Causalité, cohérence et connecteurs en latin :

pragmatique du discours

Caroline KROON (VU University Amsterdam / Université d’Amsterdam)



Introduction

Dans un volume sur Cause, causalité, causativité, un article sur les conjonctions causales s’avère indispensable1). Cet article a pour but de donner une vue générale des connaissances acquises dans le domaine de la recherche sur les relations de causalité et leur expression explicite en latin. Nous procéderons de ce fait à une rapide synthèse contrastive de ce qu’on appelle usuellement les cinq “marqueurs de causalité”2), illustrés dans les exemples de (1) à (5) :

  • (1) Pl. Capt. 994 : Eo miser sum quia male illi feci
    « Je suis malheureux, parce que je l’ai si durement traité ».
  • (2) Pl. Amph. 396 : ut lubet, quid tibi lubet fac, quoniam pugnis plus vales
    « à ta guise, fais ce que tu veux, vu que tes poings sont les plus forts ».
  • (3) Caes. Gal. 1.12.4 : is pagus appellabatur Tigurinus. nam omnis civitas Helvetia in quattuor pagos divisa est
    « ce canton était appelé canton des Tigurins : L’ensemble du peuple helvète se divise, en effet, en quatre cantons ».
  • (4) Ov. Trist. 5.13.7-8 :
    si tamen ipse vales, aliqua nos parte valemus
    quippe mea est umeris fulta ruina tuis

    « si toutefois tu te portes bien, je me porte alors en partie bien, car ma ruine a été soutenue par tes épaules ».
  • (5) Cic. Att. 10.16.5 : Iam eum, ut puto, videbo ; misit enim puerum se ad me venire
    « Je pense le (= Hortensius) voir bientôt, puisqu’il a envoyé un esclave m’annonçant sa visite » (traduction J. Beaujeu).

Dans ces exemples, quia, quoniam, nam, quippe et enim semblent en partie interchangeables et c’est en raison de tels exemples que ces termes sont souvent associés, dans les grammaires latines et dans les manuels de latin, dans des chapitres traitant de la construction des propositions causales. Cependant, la recherche linguistique actuelle sur les “marqueurs de causalité”, a, pour le latin comme pour d’autres langues, montré d’importantes différences dans leur distribution, qui semblent indiquer certaines différences fondamentales dans leurs fonctionnements particuliers et leurs significations. Savoir quels sont exactement ces fonctionnements et ces significations est encore un sujet de discussion, bien que d’importants progrès aient été faits, depuis vingt-cinq ans, en particulier dans le domaine de la recherche linguistique orientée vers la pragmatique et le discours3). Dans ce type de recherche, une complication réside dans le fait que les langues semblent faire des choix différents pour exprimer les “relations causales”, et qu’il ne semble pas y avoir de correspondances biunivoques entre les langues quant à la manière dont elles divisent le champ de la causalité pour ce qui est du marquage linguistique explicite.

Afin de discuter les problèmes que cela pose d’une façon systématique, je vais d’abord introduire quelques idées et notions importantes de l’actuelle linguistique cognitive et discursive, qui ont fourni les outils pour décrire les marqueurs d’une façon plus élaborée et pertinente qu’auparavant. Dans la discussion qui suit, il s’avérera, entre autres choses, qu’une étude contrastive des prétendus marqueurs de cause illustrés ci-dessus en (1) – (5) nous amène au cœur de la discussion sur les frontières entre grammaires de la phrase et grammaires du discours, et sur les relations qu’elles ont entre elles, sujet important en linguistique théorique du moment. J’aimerais insister sur le fait que cet article ne présente pas de nouvelles données empiriques. Les idées qu’il présente s’appuient principalement sur les observations que j’ai moi-même faites (par ex. Kroon, 1995, 2005, 2011), et sur celles de beaucoup d’autres, notamment Machtelt Bolkestein, Huguette Fugier, Sylvie Mellet, Harm Pinkster, Rodie Risselada, Hannah Rosén, et, plus récemment, Josine Schrickx (voir la bibliographie pour plus de détails). Sa principale contribution sera de rassembler quelques-unes des premières conclusions et d’essayer d’en rendre compte dans un cadre explicatif simple fondé sur les idées théoriques actuelles. L’objectif sera strictement synchronique, sans prendre en compte les développements post-classiques.

1. Constructions causales intégrées et non-intégrées

1.1. Constructions causales intégrées : les opérateurs de cause quia et quod

La discussion doit inévitablement commencer par la distinction fondamentale entre constructions causales intégrées et constructions causales non-intégrées. Les constructions causales intégrées, comme la proposition en quia de l’exemple (1), ont le statut syntaxique d’Adjoint, ce qui veut dire que la proposition causale est syntaxiquement intégrée à la proposition principale, et est une partie constitutive de son contenu propositionnel4).

  • (1) Pl. Capt. 994 : Eo miser sum quia male illi feci
    « Je suis malheureux, parce que je l’ai si durement traité. »

On dit habituellement que de telles constructions causales intégrées impliquent une relation de cause « objective », c’est-à-dire une relation sémantique de cause à conséquence entre deux événements dans le monde dont il est question. Que les propositions en quia comme dans l’exemple (1) soient syntaxiquement intégrées dans la proposition principale découle clairement de nombreuses caractéristiques bien connues de ces propositions, qui sont récapitulées dans le tableau 1.

