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dictionnaire:fabula5 [2012/02/04 00:25]
lecaude
dictionnaire:fabula5 [2014/12/17 13:15] (Version actuelle)
desiderio
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-<html><div class="titre">fābula, ae (f.)</div></html>   +<html><class="lestitres">fābula, ae (f.)</p></html> <html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html> 
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 ====== 5. Place dans le lexique latin ====== ====== 5. Place dans le lexique latin ======
  
 +===== 5.1. Analyse synchronique de la formation du lexème en latin ===== 
  
-5.1. __Analyse synchronique de la formation du lexème en latin__ +Ce substantif féminin est analysable en //fā-bula//
  
 +==== 5.1.1. Le radical latin ====
  
-Ce substantif féminin est analysable en //fā-bula. // +//Fā-bula// comporte à l’initiale le radical synchronique latin //fā//- « parler » (avec //a// long), qui apparaît aussi dans le verbe //fā-rī// « parler », le substantif féminin //fā-ma// « réputation, opinion publique », etc(voir //[[fāma]]//). Le radical synchronique latin //fā//- représente la continuation de la racine i.-e. 
 +*//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>//- « parler ». 
  
 +==== 5.1.2. Le suffixe ====
  
-//// +A la finale du terme //fā-bula// se trouve le suffixe d’instrument (ou « suffixe médiatif » selon la terminologie de G. Serbat) -//bula// au féminin. Ce suffixe se présente au genre grammatical neutre dans les autres termes latins : -//bulum, -ī//. Il provient du suffixe d’instrument i.-e. en //*-d<sup>h</sup>lo-//((Sur ce type de formation, voir G. SERBAT (1975 ; 2002, 337-349).)) (cf. [[:dictionnaire:fabula2#2.3. Formation du lexème|§ 2.3]] et [[:dictionnaire:fabula6#6.2.Etymologie et origine|§ 6.2]]).
  
  
-5.1.1. Le radical latin +==== 5.1.3. La longueur de la voyelle du radical latin ====
- +
- +
-//Fā-bula // comporte à l’initiale le radical synchronique latin //fā//- « parler » (avec //a// long), qui apparaît aussi dans le verbe //fā-rī// « parler », le substantif féminin //fā-ma// « réputation, opinion publique », etc. (voir [[//fāma//]]). Le radical synchronique latin //fā//- représente la continuation de la racine i.-e. +
-%%*%%//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>//  +
-// +
-+
-//  +
-« parler »//.//  +
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- +
-5.1.2. Le suffixe +
- +
- +
-A la finale du terme  +
-//fā-bula//  +
-, se trouve le +
-suffixe d’instrument (ou « suffixe médiatif » selon la terminologie de G. Serbat) -//bula// au féminin. Ce suffixe se présente au genre grammatical neutre dans les autres termes latins : -//bulum, -ī//. Il provient du suffixe d’instrument i.-e. en //%%*%%-d// //<sup>h</sup>// //lo//-[[ +
- +
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-[1] +
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-]] (cf. [[§ 2.3.]] et [[6.2.]]). +
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-5.1.3. La longueur de la voyelle du radical latin +
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- +
-Si ce suffixe i.-e. était ici en position de suffixe primaire et si la forme était conforme à ce que nous attendrions pour ce type de formation, le suffixe //%%*%%-d// //<sup>h</sup>// //lo-// s’attacherait plutôt au degré zéro de la racine i.-e. +
-%%*%%//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>//  +
-// +
-+
-//, ce qui donnerait un radical latin synchronique en //a// bref (%%*%%//fa//-). La présence du //a // long dans //fā-bula// fait penser à un vocalisme long de date latine, à un réarrangement de date latine d’une formation primaire i.-e.+
  
 +Si ce suffixe i.-e. était ici en position de suffixe primaire et si la forme était conforme à ce que nous attendrions pour ce type de formation, le suffixe //*-d<sup>h</sup>lo-// s’attacherait plutôt au degré zéro de la racine i.-e. *//b<sup>h</sup>eh<sub>2</sub>//-, ce qui donnerait un radical latin synchronique en //a// bref (*//fa//-). La présence du //a // long dans //fā-bula// fait penser à un vocalisme long de date latine, à un réarrangement de date latine d’une formation primaire i.-e.
  
 La voyelle //a// allongée par le latin dans //fā-bula// permet, en effet, d’intégrer le lexème dans le groupement synchronique des termes bâtis sur le radical latin //fā-// « parler »//, // aux côtés//// du verbe //fā-rī// « parler » (où le radical latin //fā-// fonctionne aussi comme thème verbal) et du substantif //fā-ma// « réputation, opinion publique » (voir //fāma//). La voyelle //a// allongée par le latin dans //fā-bula// permet, en effet, d’intégrer le lexème dans le groupement synchronique des termes bâtis sur le radical latin //fā-// « parler »//, // aux côtés//// du verbe //fā-rī// « parler » (où le radical latin //fā-// fonctionne aussi comme thème verbal) et du substantif //fā-ma// « réputation, opinion publique » (voir //fāma//).
- 
  
 Ce radical latin//fā-// à voyelle longue a un allomorphe à voyelle brève dans le verbe //fatērī // « avouer » (pour l’origine de ce verbe, voir infra § 6.2). Ce radical latin//fā-// à voyelle longue a un allomorphe à voyelle brève dans le verbe //fatērī // « avouer » (pour l’origine de ce verbe, voir infra § 6.2).
  
- +==== 5.1.4. Les raisons possibles pour l’allongement en latin ====
-5.1.4. Les raisons possibles pour l’allongement en latin +
  
 Plusieurs raisons pourraient avoir joué en faveur de l’allongement en latin de la voyelle du radical hérité : Plusieurs raisons pourraient avoir joué en faveur de l’allongement en latin de la voyelle du radical hérité :
- 
  
 a) //fā-bula// a pu être réinterprété en latin comme un suffixé en -//bula//, -//ae// F. sur le thème verbal du verbe //fā-rī// (le thème verbal, dans ce cas particulier, étant aussi le radical latin). On trouvait, en effet, la même relation entre « un radical latin terminé par une voyelle longue / un substantif en –//bulum /// un thème verbal » dans : a) //fā-bula// a pu être réinterprété en latin comme un suffixé en -//bula//, -//ae// F. sur le thème verbal du verbe //fā-rī// (le thème verbal, dans ce cas particulier, étant aussi le radical latin). On trouvait, en effet, la même relation entre « un radical latin terminé par une voyelle longue / un substantif en –//bulum /// un thème verbal » dans :
- 
  
