociaux. H. Spencer-Oatey (2007) place le concept universel d’identité au milieu du face-work, tout en soulignant la façon dont la face positive et la face négative sont inclues dans le concept d’identité. Terkourafi (2005, 2007), de son coté, a proposé un cadre théorique selon lequel le comportement politique s’ajuste aux attentes du lien entre le linguistique et l’extralinguistique. Voir en plus Haugh (2007) et O’Driscoll (2007a, 2007b).
11) Cf. D. Bousfield (2008), J. Culpeper (2011) ; on peut voir aussi le volume 4/2 de Journal of Politeness Research (2008). Il n’y a pas d’applications spécifiques au latin, sauf les recherches de B. Krylovà (2004, 2005). Kienpointner (1997, 281-282) ouvre certains chemins (Plaute, Catulle).
12) Comme il a été mentionné précédemment, les actes impolis peuvent servir à resserrer les liens sociaux. C’est le cas des insultes rituelles entre jeunes de différentes cultures, phénomène qui a été bien étudié ; cf. Kienpointner (1997, 262-264). Tel pourrait être le cas aussi de la procacitas et de l’insolence dans des contextes ludiques à la faveur de la distraction. Ainsi, l’audacia des uernae, les jeunes serviteurs domestiques, était stimulée par les seigneurs, comme le signale Sénèque (De prou. 1, 6), pour le divertissement des classes supérieures. Voir Mencacci (2012, 226-228).
13) Kienpointner (1997) développe un classement très complet des types d’actes impolis.
14) Cf. Mencacci (2012, 341-342) et l’analyse détaillée du passage dans Mencacci (2013).
15) La comparaison, applicable seulement à l’élite, a été proposée par J. Hall (2005, 200) : « both involve the individual’s desire to project an image of social competence and importance to those around them ». Le fait que, tout comme la « face », la dignitas, elle aussi, dut être négociée, se dégage, comme le fait aussi remarquer J. Hall (2005, 205), de la stratégie fréquente visant à confier la propre dignitas à l’allocutaire : meam dignitatem commendatam habeas rogo (Cic., Fam. 10, 21a). Voir aussi Fam. 10, 17, 3 ; 11, 6 ; 12, 12, 2 ; 12, 17, 3 ; 12, 14, 4. « Constructing an image of power and dignitas necessarily involved maintaining a sharply defined social distance from others, something that in turn generated a high degree of formality in manners and language » (ibid., 210).
16) Cf. Kaster (2005, 15) : « uerecundia animates the art of knowing your proper place in every social transaction and basing your behaviour on that knowledge; by guiding behaviour in this way, uerecundia establishes or affirms the social bond between you and others, all of whom (ideally) play complementary roles. Most fully, this means that you will each gauge your understanding relative to others; you will each present yourself in a way that at least will not give offence – for example, by confrontation or importunity – and that preferably will signal your full awareness of others face, the character they wear in the transaction and the respect that that character is due ». L’idée est très proche de celle d’habitus de R. J. Watts (2003, 144-145).
17) Cf. R. J. Watts (2003: 37): « During the seventeenth century the ideology of courtesy shifted to the court of the French monarchy, in particular to the court of Louis XIV, the Sun King. The hegemonic discourse was altered and extended by introducing Cicero’s notion of the honestus uir, translated into French as the honnête homme, whose business it was at the court to please others […]. Poli came to refer to the quality of appropriate behaviour at court, such that civil and courteous behaviour had to show the qualities of politesse, of ‘being polished’. Polished behavior was a metaphorical extension from polished silver and brassware; it had to shine, it had to be brilliant, it had to reflect the person who looked at it (i.e. it had to concern itself with the needs of the ‘other’), it had to be admired, it had to be aesthetically pleasing, etc. ».
18) Haverkate (1994), propose l’analyse de la politesse sur les trois niveaux de l’acte de langage : articulatoire, illocutoire et propositionnel (sous-divisé à son tour en prédicatif et référentiel).