Tableau 1 : caractéristiques des propositions causales intégrées (par ex. les propositions en parce que) (Pour le latin, Pinkster 1972, 1990 ; Fugier 1989 ; Bolkestein 1991 ; Mellet 1994, 1995 ; Kroon 1995)

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Si nous passons du point de vue de la grammaire de la phrase au point de vue de la grammaire du discours, nous pouvons dire que la proposition principale et la proposition subordonnée de l’exemple (1) forment ensemble un seul acte communicatif avec une seule force illocutoire (que nous pourrions appeler assertion, par exemple). Malheureusement ici, la terminologie varie : l’acte communicatif étant plus ou moins comparable à ce qu’on appelle, dans d’autres approches, « acte de langage », « événement de langage », « acte de discours », « unité de discours », ou même simplement « acte ». Dire que la phrase (1) compte pour un acte communicatif veut dire que la phrase (1) compte pour un seul pas communicatif dans le discours, et a, globalement, une fonction communicative particulière dans le contexte plus vaste du discours5).

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Si nous considérons finalement le statut sémiotique du marqueur causal quia lui-même, nous pouvons le qualifier, selon la taxinomie sémiotique de Peirce, de « signe symbolique » (voir aussi Mellet 1994, Goethals 2010). Ceci veut dire que quia prédique l’idée d’une relation causale entre deux événements de l’univers dont il est question, le mot étant lui-même une partie du contenu transmis par la proposition. Puisque c’est une relation causale qui est prédiquée ici, la proposition en quia peut aussi être qualifiée de « construction causale prédicative ». Comme nous le verrons par la suite, de ce point de vue quia (étant un signe symbolique) est fondamentalement différent des autres marqueurs de cause examinés dans cet article, qui ont un statut sémiotique différent. Je vais maintenant laisser de côté ces constructions causales intégrées, et renvoyer à Fugier 1989, Bolkestein 1991 et Mellet 1994 et 1995, pour différentes observations intéressantes, aussi sur l’interchangeabilité de quia et quod. Mon intérêt porte principalement dans cet article sur les autres types de constructions causales, celles qui sont non- (ou moins) intégrées syntaxiquement, et sur les mots qui semblent très souvent les accompagner : quoniam, nam, quippe, et enim.

1.2. Constructions causales non intégrées : quoniam, nam, quippe, enim

Les propositions introduites par quoniam, nam, quippe et enim ont en commun bon nombre de caractéristiques interdépendantes. D’abord, les propositions causales ne sont pas syntaxiquement intégrées dans la proposition principale, ce qui veut dire qu’elles ne connaissent pas les phénomènes d’intégration dont la liste est donnée ci-dessus dans le tableau 1.

Deuxièmement, la proposition causale compte comme un acte communicatif propre. La proposition introduite par nam dans l’exemple (3) est un pas communicatif indépendant, séparé dans le discours, et qui a sa propre fonction communicative.

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La troisième caractéristique implique le fait que le type de relation causale concernée n’est pas « sémantique », mais « pragmatique » : elle implique des relations dites fonctionnelles ou rhétoriques (aussi appelées « relations de cohérence ») du type Justification, Motivation, Clarification, Explication, Preuve, Inférence, Argument, ou d’autres choses similaires. On peut les considérer, d’une certaine façon, comme des variantes pragmatiques de la relation logico-sémantique de cause. Dans une discussion sur les conjonctions causales en espagnol, Goethals (2010) range toutes ces relations rhétoriques de cause sous l’étiquette générale de « Justification », pour distinguer ce type pragmatique de relations de causalité du type prédicatif de relations causales examiné au § 1.1. Ainsi, on peut dire que dans l’exemple (2), repris ici par commodité, l’acte communicatif introduit par quoniam (pugnis plus uales) a la fonction rhétorique d’être une Justification par rapport à l’acte central quid tibi lubet / fac.

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Une dernière caractéristique des constructions causales non-intégrées est que leurs marqueurs ne sont pas des signes symboliques, mais ils ont le statut de signes indexicaux. Ils ne prédiquent pas, comme quia dans l’exemple (1), une relation causale entre deux événements du monde extérieur. Ils indiquent plutôt la présence d’une relation rhétorique causale entre deux événements de discours. Les marqueurs dans les constructions causales non-intégrées ne sont, par conséquent, pas des mots de contenu (avec une signification propositionnelle), mais des mots fonctionnels (avec une signification non-propositionnelle). Ce qu’ils font, c’est d’informer l’interlocuteur sur comment faire entrer l’acte communicatif (l’événement de parole) dans son contexte discursif plus vaste. Cette vue avait déjà été proposée en 1975 par le fameux groupe de linguistes français autour d’Anscombre et Ducrot, qui distinguaient entre opérateurs (= conjonctions prédicatives, intégrées, par ex. parce que) et connecteurs (= connecteurs identifiant un acte de parole, non-intégré ; par ex. puisque, car)6) :

  • « [Les connecteurs] car et puisque ne servent pas à constituer une nouvelle idée, mais à accomplir un acte de parole (acte de justification ou d’inférence) : ils marquent que le locuteur effectue […] une activité de parole particulière. […] L’opérateur parce que ne fait pas sortir du domaine de contenu. […] Il sert à constituer ce qui est ordonné, mis en question, affirmé. » (Groupe l-l, 1975, 254-257).