 //fī//- « ficher, enfoncer » dans //fī//-//bula// « fibule » et //fīgere // « ficher, enfoncer » ; //fī//- « ficher, enfoncer » dans //fī//-//bula// « fibule » et //fīgere // « ficher, enfoncer » ;
- 
  
 //pā//- « se nourrir, nourrir » dans //pā//-//bulum // « pâturage, fourrage », //pābul-ā-rī// « se nourrir », //pābulā-tiō// « action de (faire) paître », //pāscere// « faire paître », //pāscī// « être mené à la pâture ». //pā//- « se nourrir, nourrir » dans //pā//-//bulum // « pâturage, fourrage », //pābul-ā-rī// « se nourrir », //pābulā-tiō// « action de (faire) paître », //pāscere// « faire paître », //pāscī// « être mené à la pâture ».
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 b) on a voulu éviter une homophonie avec un autre radical latin, particulièrement usuel : //fa- / fac//- « faire, fabriquer, produire ». Si //fā-bula// avait conservé le //a// bref hérité (%%*%%//fa-bula//), la séquence //fa//- aurait pu être rapprochée en synchronie du radical latin //fa//- signifiant « faire, fabriquer » présent dans les termes //fa-ber// « ouvrier », //fabr-ica// « atelier », //fabricā-re, fabricā-tor, fabricā-tiō,// etc. (allomorphe de //fac//-, présent dans //faciō,// etc.). b) on a voulu éviter une homophonie avec un autre radical latin, particulièrement usuel : //fa- / fac//- « faire, fabriquer, produire ». Si //fā-bula// avait conservé le //a// bref hérité (%%*%%//fa-bula//), la séquence //fa//- aurait pu être rapprochée en synchronie du radical latin //fa//- signifiant « faire, fabriquer » présent dans les termes //fa-ber// « ouvrier », //fabr-ica// « atelier », //fabricā-re, fabricā-tor, fabricā-tiō,// etc. (allomorphe de //fac//-, présent dans //faciō,// etc.).
- 
  
 c) on a voulu éviter une autre homophonie et même une homonymie avec le substantif //fab-ula, -ae// F. « petite fève » (Pl. //St//. 690), diminutif de //faba, -ae// F. « fève », terme usuel de la vie quotidienne. c) on a voulu éviter une autre homophonie et même une homonymie avec le substantif //fab-ula, -ae// F. « petite fève » (Pl. //St//. 690), diminutif de //faba, -ae// F. « fève », terme usuel de la vie quotidienne.
  
 +==== 5.1.5. La position de G. Serbat ====
  
-5.1.5La position de G. Serbat+Selon GSerbat (1975 ; 2002, 337-349), la formation en -//bulum// / -//bula//, héritée, avait perdu sa productivité dès les premiers textes latins de l’époque archaïque, de sorte que le suffixe apparaissait dans un nombre limité de lexèmesGSerbat considère 
 +que //fābula// est un dérivé primaire, au même titre que //stăbulum//, //fībula//, //trībulum//, //pābulum//, et remarque que, parmi ces termes, seul // 
 +stă-bulum// présente une voyelle brève (//a// bref) dans le radical latin, ce qui continue le degré zéro attendu de la racine i.-e. *//steh<sub>2</sub>//- « se tenir debout », tandis que le même radical latin offre ailleurs un allomorphe à voyelle longue (issue du degré plein de la racine i.-e. dans le verbe //stā-re// par exemple)((Les dérivés secondaires, dont la voyelle présuffixale est majoritairement -//ā//-, sont attestés 
 +à toutes les périodes : //incūnābulum// chez Plaute, //uēnābulum// chez Cicéron, //mandibula//  
 +chez Tertullien (G. Serbat 1975 ; 2002) ; ce type ayant perdu sa productivité, sa reprise chez  
 +Apulée,notamment, est artificielle.)).
  
  
-Selon G. Serbat (1975 ; 2002, 337-349), la formation en -// +==== 5.1.6. Le genre grammatical féminin ====
-bulum +
-//  +
-/  +
--// +
-bula +
-//  +
-, héritée, avait perdu sa productivité dès les premiers textes latins de l’époque archaïque, de sorte que le suffixe apparaissait dans un nombre limité de lexèmes. G. Serbat considère +
-que //f// // +
-ā +
-// //bula// est un dérivé primaire, au même titre que // +
-st +
-// // +
-ă +
-// // +
-bulum +
-//  +
-, //f//  +
-// +
-ī +
-// // +
-bula, +
-//  +
-//tr//  +
-// +
-ī +
-// // +
-bulum +
-//  +
-, //p//  +
-// +
-ā +
-// // +
-bulum +
-// et remarque que, parmi ces termes, seul // +
-st +
-// // +
-ă +
-// // +
-+
-// // +
-bulum +
-// présente une voyelle brève (//a// bref) dans le radical latin, ce qui continue le degré zéro attendu de la racine i.-e. %%*%%//steh// //<sub>2</sub>//- « se tenir debout », tandis que le même radical latin offre ailleurs un allomorphe à voyelle longue (issue du degré plein de la racine i.-e. dans le verbe //stā-re// par exemple)[[ +
- +
- +
-[2] +
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-]]. +
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-5.1.6. Le genre grammatical féminin +
- +
- +
-Il resterait à expliquer pourquoi // +
-fābula +
-//  +
-relève du genre grammatical féminin, alors que la plupart des substantifs de cette formation sont des neutres dénotant des entités inanimées. +
  
 +Il resterait à expliquer pourquoi //fābula// relève du genre grammatical féminin, alors que la plupart des substantifs de cette formation sont des neutres dénotant des entités inanimées. 
  
 Il est possible que ce féminin résulte de la réinterprétation d’un ancien neutre pluriel, dénotant une pluralité d’entités assemblées dans un tout, qui est ici un énoncé linguistique (cf. le pluriel //uerba// à côté du sg. //uerbum//). De même le pluriel //litterae// (à l’origine : « ensemble de signes graphiques ») dénote-t-il une lettre ou missive, tandis que le verbe //legere // « lire » signifie probablement à l’origine « recueillir, mettre ensemble ».  Il est possible que ce féminin résulte de la réinterprétation d’un ancien neutre pluriel, dénotant une pluralité d’entités assemblées dans un tout, qui est ici un énoncé linguistique (cf. le pluriel //uerba// à côté du sg. //uerbum//). De même le pluriel //litterae// (à l’origine : « ensemble de signes graphiques ») dénote-t-il une lettre ou missive, tandis que le verbe //legere // « lire » signifie probablement à l’origine « recueillir, mettre ensemble ». 
  
