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encyclopedie_linguistique:notions_linguistiques:morphologie:morphologie_verbale2 [2015/01/17 17:05]
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 Traditionnellement, on explique les fréquentatifs comme des dérivés du participe parfait en //-tus// ou //-sus//, ce qui est vrai au moins sur le plan synchronique. Néanmoins, cette hypothèse n’explique pas le sens fréquentatif, qu’on a du mal à comprendre comme résultant directement d’une telle dérivation. Je préfère la position proposée par Alan Nussbaum lors d’une conférence de 2007. Partant des verbes itératifs en -//(s)sāre tels grassārī, quassāre// et //pēnsāre//, qui sont d’habitude considérés comme dérivés du participe parfait (*//grassus, quassus, pēnsus//), il prend le problème à l’envers : les présents en //-(s)sāre// seraient des formations plus anciennes en //*-s-ā-//, et l’identité ultérieure du thème avec les participes en //-ss-// issus de //*-d/t-to-// (cf. //*gradto- > *grasso-//) aurait servi de point de départ au processus de dérivation du fréquentatif à partir du participe parfait (d’où //captāre, iactāre, gestāre//). \\ Traditionnellement, on explique les fréquentatifs comme des dérivés du participe parfait en //-tus// ou //-sus//, ce qui est vrai au moins sur le plan synchronique. Néanmoins, cette hypothèse n’explique pas le sens fréquentatif, qu’on a du mal à comprendre comme résultant directement d’une telle dérivation. Je préfère la position proposée par Alan Nussbaum lors d’une conférence de 2007. Partant des verbes itératifs en -//(s)sāre tels grassārī, quassāre// et //pēnsāre//, qui sont d’habitude considérés comme dérivés du participe parfait (*//grassus, quassus, pēnsus//), il prend le problème à l’envers : les présents en //-(s)sāre// seraient des formations plus anciennes en //*-s-ā-//, et l’identité ultérieure du thème avec les participes en //-ss-// issus de //*-d/t-to-// (cf. //*gradto- > *grasso-//) aurait servi de point de départ au processus de dérivation du fréquentatif à partir du participe parfait (d’où //captāre, iactāre, gestāre//). \\
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 Les témoins principaux en faveur du caractère originel du type //*-s-ā-//, d’après Nussbaum, sont les présents isolés, sans participe parfait qui puisse leur servir de modèle. Par exemple, //taxāre// « estimer » de //tangō// n’est pas remplacé par //*tactāre//, qui serait la forme attendue en vertu du processus productif. Peuvent aussi être des vestiges du type en //-s-ā- axāre// « dénommer » (de //aiiō), cassāre// « chanceler » (de //cadō), fraxāre// « monter la garde » (s’il vient de //frequēns), rapsāre// « se hâter » (de //rapiō), rixārī// « lutter » (//rixa// « lutte »), et //vexāre// « agiter » (de //vehō//). On peut reconstruire des thèmes de présent proto-italiques du type //*kad-s-//, //*rap-s-, *tag-s-, *veχ-s-//, etc. En effet, quelques-uns de ces présents se sont conservés comme futurs sigmatiques en latin archaïque, tels //surrepsit// et //taxīs.// Quand le présent en //*-s-// s’est perdu en latin, les fréquentatifs en //*-sā-// se sont dissociés de leur thème originel (comme //vexāre,// qui est sans rapport transparent avec //vehere//) et ont été réinterprétés comme des présents en //ā// tout court. \\ Les témoins principaux en faveur du caractère originel du type //*-s-ā-//, d’après Nussbaum, sont les présents isolés, sans participe parfait qui puisse leur servir de modèle. Par exemple, //taxāre// « estimer » de //tangō// n’est pas remplacé par //*tactāre//, qui serait la forme attendue en vertu du processus productif. Peuvent aussi être des vestiges du type en //-s-ā- axāre// « dénommer » (de //aiiō), cassāre// « chanceler » (de //cadō), fraxāre// « monter la garde » (s’il vient de //frequēns), rapsāre// « se hâter » (de //rapiō), rixārī// « lutter » (//rixa// « lutte »), et //vexāre// « agiter » (de //vehō//). On peut reconstruire des thèmes de présent proto-italiques du type //*kad-s-//, //*rap-s-, *tag-s-, *veχ-s-//, etc. En effet, quelques-uns de ces présents se sont conservés comme futurs sigmatiques en latin archaïque, tels //surrepsit// et //taxīs.// Quand le présent en //*-s-// s’est perdu en latin, les fréquentatifs en //*-sā-// se sont dissociés de leur thème originel (comme //vexāre,// qui est sans rapport transparent avec //vehere//) et ont été réinterprétés comme des présents en //ā// tout court. \\