Maintenant que nous avons établi les caractéristiques communes des dits « connecteurs » de cause (comme nam et quoniam), par comparaison avec les dits « opérateurs » de cause examinés au § 1.1. (par ex. quia), la question qui se pose est, évidemment, de savoir comment nous allons décrire les différences observées entre les membres particuliers du groupe des « connecteurs de cause » (quoniam, nam, quippe, et enim).

Cela serait assez simple si l’on pouvait prouver que chacun des membres de ce groupe correspond exclusivement à un seul sous-type de relation rhétorique de cause ̶ à condition au moins que nous soyons capables de proposer de bonnes définitions de tous ces sous-types (par ex. Motivation, Explication, Inférence, et ainsi de suite). Il n’est pas surprenant qu’il n’y ait pas de telles correspondances : il est assez facile de trouver deux de ces marqueurs de cause avec ce qui semble être exactement le même type de relation rhétorique. Ceci est illustré en (7) et (8), où enim et nam sont employés avec le même type de relation rhétorique de cause (Clarification/Explication d’un mot de la précédente unité) :

  • (7) Cic. leg. 2,16 : Hic habes legis prooemium ; sic enim haec appellat Plato
    « Voici ‘l’introduction’ de la loi: c’est ainsi en effet que Platon l’appelle »
  • (8) Fuit in illis nauarchis Heracliensis quidam Furius – nam habent illi non nulla huiusce modi Latina nomina -
    « Parmi ces capitaines de vaisseaux il y eut un certain Furius d’Héraclée (car quelques-uns de ces Siciliens portent des noms latins comme celui-là) ».

Ainsi pour saisir les différences entre ces connecteurs de cause, et pour comprendre ce qu’ils font effectivement dans une interaction communicative, nous avons manifestement besoin d’un cadre d’analyse plus élaboré, qui prenne en compte toutes les dimensions qui jouent un rôle dans l’interaction communicative. Limiter le fonctionnement des marqueurs à la seule dimension séquentielle du discours, comme des indicateurs des relations rhétoriques entre les actes successifs, serait une flagrante hypersimplification de ce que font réellement ces mots. En fait, ils semblent faire des choses assez différentes, comme on le verra ci-dessous.

2. La nature tridimensionnelle des actes de communication

A quoi peut ressembler un cadre d’analyse plus élaboré ? Le présent paragraphe résume les aspects les plus significatifs. Il est important de garder à l’esprit l’idée que les marqueurs donnent une instruction sur la façon dont l’unité communicative (qui est) dans leur portée (ce qu’on appelle l’unité d’accueil du marqueur) s’insère dans le discours en cours. Selon Goethals (2010), cette ‘insertion’ de l’unité communicative dans le discours comporte généralement trois dimensions différentes du discours, toutes en même temps.

La première dimension est la dimension modale, qui concerne la relation entre un ‘évaluateur’ ou énonciateur (l’‘origo’ de modalité, cf. Lehmann 2010) et un contenu propositionnel. Le contenu propositionnel d’un acte communicatif est couramment considéré d’un point de vue particulier, subjectif. Il est, pour ainsi dire, filtré à travers une perspective particulière. Habituellement cette perspective concerne le point de vue du locuteur, mais locuteur et évaluateur (locuteur et énonciateur) n’ont pas nécessairement besoin de coïncider : il peut y avoir aussi de la place pour des voix subjectives étrangères, ou pour le partage du point de vue (phénomène désigné sous par ex. le terme d’intersubjectivité). Cette dernière notion semblera importante dans notre description de enim dans le paragraphe 6 ci-dessous.

Il y a ensuite la dimension interpersonnelle de l’acte communicatif, qui concerne la relation entre locuteur et interlocuteur dans la négociation communicative. Dans la plupart des types d’actes communicatifs, le locuteur définit d’une façon ou d’une autre son propre rôle et le rôle de l’interlocuteur dans l’interaction ; le locuteur peut, par exemple, faire une demande, exiger une action de l’interlocuteur, il peut solliciter son accord ou sa compréhension, etc. Enfin, on peut distinguer une dimension séquentielle, qui concerne la relation de l’acte communicatif avec le discours précédent ou suivant, et la place fonctionnelle de l’acte dans le discours qui se développe (en termes d’unité communicative centrale et secondaire, ainsi qu’en termes de relations rhétoriques plus spécifiques du type de la Justification, l’Explication, l’Inférence, etc.7) ).

La dimension modale et la dimension interpersonnelle sont étroitement liées. Pour cette raison dans Kroon (1995), je les ai réunies et traitées ensemble comme le niveau interactionnel du discours. La dimension séquentielle est ce qu’en 1995 j’ai appelé « le niveau de présentation du discours ». Le tableau 2 présente un résumé du cadre légèrement plus nuancé de Goethals :

Tableau 2 : Goethals (2010 : 2009)

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A présent, la démarche pose premièrement que les événements de parole (dans ma terminologie, les actes communicatifs) sont essentiellement tridimensionnels ; et deuxièmement, que les marqueurs en discussion peuvent potentiellement donner des indications sur l’ensemble des trois dimensions de l’événement de parole. Cependant, comme nous le verrons ci-dessous, ces trois dimensions ne peuvent pas toutes être également dominantes ou également activées par les marqueurs particuliers. Dans le reste de cet article, je vais successivement examiner quoniam, nam, quippe et enim dans les lignes de la théorie esquissée ci-dessus, et essayer d’indiquer leurs différences mutuelles.