 +D’autre part, il est fréquent en latin que le genre grammatical des substantifs soit déterminé par le genre grammatical d’autres lexèmes dénotant des entités extralinguistiques appartenant à la même classe cognitive quele designatumdu substantif en question. Or, plusieurs substantifs féminins dénotent divers énoncés linguistiques : //oratio//, plus tard //parabola//,etc. 
  
-D’autre part, il est fréquent en latin que le genre grammatical des substantifs soit déterminé par le genre grammatical d’autres lexèmes dénotant des entités extralinguistiques appartenant à la même classe cognitive quele designatumdu substantif en question. Or, plusieurs substantifs féminins dénotent divers énoncés linguistiques : oratio,plus tard parabola,etc.  
  
 +==== 5.1.7. Sémantique ====
  
-5.1.7. Sémantique 
  
 +Le suffixe -//bulum// étant un suffixe d’instrument, on a l’habitude de caractériser le signifié du dérivé comme « l’instrument ou le moyen par lequel on réalise une action » 
 +(par exemple : //pābulum// « fourrage », comme « ce par quoi on nourrit (les animaux) » à côté de //pāscere// « mener à la pâture » et //pāscī // « être mené à la pâture »). 
  
-Le suffixe -//bulum// étant un suffixe d’instrument, on a l’habitude de +A l’expression « suffixe d’instrument »G. Serbat (1975) préfère le terme plus général de « suffixe médiatif » parce qu’il fait remarquer que certains lexèmes (très peu nombreux) correspondent au sens de « lieu où se déroule une action », dans la mesure où cet espace est, lui aussi, un moyen permettant la réalisation du procès : c’est le cas, par exemple, de //stăbulum// « lieu où séjournent une ou plusieurs entitéslieu où l’on garde (quelque chose), lieu de stockage, etc. » à côté de //stāre // « se tenir debout et immobile ».
-caractériser  +
-le signifié du dérivé comme « l’instrument ou le moyen par lequel on réalise une action »  +
-(par exemple //p//  +
-// +
-ā +
-// // +
-bulum +
-// « fourrage »comme « ce par quoi on nourrit (les animaux) » à côté de //pāscere// « mener à la pâture » et //pāscī // « être mené à la pâture »+
-+
  
 +//Fābula// aurait alors pour sens ancien et « étymologique » : « ce par quoi s’accomplit l’acte de parler ». Mais, en réalité, dès ses premières occurrences, il dénote plutôt l’acte de parler lui-même, à savoir le « propos », la « parole » ou le « récit ». 
  
-A l’expression « suffixe d’instrument », G. Serbat (1975) préfère le terme plus général de « suffixe médiatif » parce qu’il fait remarquer que certains lexèmes (très peu nombreux) correspondent au sens de « lieu où se déroule une action », dans la mesure où cet espace est, lui aussiun moyen permettant la réalisation du procès : c’est le caspar exemplede //st//  +Selon G. Serbat (1975; 2002), //fābula// présente donc une double particularité : une particularité morphologique, dans la mesure où il est construit sur un radical latin à voyelle longue alors qu’on attend une voyelle brève qui est attendue,et une particularité sémantiquepuisque le sens « instrumental » n’est pas prédominant((Sur la morphologie du motvoir aussi G. HAVERLING (2011225-257).)).
-// +
-ă +
-// // +
-bulum +
-// « lieu où séjournent une ou plusieurs entités, lieu où l’on garde (quelque chose), lieu de stockage, etc» à côté de //stāre // « se tenir debout et immobile » +
-.+
  
 +===== 5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins =====
  
-// +Les auteurs latins mettent en rapport //fābula// avec //fāri// « parler » :
-+
-// // +
-ā +
-// // +
-bula +
-// +
  
 +  *Varr. //L//. 6, 55 : \\ //Ab eodem uerbo fari fabulae, ut tragoediae et comoediae, dictae
 +//. 
  
-aurait alors pour sens ancien et « étymologique » : « ce par quoi s’accomplit l’acte de parler ». Mais, en réalité, dès ses premières occurrences, il dénote plutôt l’acte de parler lui-même, à savoir le « propos », la « parole » ou le « récit ».  +  *Isid. //Or//. I, 40, 1 : //fabulas poetae a fando nominauerunt, quia non sunt res factae, sed tantum loquendo fictae//.
- +
- +
-Selon  +
-G.  +
-Serbat (1975; 2002), //f//  +
-// +
-ā +
-// // +
-bula +
-// présente donc  +
-une double particularité +
-+
-+
-ne particularité morphologique, dans la mesure où il est  +
-constru +
-it  +
-sur  +
-un radical latin à voyelle longue alors qu’on attend une voyelle brève qui est attendue, +
-et une particularité sémantique, puisque le sens « instrumental » n’est pas prédominant +
-[[ +
- +
- +
-[3] +
- +
- +
-]] . +
- +
- +
-5.2. __Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins__  +
- +
- +
-Les auteurs latins mettent en rapport //f//  +
-// +
-ā +
-// //bula// avec //f// // +
-ā +
-// //ri// « parler » : +
- +
- +
--Varr. //L//. 6, 55 : // +
-+
-// // +
-b eodem uerbo fari fabulae, ut tragoediae et comoediae, dictae +
-//  +
-.  +
- +
- +
--Isid. //Or//. I, 40, 1 : //fabulas poetae a fando nominauerunt, quia non sunt res factae, sed tantum loquendo fictae//. +
  
 Pour Diomède, dans les pièces latines, les parties parlées (//diuerbia//) sont plus importantes que les parties chantées (//cantica//), ce qui expliquerait qu’on les appelle //fabulae//: Pour Diomède, dans les pièces latines, les parties parlées (//diuerbia//) sont plus importantes que les parties chantées (//cantica//), ce qui expliquerait qu’on les appelle //fabulae//:
  