19) Cet exemple illustre en plus la considération négative, de la part de l’aristocratie romaine, de l’usage d’une voix trop élevée ou stridente, signe de manque d’élégance et conduite typique des esclaves rustiques, des personnes âgées ou des femmes. Voir sur ce sujet Mencacci (2012, sp. 334-335 et 341) : « sappiamo che l’elite esprime la sua competenza sociale attraverso uno stile – non solo verbale ma anche vocale – sobrio, basato sul controlo e sulla misura, che impone di vagliare atentamente ciò che viene detto e come lo si dice; uno stile che presuppone la rinuncia all’uso libero e spregiudicato della voce, e bandisce i diversi atteggiamenti in cui esso si declina e che di volta in volta portano i nomi di petulantia, loquacitas, garrulitas, licentia, conuicium ».
20) Bien qu’E. Dickey (2012a) défende l’application combinée de plusieurs théories, elle se trouve dans l’obligation de reconnaître que le modèle de R. J. Watts, basé sur la perception subjective des locuteurs, ne permet pas de faire des généralisations prédictives, de sorte qu’il ne peut pas être utile pour les langues anciennes.
21) Les traductions des textes de Donat sont tirées de Hyperdonat.
22) Cf. R. Ferri (2012, 106).
23) Cf. R. Ferri (2012: 105).
24) E. Dickey (2012a) applique au latin quelques-uns des principes méthodologiques de M. Tefkouraki ; il ne faut toutefois pas oublier que la fréquence relative des expressions polies ne peut pas être considérée un indice absolument fiable, vu que notre corpus est défectif à cet égard.
25) R. Ferri (2008, 26) formule le problème de la manière suivante : « the interest of the topic lies more in the identification of the variants or variables, and on the linguistic possibilities of Latin in this regard, than in a quantitative analysis. This is so because comedy, and the literary evidence generally, cannot be consistently relied upon to provide a satisfactory representation of the Latin everyday linguistic realities-in fact ».
26) Les travaux suivants sont des applications des théories de la politesse à la langue latine : P. H. Schrijvers (1993, 75-89), S. Núñez (1995), E. Oliensis (1998), S. Roesch (2002, 2004, 2005, 2008, 2010), L. Unceta Gómez (2009a, 2010), R. Ferri (2008, 2012), E. Dickey (2012a, 2012b), J. Hall (2005a, 2005b, 2009). R. Risselada (1993) et E. Dickey (2002) se servent aussi de ces concepts, bien que subordonnés à d’autres intérêts. J. Uría (2007, 56-59) applique les maximes de H. P. Grice à l’invective cicéronienne, et T. A. Brookins (2010) aux poèmes de Catulle. J. B. Hoffmann (20033), R. Muller (1997), et A. Bagordo (2001) sont aussi des bonnes sources d’information. Pour le grec, nous pouvons citer : sur le monde des poèmes homériques, cf. R. Scodel (2008) – d’un point de vue plus anthropologique que linguistique –, et M. Lloyd (1999, 2004) – qui met l’accent sur les implicatures conversationnelles de H. P. Grice ; M. Lloyd (2006 et 2009) sur la tragédie. Sur les relations de pouvoir dans l’Antiquité, voir G. Weaire (2010-2011).
27) Le phénomène peut être analysé tant d’un point de vue sémasiologique, en faisant attention à des actes de parole concrets, qu’onomasiologique, en s’occupant des stratégies d’adoucissement ou d’intensification (upgrading et downgrading dans la terminologie anglo-saxonne).
28) La non-élite devait être extrêmement prudente dans ses relations avec les citoyens puissants, et consciente de leur place, faire des démonstrations d’humilité servile. Pour l’élite, être flattée et traitée avec déférence était le signe de son status (cf. J. Toner 2012, 52-55).
29) Pace E. Dickey (2012a, 321).
30) J. Hall (2009, 107) : « linguistic strategies that attempt to compensate for the threat to face involved in certain types of social interaction ».
31) Sauf, parfois, dans le corpus choisi par J. Hall. Sur cette étude, voir aussi E. Dickey (2012a, 731), qui note : « Hall’s study is most enlightening, but he avoids discussion on the meaning and usage of particular words in favour of concentration on when, how and why politeness was deployed in Roman letters ».
32) Voir R. Risselada (2004).
33) Nous sommes d’accord avec l’universalisme modéré défendu par M. Kienpointner (1997, 283) : « I have argued for a moderate relativism which accepts the universality of notions like positive and negative face, face threatening and face enhancing acts, and parameters like power and distance at an abstract level, but asks for culture‑ and language‑specific adaptation and modification of these concepts as soon as the explanation of actual utterances is concerned ».