3. Quoniam : dimensions interpersonnelle et modale désactivées

Les exemples (9) – (12) contiennent quelques cas représentatifs de l’usage de lat. quoniam8) :

  • (9) Cic. Cat. 3, fin : quoniam iam nox est, discedite
    « puisque la nuit est déjà venue, rentrez chez vous »
  • (10) Cic. Man. 20 : quoniam de genere belli dixi, nunc de magnitudine pauca dicam
    « puisque j’ai parlé du genre de guerre, je dirai maintenant quelques mots sur son importance »
  • (11) Cic. Inv. 1,74 : quoniam peperit, cum uiro concubuit
    « puisqu’elle a eu un enfant, elle a couché avec un homme »
  • (12) Cic. dom. 110 : at quae dea est? bonam esse oportet, quoniam quidem est abs te dedicata
    « mais de quelle déesse s’agit-il ? Ce doit être une bonne déesse, puisque c’est toi qui as fait la dédicace » (traduction P. Wuilleumier)

Nous avons déjà vu que les propositions en quoniam, en règle générale, correspondent négativement aux phénomènes d’intégration du tableau 1, raison pour laquelle je les considère comme des actes communicatifs indépendants9).

Un acte introduit par quoniam est cependant assez atypique, parce qu’il contient une information qui semble déjà prise comme garantie, et a déjà été acceptée par les interlocuteurs (par ex. parce que l’information a déjà été fournie dans le contexte précédent, ou est manifeste dans la situation de discours ou est une connaissance générale ou universelle). L’information dans la proposition en quoniam n’est par conséquent nullement négociée entre les interlocuteurs : elle n’est pas posée ou réclamée ou exigée ; elle est simplement réactivée mentalement. Dans la théorie de Goethals, cela veut dire que quoniam active un pas communicatif indépendant dans le discours, mais désactive immédiatement la dimension interpersonnelle de cet évènement discursif. Cela veut dire aussi que l’on ne peut pas assigner une force illocutoire particulière à la proposition en quoniam, telle qu’une assertion, une requête, un ordre ou quelque chose de similaire. Que la dimension interpersonnelle n’est pas activée par quoniam est en accord avec l’observation que les propositions en quoniam ne se trouvent que dans des phrases de type déclaratif10).

A cause du statut de l’information de base de l’information dans la proposition en quoniam, on ne peut pas non plus la modaliser subjectivement. En d’autres termes, dans les propositions en quoniam aucun filtrage subjectif de l’information par un évaluateur (énonciateur) n’est possible. Ceci peut conduire à la conclusion que la dimension modale n’est pas non plus activée par quoniam. Ceci est, à son tour, en accord avec l’observation que les propositions en quoniam ne sont pas très compatibles avec les marqueurs de modalité subjective et avec le subjonctif.

Ce qui reste est que quoniam n’active que la dimension séquentielle de son unité d’accueil, indiquant une sorte de relation rhétorique de Justification, qui est paraphrasée en français par des expressions comme « en vue du fait que », considérant que », « maintenant que », « du moment que ».

A cause de leur fonction ‘de base’, les propositions en quoniam, au moins chez beaucoup d’auteurs, tendent à précéder la proposition principale, comme dans les exemples (9), (10) et (11). Elles fonctionnent comme un pas communicatif préliminaire qui est un moyen de poser le pas suivant, communicativement plus central. C’est par exemple le cas en (9), où la proposition en quoniam justifie (et par conséquent ouvre la voie pour) le comportement désiré exprimé dans la proposition principale. C’est aussi le cas en (1), où elle justifie le passage du locuteur à un nouveau sujet. Et en (11), la proposition en quoniam compte comme la prémisse connue sur la base de laquelle la conclusion logique de la proposition principale peut être tirée.

Les propositions en quoniam peuvent aussi suivre la proposition principale, et s’ajouter comme une sorte d’appendice comme en (12). Dans cette position finale, quoniam est souvent combiné avec la particule quidem, qui, comme je l’ai montré ailleurs (Kroon 2005, 2009), peut être une autre indication d’un statut syntaxiquement lâche d’appendice de la proposition.

4. Nam : toutes les dimensions activées

Les exemples (13) – (16) contiennent des cas représentatifs de cet usage de lat. nam11) :

  • (13) Caes. Gal. 1,12,4 : is pagus appellabatur Tigurinus. Nam omnis ciuitas Haluetica in quattuor pagos divisa est
    « ce canton était appelé canton des Tigurins : L’ensemble du peuple helvète se divise, en effet, en quatre cantons »
  • (14) Pl. Cist. 598 : quid negoti est? nam occupatus sum ampliter
    « Pour quelle affaire ? Car je suis terriblement occupé. »
  • (15) Cic. Verr. II 2,160 (dans le texte précédent Cicéron a dit comment les habitants de Tauromenium, de Tyndaris et de Léontium ont tous jeté bas et détruit la statue de Verrès dans leur ville) : nam quid ego de Syracusanis loquar ?
    « Quant aux Syracusains, pourquoi en parler ? »
  • (16) Sall. Iug. 19,1-2 : Postea Phoenices … Hipponem, Hadrumetum, Leptim aliasque urbis in ora maritima condidere; eaque breui multum auctae, pars originibus suis praesidio, aliae decori fuere. Nam de Carthagine silere melius puto quam parum dicere
    « Plus tard les Phéniciens … allèrent fonder sur la côte Hippone, Hadrumète, Leptis, d’autres villes encore ; et celles-ci, bientôt prospères, devinrent l’appui ou la gloire de leurs métropoles. Pour Carthage, j’aime mieux n’en rien dire que d’en dire trop peu » (traduction A. Ernout).