- +  *Diom. //GLK// I, 490, 22 (= Suét. frg. p ; 10, 4) : //Latine fabulae appellantur siue fatibulae// //; in Latinis enim fabulis plura sunt// //fantium diuerbia quam// (suppl. Leo) //cantica quae canuntur : uel a faciendo ; nam et agi fabula, non referri ab actoribus dicitur//.
--Diom. //GLK// I, 490, 22 (= Suét. frg. p ; 10, 4) : //Latine fabulae appellantur siue fatibulae// //; in Latinis enim fabulis plura sunt//  +
-+
-//fantium diuerbia quam// (suppl. Leo) //cantica quae canuntur : uel a faciendo ; nam et agi fabula, non referri ab actoribus dicitur//. +
  
 Mais Macrobe signale une autre étymologie synchronique possible en établissant un lien entre //fabula // et //falsi professio// « le fait de dire ce qui est faux » :  Mais Macrobe signale une autre étymologie synchronique possible en établissant un lien entre //fabula // et //falsi professio// « le fait de dire ce qui est faux » : 
  
- +  *Macr. //Somn//. I, 2, 7 : //fabulae, quarum nomen indicat falsi professionem//.
--Macr. //Somn//. I, 2, 7 : //fabulae, quarum nomen indicat falsi professionem//. +
  
 (source de ces quatre citations : Maltby) (source de ces quatre citations : Maltby)
  
  
-5.3. __« Famille » synchronique__  +===== 5.3. « Famille » synchronique =====
  
 Les dérivés de //fabula// sont nombreux et souvent anciens.  Les dérivés de //fabula// sont nombreux et souvent anciens. 
  
  
-5.3.1. Les verbes+==== 5.3.1. Les verbes ====
  
  
-Parmi eux il faut souligner l’importance, en nombre d’occurrences, du verbe dénominatif+Parmi eux il faut souligner l’importance, en nombre d’occurrences, du verbe dénominatif **//fabulari//** (contrairement au préverbé **//confabulari//** « converser, s’entretenir », qui est rare et tardif). Plaute en présente plus de 50 occurrences, dont l’infinitif archaïque //fabularier//. Ce verbe signifie « parler » (sans complément) ou « dire » (avec complément), mais ne renvoie jamais à la valeur technique de « pièce de théâtre». Ainsi, il lui arrive de fonctionner de la même manière que //loqui// dans le syntagme //latine loqui//, comme dans ce vers d’une //togata// de Titinius, contemporain de Térence :
  
 +  *Titin. //Com//.104 (éd. Ribbeck) : //Qui obsce et uolsce fabulantur//. \\ « Ceux qui parlent osque et volsque. »
  
-**//fabulari// ** (contrairement au préverbé **// +Ce rapport étroit de la famille de //fabula// à ce que nous appelons la langue ou le langage pour les êtres humains, se manifeste encore dans le nom de la divinité //Fabulinus//, cité seulement par Varron:
-confabul +
-// ** **//ari// ** +
  
 +  *Varr. //ap//. Non. 532,20: //Cum primo fari// […] //incipiebant, sacrificabant diuo Fabulino//. \\ « Dès qu’ils se mettaient à parler, ils offraient un sacrifice au divin Fabulinus. »
  
-« converser, s’entretenir », qui est rare et tardif).  +Le verbe //fabulari// présente quelques formes actives, chez Plaute notamment((L’étude des manuscrits ne permet pas de les éliminer ; en effetdans le vers 237 de l’//Epidicus//le manuscrit le plus fiable, le manuscrit A, donne l’actif //fabulem//, alors que les palatins portent //fabuler//.)). Il faut donc admettre que les deux voixactive et déponente, coexistaient à date ancienne 
-Plaute en présente plus de 50  +et que la forme déponente s’est imposée par la suite.
-occurrence +
-s, dont l’infinitif archaïque //fabularier//. Ce verbe signifie  +
-«  +
-parler +
-» +
-(sans complément) ou  +
-«  +
-dire +
-» +
-(avec complément), mais ne renvoie jamais à la valeur technique de  +
-«  +
-pièce de théâtre +
-» +
-+
-Ainsiil lui arrive de fonctionner de la même manière que //loqui// dans le syntagme //latine loqui//, comme dans ce vers d’une //togata// de Titiniuscontemporain de Térence :+
  
 +Mais les formes hispaniques, l’espagnol //hablar// et le portugais //falar//, remontent à //fabulare// et non à //fabulari// (cf. [[:dictionnaire:fabula7#7.1. Les descendants du lexème dans les langues romanes par la voie phonétique|§ 7.1]]).
  
-Titin. // +Il n’est pas impossible que la valeur d’« histoire racontée » soit le sens premier de //fabula// si l’on se fonde sur la signification de son dérivé, le verbe dénominatif //fabulari //, qui désigne cette succession de propos pouvant se prolonger, où la parole se laisse prendre jusqu’à perdre contact avec le vraisemblable, ainsi que l’illustre l’embarras de Sosie, devant raconter une bataille à laquelle il n’a pas participé :
-Com +
-//  +
-.104  +
-(éd.  +
-Rib +
-beck) : // +
-Qui obsce et  +
-// //u// // +
-olsce fabulantur +
-// //.// +
  
 +  *Pl. //Amph. // 200-201 : \\ //Verum quasi adfuerim tamen simulabo atque audita eloquar.// \\ //Sed quo modo et uerbis quibus me deceat **fabularier**. // \\ « Mais je ferai comme si j’y avais été et j’en parlerai par ouï-dire. Mais comment et en quels termes **faire ce récit **? »
  
