Composés nominaux

Analyse synchronique des composés nominaux

Renato ONIGA



Introduction

Les composés nominaux latins sont, depuis toujours, un secteur très débattu par les linguistes et le philologues classiques. La matière éveille toujours beaucoup d’intérêt, ce que montre la vaste bibliographie à ce sujet.

Je me propose de présenter ici, de manière synthétique, mon point de vue, élaboré pendant les 25 dernières années à partir de ma monographie sur les composés nominaux latins de 1988 : Renato ONIGA, I composti nominali latini. Una morfologia generativa, Bologna, Patron, 1988.

Je suis parfaitement conscient du fait qu’il s’agit d’un point de vue extrêmement subjectif, qui ne prétend aucunement être le seul possible ou le meilleur.

Le premier point que je voudrais mettre en relief, et qui est déjà visible dans le présent titre, est qu’il s’agit d’une analyse synchronique.

Dans les études sur les langues anciennes des deux derniers siècles, l’analyse synchronique resta tout à fait minoritaire. On a longtemps pensé qu’une étude vraiment scientifique du latin ne pouvait être que diachronique. Aujourd’hui encore, la recherche diachronique, plus précisément indo-européenne, est appliquée aux composés latins avec beaucoup de rigueur, par exemple par Françoise Bader et Thomas Lindner.

C’est seulement dans les décennies les plus récentes, grâce à Christian Touratier ou Michèle Fruyt et à ses élèves, que le point de vue synchronique a commencé à s’affirmer.

Cependant, si nous élargissons notre regard, nous nous apercevons de deux choses. D’une part, les composés nominaux existent, avec des caractéristiques similaires, dans des familles linguistiques autres que la famille indo-européenne, par exempe en hongrois. D’autre part, si nous prenons en considération le début des études sur la grammaire à l’époque de l’Antiquité classique, l’approche synchronique est la seule observable.

Cette donnée ne peut être mise de côté comme un point de vue pré-scientifique; au contraire, elle doit être valorisée à la lumière des acquisitions de la linguistique contemporaine.

En effet, dans ma monographie de 1988, je partais, précisément, d’un célèbre passage de Varron, que je discuterai plus loin. Les questions fondamentales que les Anciens se posaient sont essentiellement les mêmes que celles que nous nous posons aujourd’hui : existe-t-il des règles dans la formation des composés nominaux? Ou bien, au contraire, doit-on penser qu’il n’y a pas de limites aux possibilités créatives des locuteurs? Avant d’examiner les instruments élaborés par la linguistique contemporaine afin de trouver des réponses à ces questions, il convient d’examiner quelles étaient les réponses des Anciens.

La première partie de ma conférence sera consacrée à cette analyse.

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