En étudiant des exemples de nam comme ceux-ci, on peut observer des différences importantes avec quoniam. Contrairement à quoniam, nam active la dimension interpersonnelle, comme le prouve par exemple le fait qu’il peut aussi se trouver dans des propositions de type interrogatif (comme dans l’exemple 15). Comme je l’ai montré dans Kroon (1995), les unités communicatives introduites par nam remplissent typiquement un vide potentiel dans la base de connaissances de l’interlocuteur, et doivent par conséquent être considérées comme ayant de l’intérêt par elles-mêmes12). C’est une grosse différence d’avec les unités en quoniam, qui véhiculent essentiellement une connaissance partagée. En accord avec leur intérêt, les unités en nam ont habituellement la force illocutoire d’une Assertion ou Demande (bien que des exclamations ou des souhaits s’y trouvent aussi13) ).

Considérant que les unités en nam remplissent un vide potentiel dans la base de connaissances de l’interlocuteur, il est assez compréhensible que le contenu propositionnel de l’unité en nam soit toujours vu du point de vue subjectif du locuteur14). Les unités en nam ne peuvent pas facilement être modalisées par une voix étrangère, par ex. celle de l’interlocuteur : le locuteur ne peut, évidemment, combler ses propres lacunes. Ceci explique aussi pourquoi les propositions en nam (à la différence des propositions par ex. en enim) sont rarement ironiques : l’ironie présuppose par nature une voix étrangère.

Quant à la dimension séquentielle, nam semble donner l’instruction que son unité d’accueil appuie d’une façon ou d’une autre l’unité centrale qui précède. Sans l’ajout de cette unité en nam, cette unité précédente peut courir le risque de ne pas être comprise ou acceptée, ou d’être sentie comme incomplète. On trouve de bons exemples en (13) et en (14). En (13), le mot pagus est expliqué pour le lecteur, la proposition en nam comblant un vide potentiel dans la base de connaissances du lecteur. En (14), le locuteur justifie, au moyen de la proposition en nam, son acte de parole précédent, qui, en raison de sa nature peu coopérante, peut avoir entraîné des questions de la part de l’interlocuteur.

Les exemples (15) et (16) sont assez intéressants. En (15), nam semble employé lors du passage à un sujet suivant dans une série de faits similaires. Il semble plus difficile ici de décrire l’emploi de nam en termes de relation rhétorique de Justification ou d’Explication. Néanmoins, je pense que sa fonction est essentiellement la même qu’en (13) et (14). En (15), le contexte précédent peut avoir fait naître l’attente chez l’auditeur que Cicéron va aussi parler des habitants de Syracuse. Cependant, avec l’unité en nam, Cicéron justifie et explique le fait qu’il n’a pas parlé ici de Syracuse, exactement comme si l’auditeur lui avait demandé quelque chose comme : « Mais pourquoi ne dis-tu rien sur Syracuse maintenant ? ». Ainsi, sur la base d’exemples comme (15), qui sont assez courants, nous devons conclure que nam peut aussi justifier l’absence d’un certain acte de parole, dans des situations où l’interlocuteur peut en avoir attendu un. C’est un exemple comparable et même plus explicite que (16), où Cicéron, dans une énumération des cités de la côte nord-africaine, omet Carthage, bien-connue de tous et par conséquent celle qu’on s’attendait le plus à voir mentionnée ici. Son silence à propos de Carthage exige évidemment une explication, qui est ajoutée dans la proposition en nam15).

Ce qui fait que des exemples comme (15) et (16) sont intéressants, c’est qu’ils démontrent que les relations rhétoriques dans la dimension séquentielle n’ont pas nécessairement besoin d’impliquer des unités de discours qui ont été textuellement exprimées. En (15) et en (16), l’unité en nam semble s’appliquer à quelque chose qui est seulement impliqué par ce qui précède, plutôt que explicitement posé.