-«  +Cette dynamique de la parole construisant progressivement un univers de mots n’est pas sans rapport avec les significations de certains termes comportant le radical //fā-//. Si //fā-bula// présente le suffixe médiatif (cf. [[:dictionnaire:fabula5#5.1. Analyse synchronique de la formation du lexème en latin|§ 5.1.]]), **//[[:dictionnaire:fama|fā-ma]]//** est construit avec le suffixe –//ma// de nom d’action et désigne d’abord la rumeur qui se propage avec le risque de déformer l’image qu’elle donne de la réalité. Est **//fā//** **//-cundus//** celui qui a le talent de s’exprimer avec abondance, ce qui, note avec justesse E. Benveniste (1969, 137), ne se confond pas avec les qualités d’éloquence. L’ **//īn-fā-ns//**, explique E. Benveniste (1969, 137), est celui qui n’a pas la capacité de maîtriser la chaîne des mots. Le **//fā-s//**, en synchronie, est la manifestation de la parole divine en tant que prescription positive où la puissance du mot s’impose à la réalité pour dire ce qu’elle doit être. Parmi ses emplois anciens, **//fā-rī//** signifie « prophétiser », par exemple chez Ennius, à propos de Cassandre :
-Ceux qui parlent osque et volsque +
-//.// » +
- +
- +
-Ce rapport étroit de la famille de //fabula // à ce que nous appelons la langue ou le langage pour les êtres humains, se manifeste encore dans le +
-nom de  +
-la  +
-divinité  +
-//Fabulinus//, cité seulement par +
-Varron +
- +
- +
-+
- +
- +
-Varr. // +
-ap +
-//  +
-+
- +
- +
-Non. +
- +
- +
-532, +
- +
- +
-20 +
-: // +
-Cum primo fari +
-// [// +
-… +
-//] // +
-incipiebant, sacrificabant diuo Fabulino +
-//. +
- +
- +
-« Dès qu’ils se mettaient à parler, ils offraient un sacrifice au divin Fabulinus. » +
- +
- +
-Le +
-verbe //fabul//  +
-//ari//  +
-présente quelques formes +
-actives, chez Plaute notamment[[ +
- +
- +
-[4] +
- +
- +
-]].  +
-Il faut donc admettre que les deux voix, active et déponente, coexistaient  +
-à date ancienne +
-et que la forme déponente s’est imposée +
- +
- +
-par la suite +
-+
- +
- +
-+
-ais les formes hispaniques, l’espagnol //hablar// et le portugais //falar//, remontent à //fabulare// et non à //fabulari//  +
-(cf. [[§ 7.1]]). +
- +
- +
-Il n’est pas impossible que la valeur d’« histoire racontée » soit le sens premier de //fabula// si l’on se fonde sur la signification de son dérivé, le verbe dénominatif// +
-fabulari +
-//, qui désigne cette succession de propos pouvant se prolonger, où la parole se laisse prendre jusqu’à perdre contact avec le vraisemblable, ainsi que l’illustre l’embarras de Sosie, devant raconter une bataille à laquelle il n’a pas participé : +
- +
- +
-Pl. //Amph. // 200-201 :   +
- +
- +
-//Verum quasi adfuerim tamen simulabo atque audita eloquar. //  +
- +
- +
-//Sed quo modo et uerbis quibus me deceat **fabularier**. //  +
- +
- +
-« Mais je ferai comme si j’y avais été et j’en parlerai par ouï-dire. Mais comment et en quels termes **faire ce récit **? » +
- +
- +
-Cette dynamique de la parole construisant progressivement un univers de mots n’est pas sans rapport avec les significations de certains termes comportant le radical //fā// //-//. Si //fā// //-bula // présente le suffixe médiatif (cf. [[§ 5.1.]]), [[**//fā// ** **//-ma// **]]//// est construit avec le suffixe –//ma // de nom d’action et désigne d’abord la rumeur qui se propage avec le risque de déformer l’image qu’elle donne de la réalité. Est **//fā// ** **//-cundus// ** //// celui qui a le talent de s’exprimer avec abondance, ce qui, note avec justesse E. Benveniste (1969, 137), ne se confond pas avec les qualités d’éloquence. L’**//īn// ** **//-fā// ** **//-ns// **, explique E. Benveniste (1969, 137), est celui qui n’a pas la capacité de maîtriser la chaîne des mots. Le **//fā// ** **//-// s**, en synchronie, est la manifestation de la parole divine en tant que prescription positive où la puissance du mot s’impose à la réalité pour dire ce qu’elle doit être. Parmi ses emplois anciens, **//fā// ** **//-rī// ** //// signifie « prophétiser », par exemple chez Ennius, à propos de Cassandre : +
- +
- +
-Enn. (//Sc. // 58 éd. Vahlen) : //Namque Apollo Fatis **fandis** dementem inuitam ciet//  +
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- +
-« Car Apollon m’invite à **annoncer ** le destin, démente, malgré-moi. » +
- +
- +
-//// +
  
 +  *Enn. (//Sc.// 58 éd. Vahlen) : //Namque Apollo Fatis **fandis** dementem inuitam ciet// \\ « Car Apollon m’invite à **annoncer ** le destin, démente, malgré-moi. »
  
 //Fari // signifie aussi « dire avec solennité », par exemple à propos du préteur : //Fari // signifie aussi « dire avec solennité », par exemple à propos du préteur :
  
- +  *Varr. //L.// 6, 29 : //Dies fasti, per quos praetoribus omnia uerba sine piaculo licet **fari** //. \\ « Les jours fastes sont ceux pendant lesquels les préteurs ont le droit de **prononcer ** toutes les formules sans encourir d’expiation. »
-Varr. //L.// 6, 29 : //Dies fasti, per quos praetoribus omnia uerba sine piaculo licet **fari** // //. // « Les jours fastes sont ceux pendant lesquels les préteurs ont le droit de **prononcer ** toutes les formules sans encourir d’expiation. » +
  
 Dans les deux cas, il s’agit d’une parole bien différente du simple échange car c’est une énonciation qui, par son mouvement propre, dépasse ce qu’elle dit dans l’instant. Dans les deux cas, il s’agit d’une parole bien différente du simple échange car c’est une énonciation qui, par son mouvement propre, dépasse ce qu’elle dit dans l’instant.
  
  
-5.3.2. Les noms d’action+==== 5.3.2. Les noms d’action ====
  
 +Le substantif **//fabulatio// ** a le sens de « récits vains » chez Augustin (//In psalm//.118). Le composé préfixé **//confabulatio// ** « colloque » est rare et tardif.
  
