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dictionnaire:uanitas6 [2013/01/06 19:11]
garrido
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desiderio
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-<html><div class="titre">uānĭtās, -tātis f.</div></html> \\  <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html> +<html><class="lestitres">uānĭtās, -tātis f.</p></html><html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>  
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-<font 9pt:normal/arial></font>+Vānitās montre un glissement progressif de l’erreur de jugement qui masque la vérité (« mensonge », « illusion », « légèreté ») à la volonté de faire impression sur l’entourage ou le groupe social, de manière illusoire, par « vanité ». Tout le problème est d’expliquer le développement de ce sens. Une influence de uānus est impossible, bien que l’adjectif soit la base du substantif, car il signifie « vide, dégarni », « inutile », « trompeur » et jamais « vaniteux » [[dictionnaire:uanitas6#6.2. Etymologie et origine|voir § 6.2]]. \\  Si un terme a pu favoriser le développement du sens de « vanité » dans uānitās, c’est uāniloquus. Quand Mercure dit à Sosie : 
  
 +  *Pl. Amph. 378-379 : \\  […] Ergo istoc magis,\\  quia uaniloquu’s, uapulabis. Ego sum, non tu, Sosia. \\ « Eh bien, pour mentir ainsi, tu seras rossé de plus belle. C’est moi qui suis Sosie, pas toi. » (traduction A. Ernout, CUF),
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>//Vānitās // montre un glissement progressif de l’erreur de jugement qui masque la vérité (« mensonge »,//// « illusion », « légèreté ») à la volonté de faire impression sur l’entourage ou le groupe social, de manière illusoire, par « vanité ». Tout le problème est d’expliquer le développement de ce sens. Une influence de //uānus// est impossible, bien que l’adjectif soit la base du substantif, car il signifie « vide, dégarni », « inutile », « trompeur » et jamais « vaniteux » [[voir § 6.2.]]. </font></font></font> 
  
 +le mensonge entre dans le cadre du jeu et de la valorisation de Sosie par lui-même. De là vient l’idée de vantardise, qui est bien le sens de l’adjectif chez Tite-Live (qui emploie uānitās au sens de « vanité »), par exemple dans l’extrait suivant, à propos d’un ambassadeur d’Antiochus :
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>Si un terme a pu favoriser le développement du sens de « vanité » dans //uānitās//, c’est //uāniloquus//. Quand Mercure dit à Sosie : </font></font></font> 
  
 +  *Liv. 35, 48, 2 : Is, ut plerique quos opes regiae alunt, uaniloquus maria terrasque  inani sonitu uerborum compleuit.\\  « Plein de jactance, comme la plupart des hommes qui vivent des richesses des rois, il couvrit de forces, en un discours vain et sonore, les terres et les mers. »
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>Pl. //Amph. // 378-379 : </font></font></font> 
  
 +Vaniloquentia se comprend par « parole futile » dans l’exemple suivant :
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>[//…//]//Ergo istoc magis,// </font></font></font> 
  
 +  *Pl. Rud. 904-905 :\\ ed ad prandium  uxor me uocat ; redeo domum.\\ Iam meas opplebit auris uaniloquentia.\\ « Mais ma femme m’appelle pour déjeuner ; je rentre. Elle va bientôt me remplir les oreilles de ses paroles pour ne rien dire. » (trad. P. Grimal1)
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>//quia // //**uaniloquu’s** // //, uapulabis. Ego sum, non tu, Sosia. // </font></font></font> 
  
 +Mais il signifie lui aussi « jactance, vantardise », chez Tite-Live encore :
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>« Eh bien, **pour mentir ainsi**, tu seras rossé de plus belle. C’est moi qui suis Sosie, pas toi. » (traduction A. Ernout, CUF),</font></font></font> 
  
 +  *Liv. 34, 24, 1 : Haec uaniloquentia primum Aristaenum, praetorem Achaeorum, excitauit.\\  « Les fanfaronnades irritèrent d’abord Aristenus, prêteur des Achéens. »
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>le mensonge entre dans le cadre du jeu et de la valorisation de Sosie par lui-même. De là vient l’idée de vantardise, qui est bien le sens de l’adjectif chez Tite-Live (qui emploie //uānitās// au sens de « vanité »), par exemple dans l’extrait suivant, à propos d’un ambassadeur d’Antiochus :</font></font></font> 
  
