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dictionnaire:potentia5 [2012/04/18 17:13]
garrido
dictionnaire:potentia5 [2014/12/17 18:52] (Version actuelle)
desiderio
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-<html><div class="titre">potentia, -ae (f.) substantif </div></html> +<html><class="lestitres">potentia, -ae (f.)</p></html><html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>  
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-//Potentia// est aussi proche de [[//uis//]], qui, dans le vocabulaire des relations sociales, a pu dénoter également la puissance de fait et l’influence exercée par un individu sur autrui. Par exemple, il alterne avec //potentia // dans le //Pro Roscio // de Cicéron : alors que l’orateur mentionne la puissance (//potentia//) des adversaires aux paragraphes 35 et 148 (cf. [[ §4. 2.]]), il parle de leur « force » ou de leur « violence » (//uis//) au paragraphe 9 :+//Potentia// est aussi proche de //[[uis]]//, qui, dans le vocabulaire des relations sociales, a pu dénoter également la puissance de fait et l’influence exercée par un individu sur autrui. Par exemple, il alterne avec //potentia // dans le //Pro Roscio // de Cicéron : alors que l’orateur mentionne la puissance (//potentia//) des adversaires aux paragraphes 35 et 148 (cf. [[dictionnaire:potentia4detaille|§4. 2.]]), il parle de leur « force » ou de leur « violence » (//uis//) au paragraphe 9 :
  
  
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-Mar. Vict. //Ar.// III, 5 Henry : //Ponamus uisum uel uisionem per se ui sua atque natura **potentialiter** exsistentem, hoc est eius esse**, potentiam** habentem uigere ad uidendum, quod erit eius uiuere […]. At, cum eadem uisio operatione uidendi uti coeperit, quasi progressione sui uisio – quasi, inquam ; non enim progreditur, nec a se exit, sed intentione ac uigore propriae **potestatis**, quod est ei uiuere, omnia quae sunt ei obuia uel quibus incurrendo obuia conspexerit […].//\\ « Posons d’abord la vue ou vision, prise en soi, selon sa valeur((Nous modifions la traduction de //uis// par « puissance » en « valeur », afin de réserver « puissance » à la traduction de //potentialiter//.)) et sa nature propre, existant seulement **selon le mode de la puissance**; c’est là son être ; puis, la vision ayant la puissance d’exercer l’acte de voir ; ce sera là son vivre […]. Mais, à partir du moment où cette vision commencera d’exercer l’acte de voir, la vision, alors, par une sorte de sortie hors de soi – je dis : par une sorte ; en fait, elle ne procède ni ne sort de soi ; mais on peut dire : lorsque par la tension et l’exercice de sa propre puissance – c’est cela son vivre – la vision commencera à apercevoir toutes les choses qui se trouvent devant elles ou au-devant desquelles elle va […]. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf, modifiée)+  *Mar. Vict. //Ar.// III, 5 Henry : //Ponamus uisum uel uisionem per se ui sua atque natura **potentialiter** exsistentem, hoc est eius esse**, potentiam** habentem uigere ad uidendum, quod erit eius uiuere […]. At, cum eadem uisio operatione uidendi uti coeperit, quasi progressione sui uisio – quasi, inquam ; non enim progreditur, nec a se exit, sed intentione ac uigore propriae **potestatis**, quod est ei uiuere, omnia quae sunt ei obuia uel quibus incurrendo obuia conspexerit […].//\\ « Posons d’abord la vue ou vision, prise en soi, selon sa valeur((Nous modifions la traduction de //uis// par « puissance » en « valeur », afin de réserver « puissance » à la traduction de //potentialiter//.)) et sa nature propre, existant seulement **selon le mode de la puissance**; c’est là son être ; puis, la vision ayant la puissance d’exercer l’acte de voir ; ce sera là son vivre […]. Mais, à partir du moment où cette vision commencera d’exercer l’acte de voir, la vision, alors, par une sorte de sortie hors de soi – je dis : par une sorte ; en fait, elle ne procède ni ne sort de soi ; mais on peut dire : lorsque par la tension et l’exercice de sa propre puissance – c’est cela son vivre – la vision commencera à apercevoir toutes les choses qui se trouvent devant elles ou au-devant desquelles elle va […]. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf, modifiée)
  