-Le  +Le diminutif **//fabella// ** est attesté avec la valeur de « court récit ». Cependant, chez Cicéron, //fabella// peut signifier « pièce de théâtre minable », avec une nette visée dépréciative, et cela au moins dans deux cas, //Lettre à Quintus// 2, 16, 3 et //Pro Caelio// 64, où Cicéron évoque l’« intrigue » ourdie par Clodia :
-substantif **// +
-fabulatio +
-// **  +
-a le sens de « récits vains » chez Augustin (//In psalm//.118). +
-Le composé préfixé **// +
-confabulatio +
-// ** « colloque » est rare et tardif.+
  
 +  *Cic. //Cael//. 64 : […] //uelut haec tota **fabella** ueteris et plurimarum fabularum poetriae poetria
 +.// \\ « […] comme cette **méchante pièce** composée par une vieille théâtreuse qui en a fait bien d’autres. »
  
-Le diminutif **//fabella// ** //// est attesté avec la valeur de  +Sur //fabella // a été créé **//fabellatio//**.
-«  +
-court récit +
-» +
-Cependant, chez Cicéron, //fabella// peut signifier « pièce de théâtre minable », avec une nette visée dépréciative, +
-et cela au moins dans deux cas, // +
-Lettre à Quintus +
-//  +
-2,+
  
  
-16, +==== 5.3.3. Les noms d’agent ====
- +
- +
-3 et //Pro Caelio// 64 +
-, où Cicéron évoque l’ « intrigue » ourdie par Clodia : +
- +
- +
-Cic. //Cael//.  +
-64 : +
-[…] // +
-uelut haec tota **fabella** ueteris et plurimarum fabularum poetriae poetria +
-.//  +
- +
- +
-«  +
-[…]  +
-comme cette **méchante pièce** composée par une vieille théâtreuse qui en a fait bien d’autres +
-. » +
- +
- +
-Sur //fabella // a été  +
-créé **// +
-fabellatio +
-// **. +
- +
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-5.3.3. Les noms d’agent +
- +
- +
-Le nom d’agent **//f// ** **// +
-abulator +
-// ** // +
- +
- +
-//  +
-signifie +
-,  +
-chez Sénèque ( +
-//E// // +
-+
-//  +
-+
- +
- +
-122) +
-+
-//fabularum narrator//  +
-« raconteur d’histoires »+
  
  
 +Le nom d’agent **//fabulator//** signifie, chez Sénèque (//Ep//. 122), //fabularum narrator// « raconteur d’histoires »
 et, chez Aulu-Gelle (Gell. 2, 29, 1), « auteur de fables ». Il n’a alors aucune connotation péjorative.  et, chez Aulu-Gelle (Gell. 2, 29, 1), « auteur de fables ». Il n’a alors aucune connotation péjorative. 
  
  
-En revanche, Augustin emploie (et crée peut-être)  +En revanche, Augustin emploie (et crée peut-être) le nom **//fabulo, -onis//** avec le sens de « fabricant de mensonges » :
-le nom **//fabulo// **  +
-**//, -onis// ** +
  
 +  *Aug. //Haer//. 88 : //Fabulones qui fabulas uanas easdemque longas perplexasque contexunt//.
 +==== 5.3.4. Les adjectifs ====
  
-avec le sens de « fabricant de mensonges » : 
  
 +L’adjectif **//fabulosus//** peut présenter les valeurs suivantes : \\ 1) « se référant à la mythologie »
 +\\ 2) « semblable aux fables mensongères » \\ 3) « se rapportant à d’autres récits que les mythologiques »
  
-Aug. // +Quant à l’adjectif **//fabularis//**, attesté à partir de Suétone, il a le sens de « légendaire ».
-Haer +
-//  +
-.+
  
  
-88 : +===== 5.4. Associations synchroniques dans le lexique latin =====
-// +
-Fabulones qui fabulas uanas easdemque longas perplexasque contexunt +
-//  +
-.+
  
 +La polysémie de //fabula// le fait entrer dans une riche synonymie partielle((Voir Cl. MOUSSY (2011, 48-49).)). S’il est le seul terme pour désigner la pièce de théâtre et fonctionne à ce titre comme hypéronyme de //tragoedia // et //comoedia//, aux sens de « récit inventé », « fiction mythologique », il entre en relation avec différents termes ou syntagmes comme //res ficta // et //error //:
  
-5.3.4Les adjectifs+  *Liv34, 2, : //Equidem fabulam et fictam rem ducebam esse, uirorum omne genus in aliqua insula coniuratione muliebri a stirpe sublatum esse.// \\ « Je considérais vraiment comme une fable, une fiction cette suppression de l’espèce des hommes par une conjuration de femmes, dans une île» (traduction J.-F. Thomas)
  
  
-L’adjectif **//f// ** **// +  *Tac. //D. // 29, 1 : //Horum fabulis et erroribus uirides statim et rudes animi imbuuntur// …\\ « Ce sont leurs contes et leurs superstitions qui imprègnent ces âmes toutes fraîches et neuves … » (traduction J.-F. Thomas)
-abulosus +
-// **  +
-peut présenter les valeurs suivantes :+
  
  
-1)+  *Minuc. 23, : //Has fabulas et errores et ab inperitis parentibus discimus et, quod est grauius, ipsis studiis et disciplinis elaboramus, carminibus praecipue poetarum, qui plurimum quantum ueritati ipsi sua auctoritate nocuerunt.// \\ « Ces légendes et ces erreurs, non seulement nous les apprenons de parents peu avertis, mais, ce qui est plus grave, l’étude et l’enseignement eux-mêmes nous en donnent une connaissance plus poussée, surtout les chants de poètes, qui par leur autorité ont fait le plus grand tort possible à la vérité. » (traduction J. Beaujeu, 1964 CUF).
  
 +Dans la désignation du récit légendaire, //fabula // est proche de //fama//, mais en général une différence existe. Si la //fabula// est comprise comme "a-réelle" et peut être critiquée à ce titre, la //fama// ne fait pas question, elle est admise globalement dans un patrimoine culturel :
  