 +La parole, quand elle se laisse entraîner, se déconnecte de la réalité et devient mensonge en même temps qu’elle construit l’image idéale où le sujet flatte son amour-propre. \\  Cette filiation sémantico-logique du mensonge à la vanité illustre un aspect de la parole qui devient source de faux prestige. On comprend alors que uānitās ne se trouve pas dans les discours ou les traités de rhétorique, puisque l’éloquence repose sur une parole encadrée visant le vrai et l’honnête. Les historiens montrent en revanche les jeux d’influence de cette imposture dans la pratique du pouvoir et la dégradation des valeurs, comme avec la bonne et la mauvaise gloire.
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>Liv. 35, 48, 2 : //Is, ut plerique quos opes regiae alunt, // //**uaniloquus** // //maria terrasque  inani sonitu uerborum compleuit.// </font></font></font> 
  
 +===== 6.2. Etymologie et origine =====
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>« **Plein de jactance**, comme la plupart des hommes qui vivent des richesses des rois, il couvrit de forces, en un discours vain et sonore, les terres et les mers. »</font></font></font> 
  
 +==== 6.2.1. Origine de la base de suffixation ====
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>//Vaniloquentia // se comprend par « parole futile » dans l’exemple suivant :</font></font></font> 
  
 +L’adjectif uānus « vide, où il n’y a rien » (attesté depuis Plaute) a donné lieu, en latin, à bon nombre de dérivés (uānitās, [[uānĭtūdo]] ou uānēscere « se dissiper, s’évanouir »), peut remonter, par reconstruction interne, à %%*%%wāno- ou à %%*%%wāzno- ou à %%*%%wazno . Un prototype contenant %%*%%/sno/ serait concevable, en raison de la parenté possible, acceptée par Nussbaum (1998, 73), de uānus avec uāstus, lui-même apparenté notamment au vieux haut allemand wuosti « vide, désert » (du germanique %%*%%wōstja ).
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>Pl. //Rud//. 904-905 : </font></font></font> 
  
 +La famille se rattache au védique vā́yati « être exténué », au sanskrit nir-vāṇa- « extinction, disparition », à l’avestique frāuuaiia- « faire disparaître ». Le degré zéro de la racine apparaît dans le védique ūná- « vide » et l’avestique ūna- « qui fait défaut ».
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial>//Sed ad prandium  uxor me uocat ; redeo domum.// </font></font> 
  
 +La forme de la racine se laisse entrevoir grâce au rapprochement avec le grec εὖνις « privé de ». Cette comparaison a permis à M. Peters (1980, 51, avec bibliographie) de poser une racine %%*%%h1weh2 . Dans ce cas, le grec εὖνις supposerait (abstraction faite du suffixe secondaire) un %%*%%h1uh2no , qui est à la source du védique ūná- et de l’avestique ūna-.
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>//Iam meas opplebit auris // //**uaniloquentia** // //.// </font></font></font> 
  
 +Le prototype %%*%%h1uh2no  est également reflété en arménien dans ownayn[[1]] « vide », où le /u/ atone n’a pas été réduit car il se trouve en position initiale[[2]]. Pour rendre compte de la terminaison complexe -ayn, deux approches[[3]] sont possibles. Ou bien l’on admet une chaîne de dérivation %%*%%h1uh2no  « vide » (véd. ūná ) → collectif %%*%%h1uh2neh2 « espace vide » → dérivé du collectif %%*%%h1uh2neh2 ino  : « vide ». Ou bien, au lieu d’admettre une explication en termes indo-européens (peut-être exposée à l’anachronisme), il faudrait partir du constat que ownayn comporte le même élément que miayn « seul » et amenayn « tout ». Cette question est toutefois sans incidence pour les faits latins.
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>« Mais ma femme m’appelle pour déjeuner ; je rentre. Elle va bientôt me remplir les oreilles de **ses paroles pour ne rien dire**. » (trad. P. Grimal<sup>[[<sup>1</sup>]] </sup>)</font></font></font> 
  