  
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-Boet.+  *Boet. //Herm. sec.// 5, 12 : //Ante enim quam scriberem erat mihi **scribendi potentia**, sed ex **potestate scribendi** ueni ad actum scribendi.//\\ « En effet, avant que j’eusse écrit, j’avais en moi **la puissance d’écrire**, mais c’est à partir de **la puissance d’écrire** que j’en suis venu à l’acte d’écrire. » 
  
  
-Hermsec+Dans ce passage, la première proposition est de l’ordre du simple constat – si j’ai écrit, c’est que j’avais en moi la capacité d’écrire, et c’est en faisant usage de cette capacité que j’ai écrit ; la seconde proposition s’élève à un degré supérieur au niveau conceptuel, la puissance d’écrire est envisagée par rapport à l’acte d’écrire (//actus// //scribendi//)Comme à chaque fois que cette opposition est envisagée explicitement, chez Boèce, c’est //potestas// qui est employé. Boèce met ainsi à profit la coexistence de deux lexèmes susceptibles d’exprimer la notion aristotélicienne de puissance pour distinguer une puissance plus concrète, impliquant un usage effectif (//potentia//), et une puissance plus abstraite, plus conceptuelle et moins reliée à l’idée d’une application pratique (//potestas//).
  
  
-5, 12 :  +En latin tardif, du moins dans certains textes spécialisés, //[[potestas]]// et //potentia// peuvent être considérés comme de véritables synonymes : sans parler de synonymie absolue, on peut dire que leur zone de rencontre synonymique s’est considérablement étendue au point que 
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-a première proposition est de l’ordre du simple constat – si j’ai écrit, c’est que j’avais en moi la capacité d’écrire, et c’est en faisant usage de cette capacité que j’ai écrit ; la seconde proposition s’élève à un degré supérieur au niveau conceptuel, la puissance d’écrire est envisagée par rapport à l’acte d’écrire (//actus//  +
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-à profit la coexistence de deux lexèmes susceptibles d’exprimer la notion aristotélicienne de puissance pour distinguer une puissance plus concrète, impliquant un usage effectif (//potentia//), et une puissance plus abstraite, plus conceptuelle et moins reliée à l’idée d’une application pratique (//potestas//). +
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 leurs différences ne soient plus que des //differentiae// entre parasynonymes. leurs différences ne soient plus que des //differentiae// entre parasynonymes.
  
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-De manière plus surprenante, //potentia// a pour synonyme [[//uirtus//]] dans cet emploi. Utilisé presque systématiquement comme équivalent de traduction de δύναμις dans les premières traductions de la //Bible//, //uirtus// a subi, à partir du II<sup>e</sup>siècle de notre ère, une extension importante de ses emplois. C’est ainsi qu’il en vient, en latin tardif, à concurrencer //potentia// et [[//potestas//]] dans leur rôle d’équivalents de traduction de δύναμις dans son usage philosophique. Au XIIe siècle seront même créés l’adjectif //uirtualis// et l’adverbe //uirtualiter//, sur le modèle de //potentialis// et //potentialiter//. Cette synonymie partielle perdure encore aujourd’hui dans les adjectifs fr. //potentiel // et fr. //virtuel// (cf. [[§ 7.]]).+De manière plus surprenante, //potentia// a pour synonyme //[[uirtus]]// dans cet emploi. Utilisé presque systématiquement comme équivalent de traduction de δύναμις dans les premières traductions de la //Bible//, //uirtus// a subi, à partir du II<sup>e</sup>siècle de notre ère, une extension importante de ses emplois. C’est ainsi qu’il en vient, en latin tardif, à concurrencer //potentia// et //[[potestas]]// dans leur rôle d’équivalents de traduction de δύναμις dans son usage philosophique. Au XIIe siècle seront même créés l’adjectif //uirtualis// et l’adverbe //uirtualiter//, sur le modèle de //potentialis// et //potentialiter//. Cette synonymie partielle perdure encore aujourd’hui dans les adjectifs fr. //potentiel // et fr. //virtuel// (cf. [[dictionnaire:potentia7|§ 7.]]).
  