-«  +  *Cic. //Tusc. // 1, 28 : //Ex hoc et nostrorum opinione ‘Romulus in caelo cum diis agit aeuum’, ut famae adsentiens dixit Ennius …// \\ « De là vient que, dans l’opinion romaine, ‘Romulus est au ciel, il passe sa vie avec les dieux’ ; ainsi s’exprime Ennius, d’accord avec la tradition populaire … » (traduction J. Humbert, 1970, CUF)
-se référant à la mythologie +
-» +
- +
- +
-2) +
- +
- +
-«  +
-semblable aux fables mensongères +
-» +
- +
- +
-3) +
- +
- +
-«  +
-se rapportant à d’autres récits que les mythologiques +
-» +
- +
- +
-Quant à  +
-l’adjectif **//fabularis// **  +
-, attesté à partir de Suétone, il a le sens de « légendaire ». +
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-5.4. __Associations synchroniques dans le lexique latin__  +
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-La polysémie de //fabula // le fait entrer dans une riche synonymie partielle[[ +
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-[1] +
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-]]. S’il est le seul terme pour désigner la pièce de théâtre et fonctionne à ce titre comme hypéronyme de //tragoedia // et //comoedia//, aux sens de « récit inventé », « fiction mythologique », il entre en relation avec différents termes ou syntagmes comme //res ficta // et //error //: +
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-Liv. 34, 2, 3 : //Equidem fabulam et fictam rem ducebam esse, uirorum omne genus in aliqua insula coniuratione muliebri a stirpe sublatum esse.//  +
- +
- +
-« Je considérais vraiment comme une fable, une fiction cette suppression de l’espèce des hommes par une conjuration de femmes, dans une île. » (traduction J.-F. Thomas) +
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-Tac. //D. // 29, 1 : //Horum fabulis et erroribus uirides statim et rudes animi imbuuntur// … +
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-« Ce sont leurs contes et leurs superstitions qui imprègnent ces âmes toutes fraîches et neuves … » (traduction J.-F. Thomas) +
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-Minuc. 23, 1 : //Has fabulas et errores et ab inperitis parentibus discimus et, quod est grauius, ipsis studiis et disciplinis elaboramus, carminibus praecipue poetarum, qui plurimum quantum ueritati ipsi sua auctoritate nocuerunt.//  +
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-« Ces légendes et ces erreurs, non seulement nous les apprenons de parents peu avertis, mais, ce qui est plus grave, l’étude et l’enseignement eux-mêmes nous en donnent une connaissance plus poussée, surtout les chants de poètes, qui par leur autorité ont fait le plus grand tort possible à la vérité. » (traduction J. Beaujeu, 1964 CUF). +
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-Dans la désignation du récit légendaire, //fabula // est proche de //fama//, mais en général une différence existe. Si la //fabula // est comprise comme aréelle et peut être critiquée à ce titre, la //fama// ne fait pas question, elle est admise globalement dans un patrimoine culturel : +
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-Cic. //Tusc. // 1, 28 : //Ex hoc et nostrorum opinione ‘Romulus in caelo cum diis agit aeuum’, ut famae adsentiens dixit Ennius …//  +
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-« De là vient que, dans l’opinion romaine, ‘Romulus est au ciel, il passe sa vie avec les dieux’ ; ainsi s’exprime Ennius, d’accord avec la tradition populaire … » (traduction J. Humbert, 1970, CUF)+
  
  
 Au sens de « conversation », il entre en relation avec //disputatio // et //sermo //: Au sens de « conversation », il entre en relation avec //disputatio // et //sermo //:
  
 +  *Petr. 39, 1 : //Interpellauit tam dulces fabulas Trimalchio ; nam iam sublatum erat ferculum, hilaresque conuiuae uino sermonibusque publicatis operam coeperant dare.// \\ « Trimalcion coupa court à ces aimables entretiens. On venait en effet de desservir le plat et les convives, sous l’effet du vin et du brouhaha des conversations, tendaient l’oreille … » (traduction J.-F. Thomas)
  
-Petr. 39, 1 : //Interpellauit tam dulces fabulas Trimalchio ; nam iam sublatum erat ferculum, hilaresque conuiuae uino sermonibusque publicatis operam coeperant dare.// +Une différence s’observe entre la //disputatio// comme confrontation d’idées et la //fabula // qui peut être plus souple, plus légère :
  
 +  *Tac. //D. // 2, 1 : … //ut fabulas quoque eorum et disputationes et arcana semotae dictionis penitus exciperem … // \\ « […] c’est au point que je recueillais pieusement même leurs conversations familières, leurs entretiens sérieux et leurs plus secrets exercices de parole […] » (traduction H. Bornecque, 1947, CUF).
  
-« Trimalcion coupa court à ces aimables entretiens. On venait en effet de desservir le plat et les convives, sous l’effet du vin et du brouhaha des conversations, tendaient l’oreille … » (traduction J.-F. Thomas) +Quand il s’applique au récit, //fabula// rencontre //narratio//, //historia// et//argumentum//, mais leurs relations dépendent de la polysémie des uns et des autres. //Narratio // est le terme générique fédérant //fabula // ainsi qu’//historia// et //argumentum //:
- +
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-Une différence s’observe entre la //disputatio // comme confrontation d’idées et la//fabula // qui peut être plus souple, plus légère : +
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-Tac. //D. // 2, 1 : … //ut fabulas quoque eorum et disputationes et arcana semotae dictionis penitus exciperem … //  +
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-« … c’est au point que je recueillais pieusement même leurs conversations familières, leurs entretiens sérieux et leurs plus secrets exercices de parole … » (traduction H. Bornecque, 1947, CUF). +
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-Quand il s’applique au récit, //fabula // rencontre //narratio//, //historia// et//argumentum//, mais leurs relations dépendent de la polysémie des uns et des autres. //Narratio // est le terme générique fédérant //fabula // ainsi qu’//historia // et //argumentum //: +
- +
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-Cic. //Inv. // 1, 27 : //Narratio est rerum gestarum aut ut gestarum expositio. Narrationum genera tria sunt …Fabula est in qua nec uerae nec ueri similes res continentur … Historia est gesta res, ab aetatis nostrae memoria remota … Argumentum est ficta res quae tamen fiei, potuit. //  +
- +
- +
-« La narration (//narratio//) consiste à raconter les faits comme ils se sont passés ou comme ils ont pu se passer. Il y a trois genres de narration … Le récit légendaire (//fabula//) est une narration qui contient des éléments qui ne sont ni vrais, ni vraisemblables … L’histoire (//historia//) raconte un événement qui a eu lieu à une époque éloignée de la nôtre. La fiction (//argumentum//) est une histoire inventée, mais qui aurait pu arriver. » (traduction G. Achard, 2002, CUF).+
  
 +  *Cic. //Inv. // 1, 27 : //Narratio est rerum gestarum aut ut gestarum expositio. Narrationum genera tria sunt …Fabula est in qua nec uerae nec ueri similes res continentur … Historia est gesta res, ab aetatis nostrae memoria remota … Argumentum est ficta res quae tamen fiei, potuit. // \\ « La narration (//narratio//) consiste à raconter les faits comme ils se sont passés ou comme ils ont pu se passer. Il y a trois genres de narration … Le récit légendaire (//fabula//) est une narration qui contient des éléments qui ne sont ni vrais, ni vraisemblables … L’histoire (//historia//) raconte un événement qui a eu lieu à une époque éloignée de la nôtre. La fiction (//argumentum//) est une histoire inventée, mais qui aurait pu arriver. » (traduction G. Achard, 2002, CUF).
  