34) La structure des sections suivantes suit de près celle de C. Fuentes Rodríguez (2010).
35) Cf. Ferguson (1981) ; sur le latin, S. Roesch (2004, 143-144).
36) Cf. en plus P. Letessier (2000).
37) Cf. S. Roesch (2004, 144). Les travaux de P. Cugusi (1983, 1989) sont une bonne source d’information sur les clichés du genre.
38) Cf. J.-F. Thomas (1998, 151), qui assemble en plus (n. 16) les différentes formules employées dans les salutations : saluom te aduenire gaudeo (Pl., Bacch. 184, 456 ; Most. 448, 805, cf. 1129 ; Poen. 686 ; Stich. 586 ; Trin. 1097, 1178 ; Ter., Ad. 81 ; Eun. 976 ; Hec. 353 ; Heaut. 407 ; Phorm. 286) ; uenire saluom gaudeo (Pl., Ep. 7, 359, cf. 128 ; Mil. 897) ; saluum gaudeo (Pl. Curc. 306, 316). Cf. Pl., Pers. 502 : si ualetis, gaudeo (ibid. 777).
39) J.-F. Thomas (1998, 152) définit le sémème de ces lexèmes comme suit : « les deux termes désignent /le fait d’éprouver/ (gaudere) ou /l’état psychologique consistant en/ (gaudium) /un sentiment de contentement/ /poli/ /devant l’heureuse réalisation/ /de quelque chose qui n’est pas essentiel pour le sujet/ ».
40) Sur cet acte de parole en latin, voir en plus P. Kruschwitz & A. Cleary-Venables (2013).
41) La similitude entre remerciements et excuses a été bien étudiée du point de vue comparatif. En japonais, par exemple, les premiers prennent souvent l’apparence des deuxièmes (« Je vous ai occasionné beaucoup de gêne » ; cf. H. Haverkate 1994, 96 ; P. Brown & S. C. Levinson 1987, 190).
42) Cf. ibid. : « An emperor is also plural in another sense; he is the summation of his people and can speak as their representative. […] The Roman emperor sometimes spoke of himself as nos, and the reverential uos is the simple reciprocal of this ». La pluralité est une métaphore étendue pour le pouvoir.
43) Le corpus du travail sont les rapports envoyés par Symaque aux empereurs, pendant l’exercice de la préfecture de Rome.
44) Bien qu’il y en ait beaucoup d’autres, comme patronus, erus, rex, etc. (cf. E. Dickey 2002, 77-109). Sur l’influence de la forme domine sur les appellatifs grecs κύριε et δέσποτα, cf. E. Dickey (2001).
45) Dans le panégyrique, le procédé acquiert une coloration religieuse avec l’usage des noms abstraits diuinitas ou benignitas, et les adjectifs diuinus, caelestis ou sacer (cf. I. Gómez Santamaría 2003, 151). Sur le système des titulatures honorifiques, voir R. Frei-Stolba (1969), S. Corcoran (1996, 318-323 : « Imperial plurals » ; 324-336 : « Abstract forms of address ») et R. Rees (2003).
46) T. Janson avait déjà signalé (1964, 125; 145-146) l’usage, dans des textes latins d’époque tardive, de formules auto-méprisantes et d’expressions péjoratives du côté des auteurs pour s’identifier, ainsi que l’emploi de diminutifs pour faire référence à sa propre œuvre. La stratégie, qui peut être conçu comme un surdéveloppement de la « maxime de modestie » (cf. G. N. Leech 1983), est clairement visible pendant le Moyen-Âge (cf. Held 2010, 202-203). L’idée se concrétise de façon physique dans le rituel de la prosternation.
47) Certains genres discursifs justifient l’usage des formes non mitigées ; on peut penser, par exemple, au style catégorique et sentencieux de Caton, et à des textes comme les traités médicaux (cf. F. Gaide, 2002).
48) Il faut concevoir ces actes de parole comme un continuum significatif et, par conséquent, les classer en termes prototypiques, plus qu’en catégories fermées ; cf. S. Blum-Kulka et al. (1989) ou R. Risselada (1993: 33 y n. 21), qui propose une classification différente. Voir aussi S. Núñez (1991).