  
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-Boet. //+  *Boet. //Arith//. 1, 20,8-9 : //Igitur prima unitas **uirtute atque potentia**, non etiam **actu uel opere**, et ipsa perfecta est. Nam si primam ipsam sumpsero de proposito ordine numerorum, uideo primam atque incompositam, quam si per se ipsam multiplico, eadem mihi unitas procreatur. Semel enim I solam efficit unitatem, quae partibus suis aequalis est **potentia ** solum, ceteris etiam **actu atque opere ** perfectis. Recte igitur unitas **propria uirtute ** perfecta est, quod et prima est et incomposita et per se ipsam multiplicata sese ipsam conseruat. //(traduction J.-Y. Guillaumin, 1995, CUF)\\ « Quant à l’unité, c’est le premier nombre parfait **en virtualité et en puissance**, mais non pas **en acte et en réalisation**. Car si je la prends la première dans la ligne de nombres qui m’est proposée, je vois qu’elle est première et non composée; si je la multiplie par elle-même, cela m’engendre la même unité : car une fois 1 fait l’unité seule, qui n’est qu’**en puissance** égale à ses propres parties, alors que tous les autres nombres parfaits le sont **en acte et en réalisation**. L’unité est donc bien parfaite **selon sa puissance propre**, parce qu’elle est première et non composée et que, multipliée par elle-même, elle se conserve elle-même. »
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-//. 1, 20,8-9 : //Igitur prima unitas **uirtute atque potentia**, non etiam **actu uel opere**, et ipsa perfecta est. Nam si primam ipsam sumpsero de proposito ordine numerorum, uideo primam atque incompositam, quam si per se ipsam multiplico, eadem mihi unitas procreatur. Semel enim I solam efficit unitatem, quae partibus suis aequalis est **potentia ** solum, ceteris etiam **actu atque opere ** perfectis. Recte igitur unitas **propria uirtute ** perfecta est, quod et prima est et incomposita et per se ipsam multiplicata sese ipsam conseruat. //  +
-(traduction J.-Y. Guillaumin, 1995, CUF) +
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-« Quant à l’unité, c’est le premier nombre parfait **en virtualité et en puissance**, mais non pas **en acte et en réalisation**. Car si je la prends la première dans la ligne de nombres qui m’est proposée, je vois qu’elle est première et non composée; si je la multiplie par elle-même, cela m’engendre la même unité : car une fois 1 fait l’unité seule, qui n’est qu’**en puissance** égale à ses propres parties, alors que tous les autres nombres parfaits le sont **en acte et en réalisation**. L’unité est donc bien parfaite **selon sa puissance propre**, parce qu’elle est première et non composée et que, multipliée par elle-même, elle se conserve elle-même. »+
  
  
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 En grec, Aristote avait créé l’opposition entre δύναμις et ἐνέργεια, traduite en français par puissance et acte. La traduction latine des concepts grecs a suscité la création d’une relation d’antonymie entre //potentia// (et ses synonymes) et les différents lexèmes qui furent employés pour traduire ἐνέργεια : //actus, -us// (m.), //actio, -onis// (f.), //opus, -eris// (n.), //operatio//, -//onis// (f.), voire //effectus, -us// (m.) et //effectio, -onis// (f.). C’est finalement //actus//, qui avait donné lieu à la création de l’adjectif //actualis// et de l’adverbe //actualiter//, qui restera dans le fr. //acte//. En grec, Aristote avait créé l’opposition entre δύναμις et ἐνέργεια, traduite en français par puissance et acte. La traduction latine des concepts grecs a suscité la création d’une relation d’antonymie entre //potentia// (et ses synonymes) et les différents lexèmes qui furent employés pour traduire ἐνέργεια : //actus, -us// (m.), //actio, -onis// (f.), //opus, -eris// (n.), //operatio//, -//onis// (f.), voire //effectus, -us// (m.) et //effectio, -onis// (f.). C’est finalement //actus//, qui avait donné lieu à la création de l’adjectif //actualis// et de l’adverbe //actualiter//, qui restera dans le fr. //acte//.
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