5. Quippe : relation sémantique de cause à effet présentée en deux pas communicatifs

Le marqueur causal quippe a récemment été étudié par Schrickx (2011, chap. 11). Les exemples ci-dessous, dont la plupart sont aussi discutés par Schrickx, sont assez représentatifs de l’ensemble des emplois de ce mot :

  • (4) Ov. trist. 5,13, 7-8 :
    Si tamen ipse uales, aliqua nos parte ualemus
    Quippe mea est umeris futa ruina tuis

    « si toutefois tu te portes bien, je me porte alors en partie bien, car ma ruine a été soutenue par tes épaules ».
  • (17) Cic. Att. 15,21,3 : nullas a te XI Kal. ; quippe quid enim iam noui ?
    « Pas de lettre de toi aujourd’hui 21 ; de fait, que pouvait-il y avoir déjà de nouveau ? »
  • (18) Phaed. 1,28,7 contempsit illa, tuta quippe ipso loco
    « lui la méprisa, n’était-elle pas en sûreté précisément par sa place (dans l’arbre) ? »
  • (19) Cic. Tusc. 4,40 (à propos des limites du chagrin) : Sed tamen transisse uidetur modum, quippe qui ob eam causam a uita recesserit
    « Mais il semble pourtant avoir dépassé la limite, puisque aussi bien il en mourut »
  • (20) Lucr. 4,432-434 :
    in pelago nautis ex undis ortus in undis
    Sol fit uti uideatur obire et consere lumen ;
    Quippe ubi nil aliud nisi aquam caelumque tuentur

    « Sur l’océan, les matelots croient voir le soleil sorti des flots disparaître dans les flots et y engloutir sa lumière ; c’est qu’ils n’aperçoivent rien que l’eau et le ciel ».

Selon, par exemple, Kühner & Stegmann (1912, p. 808), à partir de Salluste, quippe se comporte comme un simple synonyme de nam : quippe égale nam, disent-ils simplement. En effet, quippe semble avoir en commun avec nam un certain nombre de propriétés distributionnelles, par exemple :

- quippe et nam peuvent tous les deux se trouver dans des questions rhétoriques (pour quippe voir l’exemple 17) ;

- quippe et nam suivent toujours tous les deux l’unité qu’ils appuient ;

- quippe et nam se trouvent de préférence dans le discours monologal ;

- quippe et nam ne peuvent être dans la portée d’un autre élément de connexion (ce qui prouve, ainsi que leur position initiale dans leur unité d’accueil, qu’ils sont eux-mêmes des connecteurs ;

- quippe et nam peuvent porter sur plus d’une proposition.

Mais il y a néanmoins d’importantes différences entre quippe et nam, au moins dans les périodes anciennes de la littérature latine. Les plus importantes sont que :

- quippe jouit d’une plus grande liberté syntaxique que nam : il peut se trouver non seulement entre deux propositions, mais aussi entre deux parties de proposition, par exemple dans des constructions d’adjectif ou de participe épithète (comme en 18), des propositions relatives (comme en 19, et peut-être aussi en 20, si nous devons prendre ici ubi comme un adverbe relatif), et dans des propositions subordonnées avec cum, ou moins souvent, ubi ;

- quippe n’est pas utilisé pour justifier un acte discursif ou sa formulation particulière (ce qui est un usage très courant de nam, comme nous l’avons vu dans les exemples 13 et 14) ;

- quippe n’est pas employé pour justifier l’absence d’un acte de parole (ce qui est un autre usage courant de nam, comme c’est illustré dans les exemples 15 et 16).

Tout compte fait, nous avons l’impression qu’en dépit du nombre de caractéristiques communes, quippe est fortement différent de nam, au moins en latin archaïque et classique. A la différence de nam, quippe n’est pas tellement employé pour répondre à une question qui a pu venir à l’esprit des interlocuteurs. Quippe identifie, comme nam, un acte communicatif indépendant (dimension interpersonnelle) et identifie une relation rhétorique dans le domaine causal (dimension séquentielle). Mais cette relation rhétorique est du type Explication, plutôt que du type Justification.

Plus important, avec quippe il semble toujours y avoir une relation sémantique sous-jacente entre les contenus des unités connectées. La seconde unité, introduite par quippe, fait référence à une propriété ou situation circonstancielle de ce qui a été désigné dans l’unité précédente. En anglais et en français, l’unité en quippe peut par conséquent être assez bien paraphrasée au moyen d’une construction au participe apposé. Par exemple en (4) : « appuyés comme nous sommes sur vos épaules », ou en (17) « aucune nouvelle n’étant disponible ce jour » ; ou en (20) « ne voyant que l’eau et le ciel ». Avec nam, une telle paraphrase n’est souvent pas possible. Dans des cas comme (21), une transposition de la proposition en nam au moyen d’un participe apposé serait bizarre. Et nam ne semble pas échangeable avec quippe :

  • (21) Caes. Gal. 1.12.4 : is pagus appellabatur Tigurinus. Nam omnis ciuitas Heluetica in quatuor pagos diuisa est
    « ce canton s’appelait canton des Tigurins, l’ensemble du peuple helvète se divisant en quatre cantons ».

Ce que quippe semble faire, c’est d’ajouter dans un acte à part, plus de détails et de propriétés à un contenu propositionnel véhiculé par l’unité précédente, tout en indiquant en même temps que cette information est extérieure et apportée à titre d’explication. A cause de cela, ce qui pouvait théoriquement avoir été présenté et perçu comme une unité conceptuelle (et syntaxique) est pratiquement réparti sur deux pas communicatifs séparés16).