49) Sur les différences entre ordre et exigence, voir L. Unceta Gómez (2009a, 81-83). Les ordres prennent des orientations différentes : positive, négative ou permissive. Le tour noli + infinitif s’est vite spécialisé comme expression directive prohibitive (cf. R. Risselada 1993, 141-142, 296-297 ; R. Ferri 2012, 120-122) ; mitte + infinitif semble plus impératif que le précédent (cf. Pl., Persa 207) ; voir à ce sujet T. Reinhardt (2010, 211). On peut signaler en plus caue + subjonctif.
50) Cf. R. Risselada (1993, 46-48) ; L. Unceta Gómez (2009a, 34).
51) Qui peut reposer tant sur la force physique que sur le concept d’autorité ; cf. R. Brown & A. Gilman (1960, 255) : « One person may be said to have power over another in the degree that he is able to control the behaviour of the other. Power is a relationship between at least two persons, and it is nonreciprocal in the sense that both cannot have power in the same area of behaviour ».
52) L. Unceta Gómez (2009a, 39-66).
53) Cette stratégie est cependant déjà présente depuis l’époque de Cicéron, moment où le verbe orare devient plus important dans des demandes polies ; cf. E. Dickey (2012a, 323-326). Sur le phénomène, voir en plus L. Unceta Gómez (2008).
54) Les demandes, considérées le FTA par excellence sont devenues la quintessence des études sur la politesse. Nous disposons de deux monographies qui étudient les manifestations de cet acte en latin : R. Risselada (1993) et L. Unceta Gómez (2009a) ; voir aussi E. Dickey (2012a, 2012b) et P. Kruschwitz (2013). Pour le grec, M. Leiwo (2010a) et C. Denizot (2011).
55) Voir, sur ces marqueurs, T. F. Carney (1964), J. N. Adams (1984), R. Risselada (1989, 1993), S. Núñez (1995), E. Dickey (2006, 2012b), H. Rosén (2009), L. Unceta Gómez (2008 ; 2009a, 63-65 ; 67-76 ; 2009b ; s.p.). Ultérieurement, tous ces particules seront remplacées dans leurs fonctions par d’autres, comme rogo (cf. L. Unceta Gómez 2008 et P. Molinelli 2010 ; sur son fonctionnement syntaxique, cf. H. Halla-aho 2010 ; sur son influx sur le grec ἐρωτῶ, E. Dickey 2010) ou si tibi placet (–> cat. si us plau, fr. s’il vous / te plaît ; cf. L. Unceta Gómez, 2009b, 257-258). D’autres expressions semblables sont : (per)gratum mihi erit / feceris si, nihil gratius mihi facere potes, ou restrictions du type si me amas, si me diligis, si tibi erit commodum, si tibi non est molestum, si poteris, etc. (sur ces dernières dans les lettres de Cicéron, cf. S. Roesch 2004, 146). Voir en plus R. Ferri (2008, 171-172).
56) E. Dickey (2012b) propose, pour les lettres de Cicéron, une gradation selon laquelle uelim et quaeso accompagnent les demandes mineures, c’est-à-dire, qui n’impliquent pas un grand effort de l’interlocuteur et non plus un grand bénéfice pour le locuteur, tandis que peto et rogo se trouvent d’habitude avec des demandes d’une plus grande importance. On pourrait donc proposer que uelim, comme adoucissement conventionnel d’un acte directif, est très automatisé dans ce corpus pour les sollicitudes courantes, entre interlocuteurs du même statut hiérarchique et avec une certaine familiarité. Voir aussi S. Roesch (2004, 145-146).
57) En plus de la formulation de la question, très marquée dans ce cas-là, l’intérêt pour l’état de l’interlocuteur est aussi un acte poli. L’emploi de uelim semble routinier dans les lettres de Cicéron (cf. E. Dickey 2012b, 736-737).
58) Cf. M. Leiwo (2010b, 286 et n. 18). Sur nihil moror en tant que réponse à un acte de langage directif, voir R. Ferri (2012, 123).
59) Cette catégorie admet, en principe, un certain caractère impératif, en raison de ses répercussions positives pour le récepteur. Il manque une étude systématique de cet acte de langage en latin, mais il est intéressant de noter que, bien que le conseil ne soit d’habitude pas un acte très menaçant, l’aristocratie romaine est très sensible sur ce point, et accorde une attention particulière à la liberté personnelle, la hiérarchie et la dignitas que toute intervention de ce type pourrait compromettre. Dans cette optique, fournir un avis pourrait entraîner une prétention de supériorité peu souhaitée et évitée, par exemple, au moyen de non audeo, pour exprimer la réticence, ou l’expression ut facis, combinée d’habitude avec les impératifs de pergo ou incumbo (cf. J. Hall 2009, 118-127).