 Mais //fabula // peut avoir comme synonyme //narratio // au sens de « récit mensonger, inventé » : Mais //fabula // peut avoir comme synonyme //narratio // au sens de « récit mensonger, inventé » :
  
- +  *Apul. //M. // 4, 27, 8 : //Sed ego te narrationibus lepidis anilibusque fabulis protinus auocabo. // \\ « Du reste, je saurai bien te distraire par de jolies histoires et des contes de bonne femme. » (traduction**** P. Vallette, 1969, CUF)
-Apul. //M. // 4, 27, 8 : //Sed ego te narrationibus lepidis anilibusque fabulis protinus auocabo. //  +
- +
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-« Du reste, je saurai bien te distraire par de jolies histoires et des contes de bonne femme. » (traduction**** P. Vallette, 1969, CUF) +
  
 De même, //fabula // se différencie d’//historia // car ce dernier désigne ce qui a une base réelle ainsi que l’illustrent les textes de Cicéron, //Inv. // 1, 27 cité précédemment et : De même, //fabula // se différencie d’//historia // car ce dernier désigne ce qui a une base réelle ainsi que l’illustrent les textes de Cicéron, //Inv. // 1, 27 cité précédemment et :
  
 +  *Aug. //Civ. // 18, 8 (à propos de Minerve) : //Quod enim de capite Iouis nata canitur, poetis et fabulis, non historiae rebusque gestis est applicandum.//  \\ « Quant à sa prétendue sortie de la tête de Jupiter, comme on le chante, il faut l’attribuer aux fables des poètes, non à la vérité historique. » (traduction**** G. Combès, D. de Brouwer, 1960, CUF),
  
-Aug. //Civ. // 18, 8 (à propos de Minerve) : //Quod enim de capite Iouis nata canitur, poetis et fabulis, non historiae rebusque gestis est applicandum.//  +mais //fabula // est rejoint par //historia// dans la désignation du récit inventé :
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-« Quant à sa prétendue sortie de la tête de Jupiter, comme on le chante, il faut l’attribuer aux fables des poètes, non à la vérité historique. » (traduction**** G. Combès, D. de Brouwer, 1960, CUF), +
- +
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-mais //fabula // est rejoint par //historia // dans la désignation du récit inventé : +
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-Apul. //M. // 2, 12, 5 : //Nunc enim gloriam satis floridam, nunc historiam magnam et incredundam fabulam et libros me futurum.//  +
- +
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-//// « J’aurais alors une brillante gloire ; je serais, d’autre part, le héros d’une longue histoire, d’une fable incroyable, et l’on en ferait un ouvrage en plusieurs livres. » (traduction P. Vallette, 1962, CUF)+
  
 +  *Apul. //M.// 2, 12, 5 : //Nunc enim gloriam satis floridam, nunc historiam magnam et incredundam fabulam et libros me futurum.//  \\ « J’aurais alors une brillante gloire ; je serais, d’autre part, le héros d’une longue histoire, d’une fable incroyable, et l’on en ferait un ouvrage en plusieurs livres. » (traduction P. Vallette, 1962, CUF)
  
 Il n’est pas indifférent que l’influence synonymique de //fabula // sur //narratio // et //historia // au sens de « récit inventé » s’observe en particulier chez Apulée, dont //Les Métamorphoses // sont constituées par une dynamique de récits imbriqués et reposant sur la fiction. Il n’est pas indifférent que l’influence synonymique de //fabula // sur //narratio // et //historia // au sens de « récit inventé » s’observe en particulier chez Apulée, dont //Les Métamorphoses // sont constituées par une dynamique de récits imbriqués et reposant sur la fiction.
  
- +La relation entre //fabula// et certains lexèmes dépend étroitement du sens, si bien qu’elle est soit hiérarchique (hyponyme, hypéronyme) soit horizontale et synonymique. La synonymie, dans son existence même, interfère avec la polysémie : c’est une propriété de la synonymie partielle.
-La relation entre //fabula // et certains lexèmes dépend étroitement du sens, si bien qu’elle est soit hiérarchique (hyponyme, hypéronyme) soit horizontale et synonymique. La synonymie, dans son existence même, interfère avec la polysémie : c’est une propriété de la synonymie partielle.+
  
  
 \\ \\
- 
- 
----- 
- 
- 
-[[ 
- 
- 
-[1] 
- 
- 
-]] Voir Cl. MOUSSY (2011, 48-49). 
- 
- 
 \\ \\
  
- 
----- 
- 
- 
-[[ 
- 
- 
-[1] 
- 
- 
-]]  
-Sur ce type de formation, voir G. SERBAT (1975 ; 2002, 337-349). 
- 
- 
-[[ 
- 
- 
-[2] 
- 
- 
-]]  
- 
- 
-Les dérivés secondaires, dont la 
- 
- 
-voyelle présuffixale  
- 
- 
-est  
- 
- 
-majoritaire 
- 
- 
-ment - 
-// 
-ā 
-// // 
-- 
-//  
-, 
- 
- 
-sont attesté 
- 
- 
-s à toutes les périodes  
- 
- 
-: 
- 
- 
-//inc//  
-// 
-ū 
-// // 
-n 
-// // 
-ā 
-// // 
-bulum 
-//  
-chez Plaute, //u//  
-// 
-ē 
-// // 
-n 
-// // 
-ā 
-// // 
-bulum 
-//  
-chez Cicéron, //mandibula// chez Tertullien ( 
- 
- 
-G.  
- 
- 
-Serbat 1975 ; 2002) ; ce type ayant perdu sa productivité, sa reprise chez Apulée 
- 
- 
-, 
- 
- 
-notamment, est artificielle.  
- 
- 
-[[ 
- 
- 
-[3] 
- 
- 
-]]  
  
  
-Sur la morphologie du mot, voir aussi G.  
  
  
-HAVERLING (2011, 225-257). +[[:dictionnaire:fabula4|Page précédente]] ou [[:dictionnaire:fabula|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:fabula6|Page suivante]]
  
  
-[[ 
  
  
-[4]+ 
  
  
-]]  
-L’étude des manuscrits ne permet pas de les éliminer ; en effet, dans le vers 237 de l’//Epidicus//, le manuscrit le plus fiable, le manuscrit A, donne l’actif //fabulem//, alors que les palatins portent //fabuler//.