6. Enim : le domaine séquentiel désactivé ; intersubjectivité dans la dimension modale

Finalement, je vais faire quelques rapides remarques sur lat. enim17). Enim est différent des autres marqueurs examinés ici en ce qu’il active clairement les dimensions interpersonnelle et modale, mais n’active pas (ou seulement très faiblement et indirectement) la dimension séquentielle. Que enim n’active pas la dimension séquentielle de l’acte de discours peut se conclure de nombreuses propriétés distributionnelles caractéristiques par lesquelles il diffère des autres marqueurs (comme par ex. de nam). Plus important : enim peut être lui-même dans la portée des conjonctions de subordination ou de coordination, comme quia, at ou sed, ce qui indique qu’enim n’est pas lui-même avant tout un procédé de connexion. On en a un exemple en (22), où enim est combiné avec at :

  • (22) Pl. Men. 788-790 :
    SENEX : quotiens monstraui tibi, uiro ut morem geras,
    Quid ille faciat, ne id obserues, quo eat, quid rerum gerat.
    Matrona : at enim ille hinc amat meretricem ex proxumo

    « LE VIEILARD. Combien de fois t’ai-je recommandé d’être soumise à ton mari, de ne pas espionner ce qu’il fait, où il va, ce qui l’occupe ? LA FEMME. Mais c’est qu’il est l’amant d’une fille qui habite ici tout près ! »

Une autre propriété distributionnelle d’enim suggérant la fonction de non-connecteur de ce mot est le fait de se trouver dans des actes de discours isolés, comme dans l’exemple (23) :

  • (23) Pl. Amph. 331 (Mercure en aparté, interrompant le monologue de Sosie) : Certe enim hic nescioquis loquitur
    « A coup sûr, j’entends ici parler je ne sais qui ».

Contrairement à la majorité des explications plus anciennes, je ne vois aucune différence essentielle entre l’emploi d’enim dans des exemples comme (22) et (23) (où enim est couramment considéré comme étant une sorte de particule ‘affirmative’) et son emploi plus habituel comme connecteur de la cause alléguée, qui est illustré en (6) :

  • (6) Cic. Att. 10,16,5 : Iam eum, ut puto, uidebo ; misit enim puerum se ad me uenire
    « Je pense le voir bientôt, puisqu’il a envoyé un esclave m’annonçant sa visite » (traduction J. Beaujeu).

Bien que dans cet exemple la proposition en enim et la proposition précédente semblent effectivement affirmer une espèce de relation causale, je soutiendrais qu’enim n’est que fortement compatible avec une telle relation causale, et n’indique pas lui-même une telle relation. Cette vue est corroborée par le fait que nous nous trouvons aussi devant des exemples d’enim dans des contextes où la proposition en enim ne peut pas être considérée comme reliée causalement à la proposition précédente. En (24), par exemple, une telle interprétation semble empêchée par l’expression cataphorique hoc iudicio :

(24) Sen. epist. 11,7 : Artifices scaenici … hon indicio imitantur uerecundiam ; deiciunt enim uultum, uerba submittunt, figunt in terram oculos et deprimunt
« Les artistes sur scène imitent la honte par cette mimique : ils inclinent, comme vous le savez (enim), le visage, laissent tomber la voix, tiennent les yeux obstinément baissés ».

Une description plus acceptable d’enim serait que c’est une particule « non-connective », qui vise avant tout la gestion de la communication interactive entre les interlocuteurs18). Plus précisément, on peut dire qu’enim indique une responsabilité partagée des interlocuteurs pour la vérité ou l’opportunité du message véhiculé dans cet acte de parole. En d’autres termes, enim semble présenter le contenu de son unité d’accueil comme modalisé intersubjectivement. Ainsi dans l’exemple (7), repris ici par commodité, enim indique-t-il une responsabilité partagée sur la vérité de la position sic haec appellat Plato ; et en (25) enim indique une responsabilité partagée de la désirabilité de l’événement décrit (le lecteur est supposé souscrire à l’intérêt de l’événement de reficere)19) :

(6) Cic. leg. 2,16 : Habes legis proemium : sic enim haec appellat Plato

(7) Verg. georg. 3,69-71 (concernant l’élevage des bovins) : semper erunt quarum mutari corpus malis:/semer enim refice ac … /ante ueni …
« Il y aura toujours des mères que tu aimeras mieux réformer ; oui, ne cesse pas de les remplacer, et, … prends les devants… » (traduction E. de Saint-Denis).

En guise de conclusion, on peut dire qu’enim est un marqueur fondamentalement modal et interpersonnel. En vertu de sa fonction particulière de marqueur de modalité intersubjective, il peut aussi (mais seulement indirectement, et dans des configurations de discours particulières) activer une interprétation justificative de l’unité d’accueil. Parce que la fonction d’enim est très compatible avec les relations rhétoriques d’Explication et Justification, il peut sembler se comporter comme un connecteur de cause, et, dans les périodes tardives, il peut même être devenu un connecteur causal à part entière. Cependant, d’un point de vue synchronique nous pouvons conclure qu’enim n’active pas la dimension séquentielle, ou seulement très faiblement20).

7. Conclusions

Dans cet article, j’ai soutenu que les ‘conjonctions causales’ quoniam, nam, quippe et enim sont (par opposition à, par exemple, quia) des signes indexicaux qui donnent chacun des instructions ostensiblement différentes sur comment leur unité d’accueil entre dans le contexte discursif plus large. Décrire ces mots comme des marqueurs de relations causales est une grande simplification de leur signification effective et de leur fonction dans le discours.