 +La reconstruction d’une racine %%*%%h1weh2  a reçu une confirmation indépendante grâce à la mise en relation, proposée par Nussbaum (1998, 79-84), de cette famille avec le grec ἐάω, l’auteur ayant prouvé, par une enquête interne au grec, que les formes de ἐάω ne peuvent s’expliquer que par un radical grec %%*%%ewā  (aor. ἐᾶσαι, ind. εἴασα, fut. ἐάσω ont un /ā/ long). Le digamma interne est par exemple attesté dans les gloses ἔβασον· ἔασον, Συρακόσιοι et  εὔα· ... ἔα. Comme l’explique Nussbaum (1998, 50), l’augment que présentent εἴασα et l’imparfait εἴων est secondaire, puisque, en cette position, la longue devait être abrégée[[4]] en hiatus. Bien que le rapprochement de uānus avec ἐάω paraisse très satisfaisant, il reste que la formation du thème de présent grec fait encore l’objet d’un débat : a-t-on la trace d’un présent hérité, comme le propose Jasanoff (2003, 110), ou bien ἐάω est-il plus simplement une création interne au grec, comme le suggère Nussbaum (1998, 45) ?
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial>Mais il signifie lui aussi « jactance, vantardise », chez Tite-Live encore :</font></font> 
  
 +Finalement,  les reconstructions %%*%%wāno- ou %%*%%wāzno- de uānus se laisseraient ramener à des prototypes indo-européens %%*%%h1weh2-no- ou %%*%%h1weh2-s-no-, tandis que uāstus reflète %%*%%h1weh2-s-to . Le gotique wans « manquant » remonte, quant à lui, à %%*%%h1uh2-(o)no . En revanche, uānus n’est pas nécessairement apparenté à la famille de uacuus, qui pourrait contenir une racine de structure %%*%%wVk  (on compare le hittite wakkāri « manquer », mais l’étymologie de ce verbe est elle-même débattue[[5]] ).
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>Liv. 34, 24, 1 : //Haec // //**uaniloquentia** // //primum Aristaenum, praetorem Achaeorum, excitauit//.</font></font></font> 
  
 +==== 6.2.2. Origine du suffixe ====
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>« Les **fanfaronnades** irritèrent d’abord Aristenus, prêteur des Achéens. »</font></font></font> 
  
 +Le suffixe -tās, (-tātis) a un allomorphe -ĭtās (-ĭtātis) en latin selon l’endroit où l’on situe la place de la frontière de morphème : uānitās peut provenir de uānĭ-tās (où le ĭ représente la fermeture de la voyelle thématique %%*%%-ŏ- finale du thème de uānus) ou bien de uān-ĭtās (où le ĭ est l’initiale du suffixe, ce qui entraîne l’élision de la voyelle thématique %%*%%-ŏ-  finale de la base).
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>La parole, quand elle se laisse entraîner, se déconnecte de la réalité et devient mensonge en même temps qu’elle construit l’image idéale où le sujet flatte son amour-propre. </font></font></font> 
  
 +Le suffixe -tās est issu d’un suffixe hérité %%*%%-tā- de noms de qualité féminin, suivi d’un élargissement en -t-. Bien qu’il forme à l’origine des substantifs à thème consonantique en …t- de la 3e déclinaison, il tend à être traité, parfois, à partir de Tite-Live comme un thème en …ĭ- avec un génitif pluriel en …tāti-um (cf. [[uanitatium, § 4.1.D et § 4.2.D. : Aug. Conf. 8, 11, 26]]).
  
-<font 9pt:normal/arial;;#000000><font 9pt:normal/arial><font 9pt:normal/arial>Cette filiation sémantico-logique du mensonge à la vanité illustre un aspect de la parole qui devient source de faux prestige. On comprend alors que //uānitās // ne se trouve pas dans les discours ou les traités de rhétorique, puisque l’éloquence repose sur une parole encadrée visant le vrai et l’honnête. Les historiens montrent en revanche les jeux d’influence de cette imposture dans la pratique du pouvoir et la dégradation des valeurs, comme avec la bonne et la mauvaise gloire.</font></font></font> 
  
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