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 La valeur répétitive et/ou atélique, c’est-à-dire sans but naturel du mouvement, des présents en //ā// peut être clairement discernée dans les vestiges en //-sā//- : //cassāre, errāre, fraxāre, grassārī, quassāre, pensāre, rapsāre, rixāri, taxāre, versārī, vexāre (axāre// est attesté sans contexte). Comme beaucoup de mouvements atéliques sont répétitifs, comme ceux qui signifient « chanceler », « errer », « secouer », « tourner », « agiter », on comprend pourquoi //-sāre// et ensuite //-tāre// sont devenus les types productifs pour former des verbes itératifs et fréquentatifs. \\ La valeur répétitive et/ou atélique, c’est-à-dire sans but naturel du mouvement, des présents en //ā// peut être clairement discernée dans les vestiges en //-sā//- : //cassāre, errāre, fraxāre, grassārī, quassāre, pensāre, rapsāre, rixāri, taxāre, versārī, vexāre (axāre// est attesté sans contexte). Comme beaucoup de mouvements atéliques sont répétitifs, comme ceux qui signifient « chanceler », « errer », « secouer », « tourner », « agiter », on comprend pourquoi //-sāre// et ensuite //-tāre// sont devenus les types productifs pour former des verbes itératifs et fréquentatifs. \\
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 Le suffixe //*-s-// donnait au thème une valeur conative (traditionnellement appelée //désidérative//), ce qui implique que l’élément //*-ā-// contribuait à l’aspect atélique de la signification. Cette valeur sémantique, je l’ai déjà dit, était également présente dans les autres types déverbatifs en //ā,// et peut-être (mais c’est plus spéculatif, et j’y reviendrai à la fin de mon exposé) dans le subjonctif en //-ā-.// En un mot, les fréquentatifs en //*-sā-// doivent être vus, historiquement, comme un sous-type accidentel des présents déverbatifs à suffixe //*-āye-// du proto-italique. Les itératifs productifs en //-tāre//, à leur tour, seraient – dans cette analyse – un type secondaire, dû à l’extension de la règle « le participe forme la base de l’itératif », qui aurait commencé dans les thèmes en //-s-.// \\ \\ Le suffixe //*-s-// donnait au thème une valeur conative (traditionnellement appelée //désidérative//), ce qui implique que l’élément //*-ā-// contribuait à l’aspect atélique de la signification. Cette valeur sémantique, je l’ai déjà dit, était également présente dans les autres types déverbatifs en //ā,// et peut-être (mais c’est plus spéculatif, et j’y reviendrai à la fin de mon exposé) dans le subjonctif en //-ā-.// En un mot, les fréquentatifs en //*-sā-// doivent être vus, historiquement, comme un sous-type accidentel des présents déverbatifs à suffixe //*-āye-// du proto-italique. Les itératifs productifs en //-tāre//, à leur tour, seraient – dans cette analyse – un type secondaire, dû à l’extension de la règle « le participe forme la base de l’itératif », qui aurait commencé dans les thèmes en //-s-.// \\ \\
  
 J’ajoute que, outre les thèmes traités par Nussbaum, le même suffixe //*-s-āye-//, ou plutôt sa variante vocalique //*-es-āye-//, peut être reconnu dans trois verbes latins en //-erāre.//  \\ J’ajoute que, outre les thèmes traités par Nussbaum, le même suffixe //*-s-āye-//, ou plutôt sa variante vocalique //*-es-āye-//, peut être reconnu dans trois verbes latins en //-erāre.//  \\
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 //Recuperāre// peut continuer //*kap-es-ā-// « tenter de saisir », avec le même thème proto-italique //*kap-es-// qu’on trouve dans //capessere.// On pourrait interpréter //recuperāre// comme le pendant atélique de //recipere,// de sens télique. \\ //Recuperāre// peut continuer //*kap-es-ā-// « tenter de saisir », avec le même thème proto-italique //*kap-es-// qu’on trouve dans //capessere.// On pourrait interpréter //recuperāre// comme le pendant atélique de //recipere,// de sens télique. \\
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 Moins fréquent est //lamberāre// « vaincre », dans Plaute, //Pseudolus// 743 : //meo me ludo lamberas// ; et Paulus //ex Festo// (P.F.) : //lamberat// « scindit, laniat ». Le thème peut continuer //*lamb-es-ā-// « tenter de lécher » de //lambere// « lécher ». Pour le passage sémantique de « lécher » à « vaincre », on peut comparer l’anglais //lick// « lécher : vaincre ». \\ Moins fréquent est //lamberāre// « vaincre », dans Plaute, //Pseudolus// 743 : //meo me ludo lamberas// ; et Paulus //ex Festo// (P.F.) : //lamberat// « scindit, laniat ». Le thème peut continuer //*lamb-es-ā-// « tenter de lécher » de //lambere// « lécher ». Pour le passage sémantique de « lécher » à « vaincre », on peut comparer l’anglais //lick// « lécher : vaincre ». \\
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 Enfin, //tolerāre// est difficilement dénominatif, puisque le latin n’a pas de nom //*telos-.// Le sens atélique rend possible une reconstruction //*tel-es-ā-// « tenter de porter », d’où « supporter ». \\ Enfin, //tolerāre// est difficilement dénominatif, puisque le latin n’a pas de nom //*telos-.// Le sens atélique rend possible une reconstruction //*tel-es-ā-// « tenter de porter », d’où « supporter ». \\
  
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