Pour une description plus nuancée de ces marqueurs et de leurs différences, nous devrions prendre en compte au moins trois dimensions de discours différentes qui peuvent être activées par ces mots : une dimension modale, une dimension interpersonnelle, et une dimension séquentielle. Nous devrions abandonner l’idée que ces marqueurs ont une portée sur (et établissent des relations entre) les propositions grammaticales : les mots en question ne peuvent être expliqués qu’en termes de structure discursive et d’unités discursives, ces dernières ne coïncidant pas nécessairement avec les propositions grammaticales.

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Voir aussi: Josine Schrikx, Bibliography of Latin invariables/particles; http://latinparticles.userweb.mwn.de/


Rédaction :
Caroline KROON (VU University Amsterdam / Université d’Amsterdam)

Traduction :
Christian TOURATIER

Révision :
Michèle FRUYT, Janyce DESIDERIO

Mise en ligne :
Janyce DESIDERIO, juillet 2015


1) Traduction française du texte anglais par Christian TOURATIER.
2) Il manque un terme adapté pour désigner l’ensemble des mots en question (voir aussi KROON 2011). Pour les besoins de cet article, j’utiliserai le terme de marqueur de causalité, bien que ce ne soit pas non plus un terme très heureux, comme je l’expliquerai par la suite.
3) Dans des études importantes, certains linguistes, de ce point de vue, furent des pionniers : SINCLAIR & COULTHARD (1975), ANSCOMBRE & DUCROT (1983), ROULET et al. (1985, 2001), SCHIFFRIN (1987).
4) Pour la notion d’Adjoint, voir PINKSTER (en préparation).
5) La fonction communicative plus particulière ne peut pas être établie sans avoir recours au contexte immédiat de l’énoncé. Pour le concept d’‘acte’, voir par ex. HANNAY & KROON (2005).
6) Voir aussi MELLET (1994) pour le latin. ANSCOMBRE (1984) contient une petite adaptation de la vue présentée en 1975 (pour une discussion voir GOETHALS 2010).
7) En dehors du domaine des relations ‘causales’, on peut penser à des relations rhétoriques comme le Contraste, l’Addition, le Contrargument, etc.
8) Pour les descriptions antérieures de quoniam, voir par ex. FUGIER (1989), BOLKESTEIN (1991), MELLET (1994 ; 1995), PINKSTER (2009 ; 2010).
9) Il semble y avoir quelques contrexemples exceptionnels, mais PINKSTER (2009 ; 2010) montre (pace Szantyr) que c’est seulement dans les périodes tardives que de tels exemples commencent à se trouver. Cf. GOETHALS (2010) pour des observations comparables sur fr. puisque et esp. como.
10) Il faut noter que la proposition quoniam n’est pas, non plus, dans la portée de la force illocutionnaire de la proposition principale.
11) Comptes-rendus antérieurs : SCHIWY (1932), KROON (1995 , chap. 7), HOLMES (2012).
12) Voir aussi la très bonne description de HOLMES (2012, p. 205) : « nam introduit une unité de sens qui répond à une question qui a pu venir à l’esprit des auditeurs par l’unité de sens précédente ».
13) Exemple de souhait : nam Opimi quidem calamitas utinam ex hominum memoria posset euelli ! (Cic., Planc. 70) « Quant à la disgrâce d’Opimius, que ne peut-elle être effacée de la mémoire des hommes! ».
14) La certitude subjective du locuteur par rapport à la valeur de vérité du contenu communiqué peut aussi être exprimée explicitement, par ex. à l’aide du marqueur d’engagement profecto, par ex.  Plaut., Men. 646 ; Sall., Cat. 51,18 ; Cic., Leg. Agr. 2,3,10; Cic., Cat. 3,19,31; Att. 4,17,4; Cic., Planc. 87,44,5.
15) KÜHNER & STEGMANN (II, 117-119) cite (16) comme exemple d’emploi de nam dans la figure rhétorique d’occupatio.
16) ROSÉN (2009) semble employer le terme d’épitaxis pour les mécanismes de partage syntaxique comme celui qui est discuté ici. Voir aussi KROON (2005, p. 2009) pour une discussion de lat. quidem en termes d’incohérence comparable entre unité ‘stratégique’ (communicative) de discours et unité « sémantico-syntaxique » de grammaire. La question des frontières entre grammaire de la phrase et grammaire du discours est aussi abordée dans BODELOT (2007).
17) Pour une discussion approfondie, voir KROON (1995, chap. 5).
18) Voir KROON (1995) pour une argumentation plus approfondie.
19) Dans (7) enim essentiellement être remplacé par nam, bien que ceci aboutisse à une interprétation légèrement différente du texte. Enim suggère que l’interlocuteur est supposé connaître déjà la terminologie de Platon, tandis que l’emploi de nam (en plus de l’indication d’une relation rhétorique d’explication) aurait impliqué que le locuteur comble un vide informationnel potentiel de la part de l’interlocuteur. Dans (25) une interprétation de Justification et un remplacement d’enim par nam sont impossibles.
20) Récemment, eut lieu un mouvement d’intérêt pour les développements post-classiques d’enim et d’autres marqueurs discursifs. Voir par ex. LANGSLOW (2000), ROSÉN (2005 ; 2009), KOSS (2007 ; 2010), KRYLOVA (2009), GALDI (2010).