Couleur et Végétation : flōs, flāuus

Alain CHRISTOL (Université de Rouen)



2. Latin flāvus

En réponse à un interlocuteur qui reprochait au latin une certaine pauvreté dans le lexique des couleurs, Aulu-Gelle répond :

  • Gell. NA II, 26,8 :
    Non enim haec sunt sola vocabula rufum colorem demonstrantia, quae tu modo dixisti russus et ruber, sed alia quoque habemus plura quam quae dicta abs te Graeca sunt : fulvus enim rutilus et flavus et rubidus et poeniceus et luteus et appellationes sunt rufi coloris aut acuentes eum, quasi incendentes, aut cum colore viridi miscentes aut nigro infuscantes aut virenti sensim albo illuminantes.
    « Car ils ne sont pas les seuls mots à exprimer la couleur rouge, ceux que tu viens de mentionner, russus et ruber. Il y en a d’autres, plus nombreux que ceux que tu as énumérés pour le grec : en effet, fulvus, rutilus, flavus, rubidus, poeniceus et luteus sont des désignations de la couleur rouge, qui l’intensifient, comme s’ils y mettaient le feu, ou qui la mélangent à du vert, qui l’obscurcissent de noir ou l’éclaircissent d’une nuance de blanc tirant sur le vert. »

Dans la liste des adjectifs qui relèvent du champ sémantique « rouge », on relève flāuus, que J. André définit ainsi :

  • « Or, si flavus comporte bien des nuances rougeâtres, elles ne constituent ni son sens fondamental, ni son sens habituel. Columelle, en qualifiant une variété de raisin, l’oppose au rouge (III, 21,3)… L’emploi le plus caractéristique de flavus concerne les cheveux, représentant 66% des exemples du terme en prose, [p. 129] 45% des exemples poétiques. Mais, en prose, flavus ne rend, parmi les nuances du blond que celles qui appartiennent aux peuples méditerranéens, c’est-à-dire les nuances jaunes [blond dit “vénitien” A. C. ?]… La poésie en use tout autrement. Ξανθός qui en est le correspondant grec englobe toutes les nuances allant du jaune étincelant au jaune-rougeâtre. Il est dès lors normal que, par imitation, le terme latin ait élargi son sens… [p. 132] Le sens général de flavus se définit bien en prenant comme type physique les blés mûrissants dont il est l’épithète usuelle avec flavens… Il va du jaune clair proche du blanc… jusqu’à une nuance proche du rouge… Mais cette diversité de tons due au degré de maturité des céréales ou de l’intensité lumineuse n’existe qu’en poésie. En prose il s’agit du type commun du blond. » (André, 1949 : p. 128-129)

On voit bien comment se constitue un champ sémantique à partir des objets qualifiés par contraste avec les termes voisins ; ici vient s’ajouter l’influence du lexique grec, au moins pour la poésie.


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