Ceci est une ancienne révision du document !


exāmĕn, -ĭnis (n .)

(substantif)



5. Place dans le lexique latin

5.1. Analyse synchronique du lexème. Formation du mot en latin

Le terme examen était probablement motivé pour ce qui est du suffixe -men, mais ne l’était pas pour la séquence qui précède ce suffixe.

5.1.1. Un suffixe motivé

En synchronie, le substantif exāmĕn (génitif -mĭn-is Nt.) comporte le suffixe formant des substantifs neutres -mĕn, qui fut étoffé en -mentum, -i Nt. Les termes en -men sont nombreux dès l’époque archaïque, mais au fil de la latinité le suffixe -men perd sa productivité au profit du suffixe -mentum (étoffé en -tum issu de *-to-, probable suffixe de collectif ancien). Le suffixe lat. -mentum, -i Nt., devenu productif, passa dans certaines langues romanes (par exemple dans fr. -ment dans le substantif fr. armement, qui correspond à lat. arma-menta, -orum Nt. pl. de sens collectif pour « un ensemble d’outils »).

5.1.2. Une base de suffixation immotivée

Le sens d’« essaim, troupe » renvoie à l’étymologie communément admise d’exāmen (*ex-ag-s-men Perrot, 1961, 48) sur le radical ag- « mettre en mouvement » (cf. §4.2.D.). Mais il est peu probable que ce rapprochement ait été fait par la communauté linguistique en synchronie, puisque le radical ăg- n’apparaissait plus dans exāmen.

Les valeurs relevant de la pesée n’ont de lien diachronique possible qu’avec le verbe exigere « mesurer, évaluer » (cf. §4.2.D.). Un même raisonnement pourrait rendre compte du sens d’« examen » pris par le substantif à partir du verbe exigere « mesurer, évaluer » (cf. §4.2.D.).

Mais ces processus qui ont présidé à la formation de ces lexèmes et à l’établissement de leurs sens n’étaient probablement plus perçus dans l’usage des sujets parlants. La polysémie d’examen est décrite par le lexicographe Paul Diacre (cf. §5.2.), mais présentée par lui comme une juxtaposition de significations différentes et indépendantes, sans que cet auteur ait tenté de mettre en lumière une quelconque filiation entre les trois significations qu’il mentionne (§5.2.).

5.2. Les interprétations et ré-analyses synchroniques des auteurs latins

5.3. « Famille » synchronique du terme

5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes

Les relations concernent d’abord le champ lexical de la masse globale. L’application à un essaim d’insectes fait l’originalité du mot par rapport à agmen, caterua, globus, grex, turba :

  • Sen. Oed. 602 :
    cum examen arto flectitur densum globo
    « lorsque d’épais essaims s’y pressent en grappes compactes » (traduction F.-R. Chaumartin, 1999, CUF)

Avec cette spécificité référentielle de l’essaim d’insectes, examen n’a pas d’équivalent car turba se dit non des insectes mais d’autres animaux comme les loups, les serpents, les chiens :

  • Ov. M.. 4, 723 :
    […] apri, quem turba canum circumsona terret.
    « […] un sanglier, qu’une meute de chiens hurlante entoure. » (traduction J.-F. Thomas)

En dehors de ce domaine particulier, examen a un emploi plus large pour la masse des hommes, où il rejoint caterua et turba :

  • Hier. Com. Is. 5, 23, 4 :
    […] in qua nascebatur turba mortalium, caterua puerorum, iuuentutis examina […]
    « […] où naissait la foule des mortels, la masse des enfants, les groupes de la jeunesse […] » (traduction J.-F. Thomas)
  • Hier. Ep. 125, 56 :
    […] inter turbas et examina ministrorum nomen sibi uindicant solitarii.
    « […] au milieu de la masse et des groupes de serviteurs, ils revendiquent pour eux le titre de solitaires. » (traduction J.-F. Thomas)

Au sens d’« examen, analyse », examen entre en relation avec les termes exprimant le jugement comme discrimen, judicium, mensura :

  • Cypr. Ep. 20, 2, 2 :
    […] ut sine ullo discrimine atque examine singulorum darentur confessorum cotidie libellorum milia contra euangelii legem.
    « […] en sorte que contre la règle de l’Evangile, des milliers de billets étaient donnés tous les jours sans aucune distinction et sans examen. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Ambr. De Noe, 27, 104, 484 :
    […] sed sit quaedam mensura et quoddam diuinae uirtutis examen.
    « […], mais qu’il y ait cependant une compréhension et une sorte d’analyse de la puissance divine. » (traduction J.-F. Thomas)
  • Aug. Contra Iul. 2, 700, 21 :
    […] quasi tu, qui maxime quereris examen uobis et episcopale iudicium denegari […] possis inuenire concilium ubi […]
    « [….] comme si, te plaignant très fortement de ce qu’un examen et un jugement de l’évêque vous étaient refusés, tu pouvais trouver une assemblée où […] » (traduction J.-F. Thomas)

Pour la désignation de l’« aiguille de la balance », examen n’a pas d’équivalent. La pesée se dit aussi libratio, pensio, mais il n’y a pas d’occurrence où examen entre en relation avec ces termes.



Retour au §4 ou Retour au plan ou Aller au §6