60) Cf. L. Unceta Gómez (2010, 634) et R. Ferri (2012, 134).
61) Défini par Quintilien (Inst. 2, 13-14) comme suit : ethos, quod intelligimus quodque a dicentibus desideramus, id erit quod ante omnia bonitate commendabitur, non solum mite ac placidum, sed plerumque blandum et humanum et audientibus amabile atque iucundum, in quo exprimendo summa uirtus ea est, ut fluere omnia ex natura rerum hominumque uideatur, quo mores dicentis ex oratione perluceant et quodam modo agnoscantur.
62) Cf. Leech (1983, 82) : « If you must cause offence, at least do so in a way which doesn’t overtly conflict with the Politeness Principle, but allows to the hearer to arrive at the offensive point of your remark indirectly by way of implicature ». Sur la technique de l’insinuatio d’Horace, voir P. H. Schrijvers (1993, 80-89) ; parmi d’autres stratégies, cet auteur signale qu’« un déguisement mythologique ou une mise en scène historique de la demande ou l’admonition factuelles sont des stratégies qui permettent, grâce à leur caractère indirect, de présenter les choses avec tact » (ibid., 86). Ces deux stratégies sont polies car elles déréalisent le contenu des messages qu’elles expriment.
63) L’intensification d’un jugement est souvent exprimée au moyen d’interjections comme ecastor, mecastor, hercle ; on trouve l’explication de cette fonction dans leur origine comme serments. Les emplois parenthétiques des uerba dicendi (inquam [Pl. Am. 94, Cist. 606 ; Ter., Heau. 694, An. 715], ut dico [Ter. Ph. 749]) sont également employés comme intensificateurs de l’assertion et comme caractéristiques des locuteurs de rang supérieur (cf. T. Reinhardt 2010, 224).
64) T. Reinhardt (ibid.) présente les données suivantes : ut opinor (Pl., Am. 574, Aul. 77 ; Ter., Hec. 598); ut ego opinor (Ter., Eu. 563, An. 179); opinor (Pl., Aul. 782, Bac. 774 ; Ter., Ph. 615-616, 693, 678-679); credo (Pl., Aul. 110, Capt. 889 ; Ter., Ph. 140).
65) Sauf dans des contextes spéciaux, comme les discours du genre épique (Verg., Aen. 1, 387 ; 6, 368) ou les poèmes bucoliques dialogiques (Verg., Ecl. 3, 10). Cf. T. Reinhardt (ibid.).
66) Voir en plus R. Ferri (2012, 124-130).
67) Cf. Mencacci (2012, 341) : « quantità, ritmo, qualità della voce, turni e persino le aperture di contatto sono regolati da norme di uso improntate alla modestia, con le quali i membri dell’elite vengono precocemente familiarizzati ».
68) Cf. P. Letessier (2000) et R. Ferri (2008, 18-23), qui analyse les mécanismes pour engager la conversation. S. Roesch (2008) offre une étude comparée de comédie et tragédie (avec des séquences d’ouverture moins développées que dans la première).
69) Cf. J. N. Hough (1945). Sur les stratégies pour continuer le dialogue après une tentative de clôture, voir S. Roesch (2005).
70) L’analyse de la requête dans les échanges épistolaires, par exemple, est un domaine très indiqué pour l’analyse diachronique de quelques critères pragmatiques ; cf. G. Held (2010). Cet auteur synthétise comme suit les avantages de la perspective historique : « First of all, it relativises the universality claim by adding to the horizontal view the necessary vertical view where cross-cultural congruencies can be explained according to cross-societal differences. Further, it attempts to clarify the politeness concept in its extent of rituality and convention and thus claims it (actively marked) distinction to politic behavior. It also puts the character and balance of negative vs. positive strategies into question, focusing especially on the latter as a wide range of coercive social complimenting, long neglected and underestimated […]. Finally, […] it helps to re-shape the influencing variables of power, distance and rank » (G. Held 2010, 212-213). Par rapport à la dimension diachronique des phénomènes de la politesse, voir aussi I. Gómez Santamaría (2003, 146).